Dimanche 25 octobre 2020

Andreas Beyer

Par Sophie Flouquet · L'ŒIL

Le 15 mai 2012 - 587 mots

Après l’Italie en 2011, c’est l’Allemagne qui est cette année le pays
invité de la deuxième édition du Festival de l’histoire de l’art, organisé du 1er au 3 juin à Fontainebleau. De l’utilité d’un tel festival...

Sophie Flouquet : Un festival vous semble-t-il être le moyen le plus approprié pour valoriser cette discipline ?
Andreas Beyer : Ce modèle français me semble très efficace. En Allemagne, depuis une cinquantaine d’années, un congrès qui relève d’une formule plus traditionnelle se tient tous les deux ans. Conformément au principe fédéral allemand, il a lieu à chaque fois dans une ville différente. Mais, avant tout, il demeure très académique et ne s’adresse qu’à des professionnels, qui sont d’ailleurs davantage des universitaires que des conservateurs de musées. Le Festival de l’histoire de l’art de Fontainebleau est le fruit d’une autre conception. À la fois scientifique et ouvert au public, il permet d’offrir une possibilité accrue de divulgation de notre travail. Car lorsque l’on est historien de l’art et que l’on est en général payé par l’État, il faut toujours se justifier et expliquer son travail, sur lequel il existe encore de nombreuses incompréhensions ! Notamment sur le fait que nous allions tous les jours au musée alors que d’autres ne peuvent y aller que pendant les week-ends ou les vacances ! Ce festival est donc un modèle qui pourrait être importé en Allemagne.

S.F. : L’histoire de l’art souffre encore, en France, d’un manque de reconnaissance. Est-ce également le cas en Allemagne ?
A.B. : La situation est assez similaire : il n’existe ni agrégation ni enseignement à l’école de l’histoire de l’art. Par ailleurs, l’allemand de l’histoire de l’art est très technique et permet moins facilement de s’adresser au grand public. Les choses sont plus faciles en France : dans la tradition des salons, tout le monde parle d’art !

S.F. : Quels sont les temps forts des échanges avec les historiens de l’art allemand qui sont prévus dans le cadre du festival ?
A.B. : Ils sont nombreux, mais la séance inaugurale est dédiée à Willibald Sauerländer, qui est le symbole d’une histoire de l’art franco-allemande. Alors que l’art gothique était un champ de bataille entre les deux pays, Sauerländer a toujours essayé de surmonter ces nationalismes, considérant que l’art ne s’arrête pas aux frontières. Il représente à ce titre une histoire de l’art à la fois traditionnelle et innovante.

S.F. : Cette question des nationalismes a-t-elle totalement délaissé le champ de l’histoire de l’art ?
A.B. : Je ne parlerai pas forcément de nationalismes, mais plutôt de stéréotypes, qui ont aussi affaire avec une histoire des goûts. Il n’est qu’à voir les choix français dès qu’il s’agit d’exposer de l’art allemand : ils se résument souvent à des artistes tels que Corinth ou Beckmann. En Allemagne, nous parlons rarement d’art allemand mais plutôt d’art en Allemagne. L’inverse est plus courant en France, même si André Chastel avait démenti l’idée d’art français.

S.F. : Cette formule n’est-elle pas plutôt l’apanage des hommes politiques qui utilisent cette expression pour justifier leurs investissements dans certains équipements ?
A.B. : Les hommes politiques se trompent sur ce sujet. S’ils doivent avoir une conscience très vive des collections et des monuments, car les conserver relève d’une responsabilité nationale, l’objet en lui-même peut difficilement être national. Il existe une intelligence de l’art qui s’oppose à ces utilisations idéologiques.

Repères

Andreas Beyer est directeur du Centre allemand d’histoire de l’art de Paris. Spécialiste du classicisme allemand et de la période moderne, il a également enseigné dans les universités de Hambourg, d’Iéna, d’Aix-la-Chapelle et de Bâle.

LE FESTIVAL

Lancé en 2011 à l’initiative du ministère de la Culture, le Festival de l’histoire de l’art est destiné à promouvoir la discipline auprès des professionnels mais aussi du grand public.

15 000

C’est le nombre de visites comptabilisées en trois jours pour la première édition du festival, en 2011. Trois cents spécialistes seront encore présents lors de cette deuxième édition.

festivaldelhistoiredelart.com

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°647 du 1 juin 2012, avec le titre suivant : Andreas Beyer

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