Attrait-dynamisme

Le Journal des Arts

Le 27 mai 2005

Le Musée du Louvre repasse en tête. Villeneuve-d’Ascq profite de la manne de Lille 2004. Malgré la fermeture de plusieures salles, les Arts décoratifs, à Paris, sont une institution vivante. Versailles : plus de 20 % de visiteurs.

Quels sont les atouts des musées, quels facteurs peuvent inciter les visiteurs à s’y rendre ? En premier lieu, ce qui est leur raison d’être : les collections. Encore faut-il savoir (et pouvoir) les faire vivre, les enrichir, les mettre en valeur. Expositions temporaires, programmes pédagogiques, organisation d’événements spécifiques font partie de la vie de ces lieux, et contribuent pleinement à leur attractivité. Ce classement prend donc en compte des données aussi différentes que les chiffres de fréquentation, la quantité d’œuvres conservées et d’œuvres prêtées, le nombre d’expositions temporaires et de publications, la superficie des espaces d’exposition… Sans surprise, le Musée du Louvre arrive en tête – sur tous les plans, sauf pour le nombre de prêts, le Louvre restant frileux (828 seulement, pour une collection de près de 450 000 numéros) –, suivi du Musée des arts décoratifs. Absent du précédent classement, encore actuellement en grande partie fermé, celui-ci regroupe le Musée de la publicité, le Musée de la mode et la Galerie des bijoux, ce qui explique le chiffre de fréquentation important. Les espaces d’accueil, la librairie et les ateliers destinés aux enfants contribuent aussi au succès de cette institution. Carol Rio-Latarjet, directrice de la communication du musée, explique cette seconde position notamment par « l’ouverture récente de la Galerie des bijoux et une politique d’expositions temporaires en grande partie composées de pièces issues des collections permanentes actuellement fermées au public ». Du côté des valeurs sûres, le château de Versailles (5e), le Musée d’Orsay (3e) – grâce à l’importance accordée à la médiation (avec 77 personnes), 2,5 millions de visiteurs, un auditorium bien fréquenté, une librairie et un espace d’accueil rénovés – et le Centre Pompidou (6e), champion du nombre de prêts (6 500), sont dans les dix premiers.
Parmi ce groupe, sept sont parisiens. Mais ensuite, à l’exception des Arts et métiers (13e), les autres musées de la capitale sont assez loin dans le classement. Il faut par exemple attendre la 63e place pour trouver le Musée Rodin (malgré ses 500 000 entrées annuelles).
Le premier établissement en région est le Musée d’art moderne Lille Métropole de Villeneuve-d’Ascq (8e), qui, en attirant 180 000 entrées avec plus de 4 000 œuvres, est particulièrement attractif ; rappelons qu’en 2004, Lille était « capitale européenne  de la culture », ce qui explique le taux de fréquentation qui a doublé par rapport aux années précédentes.

L’histoire séduit
Si l’on trouve dans le peloton de tête principalement des musées d’art ancien et moderne, le capcMusée d’art contemporain de Bordeaux (13e), le Musée d’Aquitaine (8e) – musée d’histoire de Bordeaux,  en tête des musées de la ville, le Musée des beaux-arts occupant la 95e place à cause du peu de réponses apportées à notre questionnaire –, et le Musée Carnavalet (8e) de Paris figurent également parmi les dix premiers. Selon Virginie Ardouin, « le Musée d’Aquitaine est fort de sa collection permanente, très complète, à la fois historique, archéologique et ethnographique, de la préhistoire à aujourd’hui ». De grandes expositions réalisées en coproduction (prochainement « Les chemins du Moyen Âge », organisé par le Québec en collaboration avec trente musées internationaux, dont le Musée d’Aquitaine) et un programme culturel dynamique attirent beaucoup de nombreux visiteurs.
On peut s’étonner que les musées des beaux-arts, aux résultats très variés selon les villes, n’apparaissent que relativement loin dans le classement. Rouen, Besançon et Valenciennes sont parmi les mieux classés. Le public semble davantage séduit par les musées d’histoire ou certains musées plus atypiques, comme La Piscine à Roubaix (13e) – collection permanente modeste, mais réhabilitation exemplaire et expositions temporaires de qualité. À Rouen, premier musée des beaux-arts du classement, « les collections permanentes, notamment celles de peinture
impressionniste, sont le point fort du musée, contrairement à d’autres musées où les expositions temporaires constituent l’essentiel de la fréquentation », explique son directeur, Laurent Salomé, en soulignant les efforts faits en faveur de ses collections (scénographie, rénovation, acquisitions). « Les habitants de Rouen et de la région se réapproprient véritablement le lieu, fréquentent l’auditorium, apprécient la programmation établie en partenariat avec le FRAC et le Pôle Image Haute-Normandie et reviennent au musée ». À Rouen, la fréquentation du musée se partage à 50 % pour les collections permanentes et 50 % pour les expositions, ce qui est assez rare dans ce type d’établissement. « Miser uniquement sur les expositions temporaires est un parti pris risqué », estime encore le directeur.
La richesse des collections est donc un point fort, mais ne suffit pas toujours. Le Musée Condé à Chantilly (55e) a des atouts majeurs : son exceptionnelle collection de peintures (qui couvre sept périodes) et la proximité avec Paris, mais ses espaces d’exposition temporaires sont très réduits. Le musée ne peut prêter aucune œuvre et en accueille peu, privilégiant les expositions à partir de ses propres collections, et de son Cabinet des dessins en particulier.
À la lecture de ce tableau, certains résultats peuvent étonner, comme la présence du musée de l’Hospice Saint-Roch d’Issoudun à la 27e place et celle du Musée du Touquet à la 16e. Le premier a l’une des plus fortes valeurs d’acquisition par donation en 2004 et prête de nombreuses œuvres de sa collection à d’autres institutions. La fréquentation du second est principalement touristique et saisonnière, mais deux personnes sont attachées à la communication et la médiation, là où d’autres musées n’en ont aucune. Selon le conservateur Patrice Deparpe, « la collection permanente est intéressante, sans être exceptionnelle, il s’agit de faire du musée un lieu vivant, un instrument culturel tant pour les habitants que pour les touristes ». Un important travail y est mené auprès des scolaires et pour l’édition de catalogues ou pour les expositions temporaires (cet été, une importante exposition sur Dubuffet et L’Hourloupe, œuvre que l’artiste a créée au Touquet). Le musée organise aussi des résidences d’artistes depuis 1995.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°216 du 27 mai 2005, avec le titre suivant : Attrait-dynamisme

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