Écoles d’art, mais aussi et surtout de design et de communication

Par Sophie Flouquet · L'ŒIL

Le 27 octobre 2008 - 1202 mots

Seuls 5 % des étudiants en écoles d’art deviennent artistes. Peut-on dire qu’elles remplissent leur objectif ? Oui, si l’on considère que celles-ci forment aux métiers du design et de la communication.

Ensba Paris - %26copy; D.R

Si l’on s’en tient aux strictes données statistiques, le bilan des écoles d’art est peu brillant. En moyenne, ces dernières ne formeraient que 5 % d’artistes. Le chiffre est d’ailleurs stable depuis 1989, année de la précédente étude. Et le CV de certaines stars françaises des arts plastiques laisse aussi circonspect : Christian Boltanski est un autodidacte tout comme Sophie Calle, Jean-Pierre Raynaud est diplômé d’horticulture… Mais ce sont des cas très rares. Ce faible chiffre pose deux questions : que font les 95 % de diplômés et, d’autre part, l’objectif de ces formations est-il atteint  ?
« Personne n’a jamais cru qu’il n’en sortirait que des créateurs, plaide Olivier Kaeppelin. Ces écoles forment des têtes bien faites, certains porteront des projets, d’autres des méthodes. » Même son de cloche auprès de l’Andea, l’Association nationale des directeurs d’écoles d’art : « Les écoles sont conçues comme des laboratoires de recherche et d’expérimentation. » Sans garantie de devenir un artiste capable de vivre de son travail. En d’autres termes, tous les élèves ne deviendront pas des artistes, mais appartiendront à une communauté qui sert à faire émerger la création.
« Ils se trouvent à des endroits charnières pour irriguer la création vers d’autres sphères d’activité », poursuit Olivier Kaeppelin. L’objectif est donc double : satisfaire une demande sociale – celles des étudiants attirés par la sphère artistique – et former des créateurs de haut niveau, qui exerceront dans différents secteurs : audiovisuel, cinéma, publicité, édition, communication, design, arts décoratifs, architecture d’intérieur, enseignement, médiation culturelle…
Dans un article intitulé « L’école, la cité, l’État », écrit en 1992, Yves Aupetitallot (actuel directeur du Magasin de Grenoble) constatait déjà : « J’ai pris le soin de consulter le catalogue de « Germinations » de 1983-1984 (une exposition sur les travaux d’étudiants d’écoles d’art européennes), assez ancien pour avoir un minimum de recul. Seuls trois artistes sur soixante dix-neuf ont un peu de visibilité. » En seize ans, la situation a-t-elle évolué ? Évidemment, on ne trouve pas pour autant des Pierre Huyghe tous les quinze jours dans les écoles d’art.

80 % des anciens élèves déclarent être en activité
Par pragmatisme vis-à-vis des débouchés et de l’évolution du statut de l’artiste, le spectre a été élargi dans les années 1970 avec la création des options communication et design, volontairement professionnalisantes. Plusieurs études menées sur l’insertion professionnelle des étudiants révèlent par ailleurs que les statistiques de ces écoles sont loin d’être déplorables.
Dernier en date, le rapport Galodé sur « L’insertion professionnelle des diplômés DNSEP 2003, trois ans après le diplôme ». Trente-six mois après l’obtention du diplôme, 80 % des anciens élèves déclarent ainsi être en activité et 3 % se disent en cours d’installation. Seuls 24 % disent toutefois exercer leur activité en indépendants, le double statut (salarié et indépendant) concernant 20 % de cette population. 75 % des anciens étudiants disent par ailleurs exercer un métier dans le secteur artistique. En général, ils commencent au bas de l’échelle, en régie ou médiation.
Le taux d’activité par option est néanmoins nettement plus élevé dans les options design (de 67 % à 89 % entre 18 et 36 mois) et communication (de 62 % à 78 %). Sur ce point, la réforme a donc vraisemblablement porté ses fruits. Les taux de l’option art sont également significatifs : ils passent de 53 % à 79 % au bout de la troisième année après le diplôme, preuve que la construction d’un projet artistique peut s’avérer longue.

École d’artistes : nécessaire mais non suffisant
Reste à mesurer l’efficience de la formation pour les rares artistes qui en sortent. « Il suffit de voir d’où viennent les créateurs qui comptent dans le pays », souligne Olivier Kaeppelin. Fabrice Hyber et Philippe Cognée (Nantes), Michel Verjux (Dijon), Djamel Tatah (Saint-Étienne), mais aussi Matali Crasset (ENSCI) et Pierre Charpin (Bourges) pour les designers, Jean Nouvel (Bordeaux) ont tous fréquenté les bancs d’une école d’art. Même Georges Brassens ou Julien Doré, chanteur et phénomène télévisuel, ont fait les Beaux-Arts !
L’Insee nous procure par ailleurs, pour 2004, des statistiques instructives : sur 447 000 personnes exerçant dans le secteur culturel, 22 000 seraient des artistes plasticiens, soit 5 % ! Il existe donc manifestement une corrélation entre le nombre d’artistes formés dans les écoles et le nombre d’artistes exerçant une activité... Et parmi ces plasticiens déclarés, 35 % d’entre eux ont un niveau d’études supérieur à bac 3.
Nombre des artistes qui brillent aujourd’hui sur la scène française ne se sont pas contentés d’une seule formation, ils ont été pugnaces et c’est peut-être ça le secret. Didier Marcel, nommé pour le prix Marcel Duchamp et lauréat du prix Prince Pierre de Monaco cette année, a enchaîné l’école d’art de Besançon, l’université de Paris I Panthéon-Sorbonne en arts plastiques et enfin l’Institut d’art. Saâdane Afif ne s’est pas contenté de son diplôme obtenu à Bourges et a poursuivi par un postdiplôme à Nantes. Lorsqu’on regarde le parcours de Stéphane Calais, on note qu’il a effectué une première scolarité à l’école d’art de Nîmes (sous la direction d’artistes issus du mouvement Supports-Surfaces) avant d’intégrer le fameux Institut des hautes études en arts plastiques de Paris. Vincent Lamouroux a complété une formation à l’université Paris I par un cycle à l’ENSBA de Paris. Il n’y a pas de secret. L’école reste un jalon indispensable dans leur carrière.

L’efficacité des enseignements, du cas par cas
Alors quelle serait la voie royale aujourd’hui ? Bien malin qui peut répondre, mais la qualité des expositions de diplômés en fin d’année peut peut-être donner la température. De là à prescrire quelle école fréquenter aujourd’hui pour être l’artiste de demain ? Sans raisonner ainsi, on peut remarquer un niveau en constante progression à l’ENSBA de Paris, d’où ont émergé des Raphaël Zarka, Vincent Lamouroux ou Marlène Moquet. Lyon tire aussi son épingle du jeu avec une l’alliance d’une pédagogie dynamique, d’un environnement stimulant entre les biennales et d’un musée d’Art actuel réputé. La Villa Arson reste une référence, même si elle a été moins fulgurante ces derniers temps.
L’excellence d’un postdiplôme effectué en France ou à l’étranger est aujourd’hui quasiment de mise. Mais ils se sont réduits comme une peau de chagrin et les places sont rares : seulement cinq à Lyon, trois à six étudiants pour le programme labellisé La Seine à l’ENSBA de Paris, dix à quinze pour le Pavillon, 3e cycle de recherche installé au Palais de Tokyo, qui accueillait jusqu’à présent une dizaine de jeunes professionnels sur le modèle de l’Institut de Paris. Mais le programme vient d’être brutalement supprimé. Trop coûteux sans doute, pas assez « rentable ».
Dans ces programmes très resserrés de recherche, les voyages, les rencontres se combinent à une réflexion poussée sur les pratiques. Les élèves sont soutenus par des systèmes de bourses et souvent par la mise à disposition d’hébergements et d’ateliers. Et nombre d’entre eux attirent des étrangers. Un signe de bonne santé de notre enseignement qui est plutôt encourageant, un certain objectif semble être tout de même atteint.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°607 du 1 novembre 2008, avec le titre suivant : Écoles d’art, mais aussi et surtout de design et de communication

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