Dimanche 1 novembre 2020

1946-2015

Chris Burden, fin d’une légende

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 19 mai 2015 - 526 mots

L’artiste américain poussait la provocation jusqu’à ses limites, parfois
en mettant sa propre vie en jeu, pour dénoncer l’ordre établi.

CALIFORNIE - Il était, au nombre de ses exploits, parvenu à faire s’envoler un énorme rouleau compresseur ! Vu notamment lors de la Biennale de Lyon de 1997, The Flying Steamroller (1996), pièce monumentale – comme tant d’autres – de Chris Burden, est demeurée une œuvre hautement iconique et nullement la seule.

Agé de 69 ans, l’artiste est décédé le 10 mai dernier des suites d’un mélanome malin. Premier artiste à avoir collaboré, dès 1978, avec Larry Gagosian qui n’était pas encore le galeriste le plus puissant du monde, il laisse derrière lui une œuvre considérable à laquelle le terme de « limites » a été le plus souvent associé, d’ailleurs parfaitement assumé par l’artiste dont une exposition au MAK de Vienne en 1996 était titrée « Beyond the Limits » (Au-delà des limites).

Né en 1946 à Boston, il s’installe en Californie à la fin des années 1960 afin de suivre des études d’art au Pomona College de Claremont puis à l’University of California, à Irvine. Pour l’obtention de son diplôme en 1971, il s’enferme cinq jours durant dans un casier : Five Day Locker Piece attire alors l’attention sur une tête brûlée qui semble n’avoir peur de rien. L’enchaînement de ses folles performances met en jeu les notions de danger, de résistance, d’extrême, de limites donc, et fait de lui l’un des acteurs essentiels de la constitution d’une scène artistique californienne alors inexistante, qui permit de placer Los Angeles sur la carte de l’art contemporain. La plus célèbre sans doute est Shoot (1971), dans laquelle il se fait tirer dans le bras par un comparse armé d’un fusil, à moins que ce ne soit lorsqu’en 1973, il tire avec un revolver sur un 747 au décollage. Quand il ne s’allonge pas la nuit au milieu de la chaussée d’un grand boulevard de Los Angeles (Deadman, 1972), il rampe nu sur un sol jonché d’éclats de verre (Through the Night Softly, 1973), entre autres. Avec toujours en ligne de mire la contestation du pouvoir, de la norme aliénante et de l’ordre établi, qui plus tard lui inspireront des œuvres telle All the Submarines of the United States of America (1987), recensant avec autant de jouets suspendus le nombre de sous-marins de l’armée américaine (625 !), ou son travail sur les environnements urbains semblables à des maquettes de pacotilles.

Très reconnu en France
Surtout, l’artiste a imposé cette singularité de ne pas dissocier sculpture et performance, mais de concevoir cette dernière à l’aune d’un acte sculptural où le corps est une matière parmi d’autres, sans cesse mise à l’épreuve. Parfaitement francophone, Chris Burden avait bénéficié en France, où il passa quelques années de son enfance, d’une très grande attention, particulièrement au milieu des années 1990 qui l’avaient vu exposer à Reims au Frac Champagne-Ardenne, au Consortium de Dijon, au Frac Languedoc-Roussillon à Montpellier ou à la galerie Anne de Villepoix, à Paris, qui le représentait alors. C’est en France encore qu’a été inaugurée le 25 avril dernier, à la galerie Gagosian du Bourget, sa toute dernière exposition.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°436 du 22 mai 2015, avec le titre suivant : Chris Burden, fin d’une légende

Tous les articles dans Actualités

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque