Classement général 2007

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 30 juillet 2007

En tête, cette année encore, les musées du Louvre, d’Orsay et du Centre pompidou. Le Musée Guimet connaît une nette progression due en partie à d’importantes acquisitions.

Le trio de tête reste conforme au classement de l’an passé : les musées du Louvre, d’Orsay et du Centre Pompidou se retrouvent aux premières places. Il faut toutefois souligner la belle progression du Musée Guimet (4e contre 8e l’an dernier) qui a bénéficié d’importantes acquisitions, notamment grâce au mécénat. Premier musée de région du classement, le Palais des beaux-arts de Lille se hisse à la 6e place, grâce à la qualité de ses expositions et au dynamisme de sa conservation. Il est suivi de peu par les musées des beaux-arts d’Orléans, de Rouen et d’Amiens. Relevons par ailleurs la belle performance du Musée du quai Branly, conçu comme un établissement modèle, déjà 12e du classement après seulement six mois d’ouverture en 2006. Il viendra certainement bouleverser la donne dès l’année prochaine. Le Musée de la musique, à Paris, noté pour la première fois, occupe quant à lui la 14e place, alors que les musées des beaux-arts de Caen (lire p. 24) et d’Angers font eux aussi des entrées remarquées.
Les informations réunies nous permettent aujourd’hui de porter un regard plus précis sur la fréquentation de ces établissements. Plus de 37 millions de visiteurs ont arpenté les 615 000 m2 d’espaces d’exposition des 366 musées classés (soit 1 % de croissance), ce qui indique une relative stagnation malgré l’augmentation de l’offre liée à une vague d’ouvertures ou de réouvertures. La typologie des visiteurs laisse apparaître une forte proportion de touristes français et étrangers (56 %), loin devant les scolaires (seulement 12 %). Par ailleurs, 40 % des visiteurs ont bénéficié d’une mesure de gratuité. Ce taux élevé pose la question de l’instauration d’une gratuité générale. Serait-elle pertinente quand près de la moitié des visiteurs en bénéficient de fait ? Au contraire, ne faudrait-il pas privilégier des mesures ciblées et abolir les tarifs rédhibitoires pour les familles ? D’autre part, la médiane journalière se situe à 51 visiteurs, ce qui est relativement faible. Y aurait-il donc sous utilisation des équipements muséaux ?

Les expositions temporaires
Réputées attractives pour conquérir de nouveaux publics, les expositions temporaires se chiffrent en millier cette année : 1 076 expositions ont été organisées en 2006 pour un coût de 38,77 millions d’euros, ce qui est relativement faible par rapport à des budgets cinématographiques qui atteignent facilement 30 millions d’euros par film…

Sujet encore tabou, celui des recettes commerciales : seuls 58 % des musées ont répondu sur ce point, pour un volume global de 198,1 millions d’euros.
En termes de collections, les musées français abriteraient 12,3 millions de pièces (parmi lesquelles 287 500 peintures), dont 460 000 seraient exposées, soit 4 % seulement (17 % des peintures). Ces chiffres sont cependant à prendre avec précaution. Rappelons les propos récents de Michel Laclotte et de Jean-René Gaborit, respectivement ancien directeur et conservateur honoraire du Musée du Louvre. Les deux scientifiques rappelaient à juste titre que tous les chefs-d’œuvre étaient présentés dans les espaces permanents du musée. Le nombre, en apparence faramineux, d’œuvres stockées en réserves, mis en avant par le Ministère de la Culture lors du débat sur le Louvre Abou Dhabi, concerne en réalité des œuvres secondaires ou en mauvais état, ainsi que de nombreuses pièces archéologiques et des dessins trop fragiles pour être exposés en permanence. Les réserves de nos musées ne sont pas inépuisables et tout projet de prêt à plus ou moins long terme doit être examiné avec prudence. Le personnel des musées est en revanche loin d’être pléthorique : 9 043 employés. Précisons que les attachés de conservation sont au nombre de 493 dans les établissements de notre classement, contre 541 conservateurs. Or, dans certains musées, les attachés remplissent souvent les fonctions de conservateurs, postes que les tutelles se refusent à remplacer, faisant ainsi de substantielles économies salariales. En outre, des efforts restent à faire pour étoffer les équipes spécialisées en charge de la recherche de mécénat. L’enjeu est d’autant plus important que les musées sont de plus en plus incités à augmenter leurs ressources propres.

Un vrai pari à tenir Alain Tapié, directeur du Musée des beaux-arts de Lille, revient sur les préoccupations qui président à l’accrochage des œuvres «Notre politique d’exposition est exclusivement une politique d’exposition scientifique. Il n’y a pas dans le programme du musée d’expositions qui soient des promenades, des assemblages, ou des associations aventureuses. Aujourd’hui, c’est un vrai pari à tenir, car, bien souvent, les musées sont contraints de se plier à des présentations culturelles au sens large dans le cadre de problématiques identitaires, diplomatiques ou de missions de mécénat. Nos expositions permanentes ou temporaires s’appuient toujours sur une muséographie conçue comme une écriture de travail dans l’espace. La muséographie est une véritable grille de lecture, relevant d’un vocabulaire destiné à enrichir la compréhension de l’exposition permanente, à la mise en contrepoint des œuvres et au raffinement. Le réaccrochage de l’ensemble de nos collections est quasiment achevé ; il ne manque plus que la galerie des Antiquités. À l’instar de la manifestation sur Philippe de Champaigne, nos expositions temporaires sont extrêmement liées aux parcours permanents. » Lieu de croisement Éric de Vischer, directeur du Musée de la musique à Paris «La particularité du Musée de la musique est d’être intégré à l’Établissement public de la Cité de la musique, lieu de croisement de publics divers : professionnels, publics spécialisés, public généraliste et scolaires (40 %). Notre programmation d’expositions temporaires nous permet par ailleurs de renouveler notre public. Elle nous offre également la possibilité d’aborder des sujets qui ne sont pas couverts par le champ des collections. Cela nous ouvre des champs supplémentaires, en créant des liens avec les autres arts car le musée n’est pas uniquement conçu comme un musée de l’instrument. Diversifier l’offre Patrick Ramade, directeur du Musée des beaux-arts de Caen «L’accès aux collections permanentes du musée est gratuit. Mais le public ne se déplace pas en masse avec la gratuité, ce serait trop simple. Le meilleur moyen pour attirer le public est de diversifier l’offre et de varier les types d’accueil. L’exposition « Splendeurs de Venise » a constitué un pic de fréquentation plus important que l’annonce de la gratuité, qui a eu un effet à très court terme. »

Méthodologie

Cette enquête a été réalisée de fin février à avril 2007, par questionnaires adressés à 1 156 musées (musées des beaux-arts, d’archéologie, d’art et métiers, d’ethnographie). Parmi ces institutions, 366 ont répondu, contre 295 l’année dernière. Le croisement des réponses a permis de réaliser trois sous-classement au palmarès général : accueil du public ; attrait-dynamisme ; conservation. Les informations non communiquées n’ont pu être prises en compte et affectent la notation globale. En outre, certains musées n’ont pu ou n’ont pas voulu répondre au questionnaire et se trouvent par conséquent absents du palmarès. Ainsi des musées Gustave Moreau et Picasso, à Paris, des musées des beaux-arts de Rennes et de Nîmes, du Musée Unterlinden de Colmar, du Musée national de la Marine à Paris et du Palais des Papes à Avignon. Les résultats reposent sur une soixantaine de critères d’évaluation, auxquels ont été attribués un coefficient de 1 à 3. Les réponses oui/non sont notées de 5 ou 15 points selon leur importance. Les questions quantitatives sont notées de 1 à 15, selon la méthode des pentiles, ce qui permet de rééquilibrer le rapport entre grandes et petites structures.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°260 du 25 mai 2007, avec le titre suivant : Classement général 2007

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