Jeudi 19 septembre 2019

Acquisitions

Adieu au XIXe siècle

Par Bertrand Dumas · L'ŒIL

Le 15 mai 2014 - 391 mots

Une aubaine pour le Musée Louis-Senlecq de L’Isle-Adam qui s’offre sa première peinture du peintre du Chat noir à l’heure où s’ouvre, en ses murs, la toute première rétrospective du peintre montmartrois.

22 600 €
Connue seulement par une photographie en noir et blanc, la toile est réapparue à Londres, le 6 mars dernier, où elle fut adjugée par Sotheby’s pour le compte du Musée Louis-Senlecq, qui a bénéficié pour cette acquisition à l’étranger du soutien financier de la Drac Île-de-France et du ministère de la Culture.

Willette
L’Adieu au XIXe siècle, probablement un élément de décor pour un cabaret, est exemplaire de l’iconographie élaborée par Willette, incarnation de la bohème montmartroise de la fin du XIXe siècle. Élève de Cabanel, mais vite en rupture avec l’académisme, Willette s’installe sur la Butte en 1882, alors quartier général de l’avant-garde parisienne. Ses amis du Chat noir le surnomment Pierrot, anti-héros qu’il incarnera dans la vie, comme dans sa peinture. Cette identification au personnage de la commedia dell’arte révèle son inclination pour le théâtre populaire dont il se fit le décorateur attitré et militant. Engagé, Willette l’est aussi dans ses nombreux dessins de presse où se révèle son esprit contestataire. Reconnu comme tel, il est élu, en 1921, premier président de la République indépendante de Montmartre : un nouveau costume pour Willette, sommé, à cette occasion, de renvoyer Pierrot à ses rêves de fortune.

Pierrot
Pierrot, auquel Willette s’est toujours identifié, retourne les poches vides de son pantalon, signe de son indigence. Son regard éploré s’adresse à la Fortune conduisant un char tiré par des hannetons. L’équipage avance sur une portée semée de pièces d’or. Les moulins, indissociables de l’iconographie montmartroise, suggèrent, qu’à l’issue de cette rencontre nocturne, le vent pourrait tourner pour « le peuple des Pierrots » qui est « toujours bien à plaindre », selon Willette, leur porte-parole.

Vers 1885
La peinture est postérieure à la gravure de 1882 intitulée Feu Pierrot pour illustrer l’autobiographie de Willette publiée en 1919. Sa composition est identique, à ceci près que le halo de lumière était comblé à l’origine par une pièce de 20 francs qui brillait comme un astre dans la nuit.

Le Chat noir
Le félin qui peuple les ruelles de Montmartre est associé aux noctambules de la colline depuis l’inauguration du cabaret Le Chat noir pour lequel Willette dessina, en 1881, la mythique enseigne.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°669 du 1 juin 2014, avec le titre suivant : Adieu au XIXe siècle

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