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Entretien avec Eduardo Arroyo - Minutes d’un testament

L'Oeil - n° 625 - Juin 2010

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Ne vous fiez pas au titre du dernier livre d’Arroyo. À 73 ans, le peintre de la Figuration narrative est en pleine forme, et il le montre dans une autobiographie pleine de réflexions, de coups de gueule et d’humour.

L’œil : On vous connaît surtout comme peintre, pourtant vous avez déjà publié de nombreux livres ?
Eduardo Arroyo : Je ne suis que peintre, mais j’ai toujours eu une folie littéraire. Je voulais être écrivain. J’étais très influencé par la littérature américaine : Hemingway, Dos Passos. Je suis un peintre qui fait beaucoup d’autres choses autour. C’est pour retourner avec plus de force à la peinture. J’écris dans mes moments perdus, en voyage…

L’œil : Peut-on faire un parallèle entre peinture et écriture ?
E. A. : En littérature, une histoire extraordinaire peut être gâchée si vous ne savez pas écrire. C’est la même chose en peinture. La conquête de la peinture, c’est le drame. Je m’engage dans une bataille avec un être vivant : le tableau. Dans ce combat, c’est lui qui gagne toujours. Je vais au combat avec l’espoir de rapporter une victoire que je n’aurai pas.
Je ne vis pas avec mes tableaux. Ils vivent pendant que je les peins. Après, je les mets dos au mur et ils ont leur vie propre. Ils se promènent dans la ville. Ils disent qui vous êtes. Ils disent si vous ne savez pas peindre une main et que vous avez mis un vase à fleurs pour écarter le problème.

L’œil : Avant de fuir l’Espagne franquiste, vous avez suivi une formation de journaliste. Comment êtes-vous devenu peintre ?
E. A. : Je dessinais beaucoup de façon spontanée. Je pensais que ce serait un complément à l’écriture. Quand je suis arrivé à Paris en 1958, je faisais des portraits dans les bars de Montparnasse pour survivre. On y rencontrait tous les peintres connus de l’époque. Cela m’a donné l’idée de peindre deux trois choses et je les ai données à un galeriste qui m’a dit de les laisser en dépôt. Par un heureux hasard, j’exposais au Salon de la jeune peinture. Et j’ai eu de bonnes critiques car, à ce moment-là, c’était le grand diktat de l’Abstraction lyrique française et de l’école de Paris, et ma peinture figurative était nouvelle.
Contrairement à d’autres, je ne suis pas passé par l’École des beaux-arts et j’ai vendu tout de suite. C’est comme cela que je suis devenu un peintre. Cela m’a écarté de l’écriture quand tout était joué.

L’œil : Vous dites que votre peinture est conditionnée par le fait que vous avez été formé sous Franco. A-t-elle changé à votre retour en Espagne démocratique ?
E. A. : Oui. Avant, j’avais une obsession de l’Espagne, je faisais des tableaux engagés. Mais je n’ai pas connu la transition démocratique, je me disais : « Je n’ai pas vu la moitié du film. » J’ai compris à mon deuxième retour que la seule façon de ne plus avoir ce statut de réfugié c’était de peindre en Espagne. À partir de ce moment-là, ma peinture est devenue moins historique, plus secrète, plus intime et mystérieuse.

L’œil : Ce pseudo-testament semble avoir été écrit d’un seul jet ?
E. A. : Je suis content que vous ayez ce sentiment, mais en fait cela a duré quatre ans. J’écris à la main une première fois, très rapidement, une deuxième fois plus lentement, puis j’envoie le manuscrit à mon assistante qui saisit le texte et je retravaille sur ce texte. Je voulais que ce soit un vagabondage littéraire à bâtons rompus, qu’on passe d’un sujet à l’autre. Une parole en appelle une autre. Je dis que c’est une écriture de peintre.

L’œil : Vous en profitez pour régler quelques comptes !
E. A. : Si ce livre a eu un énorme succès en Espagne, ce qui est étonnant pour le livre d’un peintre, c’est que les lecteurs ont été curieux de la brutalité de certains propos vis-à-vis de l’Espagne. Cela leur a plu. Je suis très critique envers la politique. Zapatero est devenu messianique, il croit en ses propres conneries. Par exemple, il veut établir un quota pour les femmes, et il a appliqué cette règle en prenant une ministre de la Culture pas très compétente. Je ne supporte plus cette nouvelle gauche.

L’œil : Vous n’êtes pas tendre avec la gauche. Êtes-vous devenu réactionnaire ou anarchiste ?
E. A. : Je ne suis pas anarchiste, car même si je suis un ennemi juré de l’État et de l’administration, j’ai du mal à accepter certains principes anarchistes qui remontent à la guerre d’Espagne. Suis-je réactionnaire ? Je ne le crois pas.
J’ai commencé petit bourgeois, je suis devenu moyen bourgeois avec beaucoup de fatigue et j’essaye de devenir grand bourgeois. Ce qui n’est pas nécessairement réactionnaire ; être bourgeois, c’est avoir une bibliothèque, des centres d’intérêt. Naturellement, je ne voterai jamais à droite, même sous la torture.
Je ne regrette pas mon engagement passé, et si je devais recommencer je le referais, il faut se remettre dans l’époque. Je ne voulais pas être comme ces vieux cons. Nous, on était très généreux. On voulait mourir pour ces histoires-là. Je suis un homme de gauche, et je le serai jusqu’à la fin de ma vie. Je me considère comme un formidable combattant antifasciste.

L’œil : Vous ne parlez pas beaucoup de votre peinture ?
E. A. : Je parle de tout et de beaucoup de choses. Je suis comme un bonimenteur, mais c’est vrai que je n’aime pas parler de ma peinture. Je parle du métier de la peinture avec mon marchand ou mes confrères, mais je ne parle pas de ce que je fais.

L’œil : Vous ne voulez pas de musée Arroyo, mais vous envisagez une fondation dans votre maison de Robles ?
E. A. : Finalement, je ne vais pas la faire. Un testament est fait pour être renié. Je vais le refaire pour la énième fois. J’adore cela. Je vais dire que je ne vais rien faire. Je vais simplement continuer cette collection de mes confrères, si je peux continuer à acheter leurs œuvres. Je voudrais faire un catalogue de cette collection. Mais pour moi, non. J’envisage seulement de faire une très belle bibliothèque avec tous mes livres, ouverte au public. Je ne veux aucun musée à mon nom.Je l’ai dit tellement de fois que je suis obligé de m’y tenir ! Sinon je passe pour un guignol. Nous, les artistes, nous sommes faibles car nous sommes vaniteux. On serait capable de mettre sa femme dans le lit d’un éditeur pour publier un catalogue de ses œuvres. Je lutte contre le peu de vanité qui me reste. C’est pour cela que je suis fort. Je suis très indépendant.

L’œil : Pourquoi ne parlez-vous pas de votre vie privée ?
E. A. : Mes histoires personnelles sont dramatiques pour moi, mais elles font rigoler tout le monde. Ces histoires de séparation, la culpabilité qui en découle, c’est terrible pour vous, mais les autres s’en amusent.

Jean-Christophe Castelain

Légende photo

Eduardo Arroyo - D.R.

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