Emballé, c’est pesé

Le Journal des Arts

Le 7 février 2003 - 495 mots

Plus de vingt ans après sa conception, \" The Gates \", le projet de Christo et Jeanne-Claude pour Central Park, va enfin être réalisé. En février 2005, pendant deux semaines, le poumon vert de New York verra ses allées couvertes de tissu jaune. Au-delà des retombées économiques d’une telle opération, entièrement financée par les artistes, la ville pense ainsi apaiser quelques-unes de ses angoisses.

NEW YORK - “The Gates” [Les Portes], le projet de Christo & Jeanne-Claude pour Central Park, était dans leurs bagages depuis 1979. Il se réalisera finalement en février 2005, a annoncé le maire de New York Michael R. Bloomberg. Pendant deux semaines, cette installation gigantesque composée de 7 500 portes de 5 mètres de hauteur enjambera les allées pavées du parc. Toutes les structures seront construites avec des mats en plastique recyclable et des tissus jaunes suspendus qui flotteront à plus de deux mètres du sol. Plantés tous les 3 à 5 mètres, les portails suivront les allées sur près de 43 km. Pour les artistes, ce dispositif “soulignera la configuration organique du parc et sera une expérience joyeuse pour chaque new-yorkais”. L’installation sera donc monumentale, mais la mairie insiste sur le fait que les artistes supporteront tous les coûts financiers, qu’aucun trou ne sera creusé et que le fonctionnement du parc ne sera pas perturbé. Le bénéfice est évident pour New York puisque, selon des organismes officiels, “The Gates” devrait générer un chiffre d’affaires estimé entre 72 et 136 millions de dollars (entre 66,6 et 125,8 millions d’euros) et rapporter ainsi à la Ville, par l’intermédiaire des taxes, entre 2,5 et 5 millions de dollars (entre 2,3 et 4,6 millions d’euros).

La mise en route d’un tel projet ne tient pas moins de l’exploit, tant les interventions physiques sont rares dans Central Park, protégé par des groupes impliqués dans la conservation du poumon vert de New York. On se souvient qu’en 1967 Claes Oldenburg y avait, dans la grande tradition conceptuelle, creusé une fosse rectangulaire, avant de la reboucher. Mais depuis, peu d’artistes ont obtenu des autorisations pour installer leurs œuvres dans cet espace. Une des exceptions remonte au milieu des années 1980 avec Henry Moore, et, l’an dernier, la Biennale du Whitney comprenait pour la première fois un volet dans le parc. Mais aucune de ces propositions n’a jamais atteint le gigantisme de l’œuvre de Christo et Jeanne-Claude. L’arrivée à la mairie de Michael Bloomberg, admirateur connu de leur œuvre, a joué en leur faveur. À sa suite, le conservatoire de Central Park a donné son aval, tout comme le chargé des espaces verts, Adrian Benepe. Plusieurs facteurs ont influé sur cette décision. D’une part, les artistes ont revu à la baisse leur proposition, minimisant son impact environnemental, d’autre part, l’opération n’aura qu’un faible coût pour une ville friande de ce type d’attraction gratuite. D’autant que celle-ci devrait drainer une foule touristique importante, apte à apaiser les angoisses toujours vivaces de New York après l’attentat du 11 Septembre 2001.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°164 du 7 février 2003, avec le titre suivant : Emballé, c’est pesé

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