Samedi 24 février 2018

Anastasia Lazaridou, directrice adjointe du Musée byzantin et chrétien, à Athènes

« Nous n’avons pas d’autonomie de gestion »

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 16 mars 2010

Spécialiste de l’archéologie byzantine, entrée aux services archéologiques grecs en 1984, Anastasia Lazaridou a rejoint le Musée byzantin et chrétien, à Athènes, en 2000, avant d’être nommée, en 2007, directrice adjointe de l’établissement. Elle commente l’actualité, notamment les répercussions directes de la crise économique en Grèce sur le monde culturel, et dévoile ses projets pour le musée.

Quels impacts les mesures drastiques votées dernièrement en Grèce pour remédier à la crise économique peuvent-elles avoir sur les musées grecs et sur le musée que vous dirigez, lequel doit inaugurer ses nouveaux espaces en avril ?
La situation est très difficile, beaucoup plus qu’avant. Les mesures impliquent une réduction de 20 % du budget prévu pour le musée par le ministère de la Culture, avec une diminution du personnel intérimaire, qui effectue un travail pourtant essentiel.

Cela pose de sérieux problèmes au musée parce que nous n’avons jamais eu assez d’argent pour mener à bien notre programme. L’inauguration du musée ne sera pas remise en cause, mais il va falloir trouver de nouvelles manières de gérer le musée et imaginer une programmation qui puisse s’adapter à la situation.

Quel est l’engagement de l’État grec dans la politique des musées du pays ?
Les musées archéologiques grecs sont des musées publics. Il y a deux grands musées publics nationaux à Athènes : le Musée byzantin et le Musée national archéologique. Ces deux musées dépendent à cent pour cent du ministère de la Culture. Cela signifie que nous sommes complètement tributaires de la situation économique que connaît le ministère de la Culture, qui gère tout notre budget. Cette dépendance n’est pas sans poser problème. Nous n’avons pas assez de flexibilité et de liberté pour mener à bien nos projets.

Une des possibilités envisagées actuellement serait de créer des musées du type établissement public, c’est-à-dire des musées qui travaillent en relation très étroite avec l’État – les collections sont sous son contrôle absolu –, mais avec une certaine autonomie de gestion. Seule cette autonomie pourrait nous permettre d’être à la hauteur de nos ambitions. C’est une discussion ardente qui risque de prendre beaucoup de temps, d’autant plus que la Grèce entretient une relation très ténue avec son patrimoine, mais je crois que l’avenir de nos grands musées réside dans ce changement.

Le Musée a reçu l’aide de la Fondation BNP Paribas pour la restauration d’un ensemble de dix fresques du XVe siècle qui viennent de rejoindre les espaces permanents du parcours. Le mécénat culturel est-il une pratique courante en Grèce ? Comment l’abordez-vous ?
Le mécénat culturel commence maintenant en Grèce. Nous n’avons pas encore pris l’habitude de recevoir de l’argent venant de fondations, d’instituts ou d’entreprises dans le cadre de mécénat.

En 2007, une loi a essayé de faciliter les choses et d’encourager le mécénat, mais elle n’a jamais vraiment été utilisée et nous sommes encore limités dans les sommes que nous pouvons recevoir. Je pense qu’il ne faut pas aborder le mécénat seulement sous ses aspects économiques. La relation avec le mécène ou la fondation est essentielle. Nous devons partager des idées, échanger de manière concrète ; c’est un travail en profondeur.

Comment se situe votre musée sur la scène culturelle athénienne ?
Le musée doit beaucoup à son directeur, Demetrios Konstantios, qui vient malheureusement de disparaître. La période est donc triste et éprouvante pour nous. Demetrios Konstantios est une personnalité qui a su donner un nouveau visage au musée. Depuis dix ans, il menait une politique d’ouverture au grand public. Il a changé l’orientation du musée par rapport à la société grecque et a lancé une nouvelle dynamique. Il avait une vraie vision de ce que pouvait être un musée et il est parvenu à concevoir un établissement vraiment différent des autres.

Une première partie du musée avait été rénovée en 2004 : la scénographie avait marqué les esprits, notamment avec la présentation des icônes comme suspendues en l’air, la proximité des œuvres avec le public, le choix d’une présentation très didactique et résolument novatrice… Demetrios Konstantios n’était pas seulement un bon professionnel, il avait donné une partie de son âme au musée.

Quelles sont vos ambitions pour le Musée byzantin et chrétien, en particulier sur la scène internationale ?
Nous avons déjà de bonnes relations avec de nombreux musées étrangers, à New York, à Chypre, en France, en Allemagne ou en République tchèque. Nous venons de démarrer un partenariat avec le patriarcat d’Alexandrie avec lequel nous collaborons pour la création d’un musée. Nous préparons également une exposition avec le Musée national du Soudan, à Khartoum.

Celle-ci veut montrer les différents aspects du monde médiéval de l’Afrique du VIIe au XVe siècle, et mettre en valeur le royaume chrétien du Soudan médiéval. Mais le projet nécessite un budget important et la situation économique actuelle de la Grèce implique de faire très attention à ne pas dépasser les limites auxquelles nous sommes astreints.

Nous nous efforçons de faire des plans concernant les cinq années à venir, mais si nous voulons lancer de grands projets culturels, il faut que les moyens suivent… Nous ne pouvons pas nous permettre d’annuler soudainement un travail de longue haleine à cause du manque de crédits. Avec la Fondation Onassis, nous préparons pour la fin de l’année 2011, à New York, un événement : « Transition » aborde la période située entre l’Antiquité tardive et les débuts de l’ère chrétienne. Quant à notre musée, à Athènes, la programmation de ses espaces d’exposition temporaire y est renouvelée tous les deux mois, autour de thématiques très diverses.

La dernière exposition était consacrée à Andy Warhol et prochainement nous présenterons des photographies, sous le titre « Archétypes ». Cette dernière illustre les relations qu’entretient l’architecture anonyme et populaire avec la construction archétypique de l’époque préhistorique ; son commissaire est professeur à l’école polytechnique à Athènes, Demetrios Philippides.

D’ici à deux ans, nous devrions inaugurer un grand parc culturel librement accessible au public en lieu et place des jardins du musée ; un endroit où tout le monde peut passer, avec la présentation de sculptures modernes et autres créations. Cette année, nous allons présenter les sculptures d’un artiste japonais, professeur aux Beaux-Arts de Tokyo, Kido Osamu. Nous embrassons des domaines beaucoup plus vastes que celui des collections byzantines. Nous voulons être un centre culturel au cœur de la ville.

Avec l’ouverture du Musée de l’Acropole au pied du Parthénon, la question du retour des frises, conservées pour la plupart d’entre elles au British Museum, à Londres, trouve une nouvelle résonnance. Comment percevez-vous cette situation aujourd’hui ?
Vous ne trouverez pas un Grec qui ne désire pas le retour des frises du Parthénon ! Je crois qu’il est très important de pouvoir comparer tout ce matériel architectural au monument lui-même, qui se trouve juste en face et est visible depuis les grandes baies vitrées du musée. Il est maintenant essentiel de réunir ces éléments.

Cette relation unique du musée avec le monument conservé in situ justifie le retour des frises. Il s’agit d’un cas singulier, exceptionnel, et non de remettre en cause les collections de musées du monde entier.

Une exposition a-t-elle retenu votre attention récemment ?
L’exposition « Éros », qui va fermer ses portes dans quelques jours au Musée d’art cycladique à Athènes, m’a semblé très intéressante. Le sujet y est traité sous tous ses aspects, depuis le point de vue philosophique jusqu’à l’approche amoureuse, et sous ses différentes formes d’expression artistique.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°321 du 19 mars 2010, avec le titre suivant : Anastasia Lazaridou, directrice adjointe du Musée byzantin et chrétien, à Athènes

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