Jeudi 13 décembre 2018

Dominique Jakob et Brendan MacFarlane, « travailler sur l’existant »

Par Sophie Flouquet · L'ŒIL

Le 1 juin 2005 - 462 mots

Ils forment un duo impeccable. Elle, Dominique Jakob, française, et lui Brendan MacFarlane, anglo-néo-zélandais, dont le fort accent trahi l’origine, tous deux architectes, en couple à la ville comme dans leur agence du Xe arrondissement de Paris. Après plusieurs années passées dans un anonymat commun à la majorité des architectes, ils ont été brusquement médiatisés en 2000 grâce à l’aménagement du restaurant Georges, au dernier étage du Centre Pompidou, avec ses grandes coques de béton formant des alcôves. La critique les a alors rangés dans la catégorie des amateurs de formes organiques, tendance blob.
Mais s’ils avouent créer une architecture « très marquée », alternant formes souples et géométrie à facettes, Jakob et MacFarlane refusent de se laisser enfermer dans un style.
« Nous ne nous intéressons pas à l’architecture objet, précise Brendan MacFarlane. Nos recherches portent plutôt sur l’étude du programme et du site, sur sa topographie. Dans le cas du Georges, l’idée était de créer une déformation du sol qui produirait un langage fluide. » Pour les deux architectes, il y a eu en tout cas un avant et un après. Avant, c’était l’ordinaire d’une jeune agence, créée en 1994, enchaînant les concours sans succès, dont celui du musée du Quai Branly, mais déjà remarquée pour l’aménagement de l’appartement d’un collectionneur parisien. L’année 2000 est donc un tournant. Outre le restaurant de Beaubourg, les architectes entreprennent la réhabilitation du théâtre de Pont-Audemer, un ancien bloc de béton des années 1960 qu’ils rhabillent d’une élégante membrane de verre, et se lancent dans la transformation de la salle du théâtre Maxime Gorki au Petit-Quevilly, un « mouchoir de poche » revêtu d’une peau de bois rouge, à l’allure d’un grand rideau lacéré.
Leur actualité est aujourd’hui plus chargée, de quoi faire travailler une quinzaine de personnes dans une agence qui fonctionne « comme un lieu de passage des idées » : inauguration du Square Com Renault à Boulogne-Billancourt dans un bâtiment industriel des années 1980, lancement du projet du fanal à Saint-Nazaire, où une salle de spectacle sera logée entre les murs ruinés de l’ancienne gare. Enfin, en mars dernier, l’équipe était désignée lauréate du concours pour l’installation d’une Cité de la mode et du design dans les anciens magasins généraux du quai d’Austerlitz à Paris. Jakob et MacFarlane feront de ce bâtiment de béton construit en 1907, jusqu’alors défiguré par des commerces peu engageants et des bureaux, un ensemble ouvert et transparent, surélevé de volumes fluides ouverts sur un toit terrasse surplombant la Seine. Spécialistes de la reconversion des bâtiments ? « Non ! rétorquent-ils. C’est plutôt le fait de l’époque. Notre génération d’architectes est obligée de travailler sur l’existant. » Pour preuve de leur capacité à créer ex nihilo, ils construiront bientôt un ensemble de logements innovants dans le XIXe arrondissement, utilisant les normes « Haute Qualité environnementale » pour une architecture respectueuse de l’environnement. Une première à Paris.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°570 du 1 juin 2005, avec le titre suivant : Dominique Jakob et Brendan MacFarlane, « travailler sur l’existant »

Tous les articles dans Actualités

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque