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ART MODERNE

Dalí, du local au global

Par Marie Potard · Le Journal des Arts

Le 10 mai 2023 - 579 mots

Mayoral expose des œuvres de l’artiste espagnol témoignant de ses diverses influences. L’occasion de faire ici le point sur le marché de Salvador Dalí.

Paris. L’enjeu, pour une galerie qui expose de grands noms de l’art moderne et contemporain comme Mayoral, fondée en 1989 à Barcelone et installée à Paris depuis 2019, c’est d’adopter un angle de vue novateur. L’exercice est ici réussi avec une exposition sur Salvador Dalí (1904-1989) mêlant les sources d’inspiration du peintre, à la fois locales – son amour pour Cadaqués, sa terre natale catalane qui revient sans cesse dans son œuvre – et ses expériences internationales. Celles-ci débutent à Paris, dans les années 1930, quand l’artiste rejoint le groupe des surréalistes. Elles se poursuivent aux États-Unis : dès 1944, Dalí passe tous ses hivers à New York, collabore avec Walt Disney sur le court-métrage Destinoà Los Angeles… L’exposition présente ainsi des œuvres ayant pour cadre les paysages de sa Catalogne, dont une rarissime huile sur cuivre, Nus dans un paysage du Cap de Creus, 1970 (1,2 M€), ou un assemblage surréaliste (Le Soulier de Gala, [voir ill.]), réalisé à Paris et considéré comme son premier assemblage (750 000 € (*)).

La galerie expose majoritairement des artistes espagnols (dont beaucoup sont catalans), mais, contrairement à Picasso ou à Miró, le marché des œuvres de Dalí est assez restreint. « Il n’y a pas suffisamment d’œuvres qui circulent, mises à part les éditions, les séries larges… Dès que nous sommes en présence d’un chef-d’œuvre ou même d’une œuvre importante, soit elle appartient déjà à un musée, soit elle passe en vente publique. C’est rare d’en trouver en galerie, explique la directrice de la galerie, Prune Vidal. C’est aussi un marché assez équilibré, il n’y a pas de surprise ; un prix bas indique une mauvaise pièce. »

Si l’œuvre entier du maître est qualifié de surréaliste, les pièces qui se rattachent à la période surréaliste, au mouvement historique, sont celles des années 1930. Ce sont les plus cotées. « Les collectionneurs recherchent avant tout les œuvres bien datées et clairement identifiables », précise Prune Vidal.

Dans le top 10 des œuvres de Dalí les plus chères vendues aux enchères – des huiles datées des années 1930 – les prix s’échelonnent entre 4 millions d’euros (Maison pour érotomane, 1932, cédée à Londres en 2018) et 16 millions d’euros, pour le Portrait de Paul Éluard, 1929 (vendu en 2011 chez Sotheby’s Londres). En 2021, Sotheby’s New York a adjugé L’Angélus, 1935, pour 9,9 millions d’euros. « Les huiles sur toile, qui plus est antérieures aux années 1940, sont rarissimes », confirme la directrice.

Quant aux œuvres sur papier, elles passent plus régulièrement en vente, mais, pour avoir un sujet intéressant et un minimum de couleur, il faut débourser au moins 150 000 à 200 000 euros – quatre feuilles sont ici présentées, parmi lesquelles Vanitas (1933). « Pour les huiles, il n’y a rien en dessous de 1 million. »

Le marché de Dalí se trouve essentiellement aux États-Unis, mais il existe un vivier important de collectionneurs en Espagne et en France. D’ailleurs, depuis 2022, Sotheby’s organise sa vente consacrée au surréalisme non plus à Londres mais à Paris. En mars, l’huile sur carton Dream of Venus (Rêve de Vénus), 1939, y a été adjugée 889 000 euros.

Erratum - lundi 15 mai 2023

(*) Contrairement à ce que nous avions écrit dans le JdA n°611, le prix de la sculpture Le Soulier de Gala est de 750 000 euros et non de 850 000 euros. 

Salvador Dalí, Ultralocal/ultraglobal,
jusqu’au 28 mai, Mayoral, 36, av. Matignon, 75008 Paris.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°611 du 12 mai 2023, avec le titre suivant : Dalí, du local au global

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