Des châteaux en Espagne

Par Philippe Régnier · Le Journal des Arts

Le 17 juin 2008

Couvents, palais et châteaux ont été transformés en hôtels en Espagne. Les Paradores, une manière de redonner vie à des monuments historiques.

En France, le phénomène ne cesse de s’amplifier : de plus en plus de propriétaires privés de châteaux aménagent des chambres pour accueillir des hôtes. Gérés en direct par des particuliers qui assurent bien souvent eux-mêmes l’accueil, ce tourisme permet de découvrir le patrimoine sous un autre angle. De plus, les revenus complémentaires ainsi générés garantissent aux châtelains de précieuses rentrées financières pour entretenir leur bien. Le tout dans un respect total du patrimoine.
En Espagne, c’est l’État lui-même qui a lancé une chaîne unique d’hôtels dans des monuments historiques, les Paradores. Face à l’aspect alarmant de son patrimoine, le gouvernement espagnol demanda dès 1910 au marquis de la Vega Inclán d’étudier la possibilité d’installer dans quelques-uns des fleurons de son patrimoine des hôtels haut de gamme. Dans un pays disposant alors de peu de structures pour accueillir les touristes, l’ambition était aussi de créer un réseau de lieux uniques. C’est en 1928 que le premier Parador de Tourisme est inauguré par le Roi Alphonse XIII, dans la Sierra de Gredos, non loin de Madrid. Depuis, la structure s’est largement répandue puisque le pays compte aujourd’hui quatre-vingt-douze établissements offrant près de dix mille chambres. Et cet ensemble ne demande qu’à s’agrandir. Cent cinquante communes espagnoles ont déjà déposé des demandes pour proposer des sites en vue de créer de nouveaux Paradores. D’ici 2010, une dizaine de nouveaux hôtels devraient ouvrir, soit le plus important programme d’expansion depuis les années 1960.

Mais qu’est-ce qui fait le charme des Paradores ? En premier lieu leur architecture. Installés dans des couvents, des palais ou des châteaux, ces hôtels permettent de s’immerger dans l’Histoire espagnole. À Saint Jacques de Compostelle, l’« Hostal » des Rois catholiques est, par exemple, situé sur la place do Obradoiro, en face de la cathédrale. Cet hôpital royal, construit en 1499 pour héberger les pèlerins qui se rendaient à Saint Jacques, est considéré comme l’hôtel le plus ancien du monde. À Jarandilla de la Vera, c’est dans la demeure de Charles Quint que le voyageur est convié. Le bâtiment offre en particulier une très belle loggia, tandis qu’à l’intérieur, se dresse encore la cheminée que fit construire l’empereur pour affronter les hivers rigoureux de cette région. Plus spectaculaire encore, le Parador d’Alarcón est installé dans l’ancien château médiéval des marquis de Villena, qui surplombe les méandres de la rivière Júcar. Fondé par les musulmans au VIIe siècle, le site a été conquis par le roi Alphonse VIII au XIIe siècle. Magnifiquement restauré en 2003, le Parador propose des chambres spectaculaires, comme celle, en haut du donjon, qui offre des accès privés au chemin de ronde et à la terrasse qui domine la tour, avec, en prime, un panorama exceptionnel. Une tout autre ambiance est distillée à Carmona. Le dédale des ruelles de la vieille ville conduit à l’ancien alcazar transformé en Parador. La cour intérieure et la fontaine mudéjare contribuent à l’atmosphère unique de cette forteresse arabe du XIVe siècle. La typologie des monuments historiques qui abritent des Paradores est extrêmement variée, des palais aux couvents, à l’exemple de ceux de Mérida, Chinchón, Almagro, ou Grenade, ce dernier étant situé au cœur de l’Alhambra. D’autres hôtels sont des constructions modernes mais qui jouent au pastiche, à l’exemple du Parador de Jaén. Ce dernier, bâti sur un piton rocheux à proximité des ruines du château historique, arbore à l’intérieur un arc croisé de 20 mètres de hauteur dans un style médiéval qui date des années... 1960. Son caractère a néanmoins inspiré le Général de Gaulle qui y a écrit une partie de ses mémoires. Si des libertés, qui feraient grincer les dents de plus d’un architecte des monuments historiques en France, ont bien souvent été prises lors de l’aménagement des sites, l’objectif premier était de redonner vie à des bâtiments parfois en ruine. Et de distiller une atmosphère inimitable.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°284 du 20 juin 2008, avec le titre suivant : Des châteaux en Espagne

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