Foire & Salon

Artistes français à Bâle : peut mieux faire

Par Nathalie Moureau et Clémence Picard · Le Journal des Arts

Le 14 juin 2018 - 1126 mots

BALE / SUISSE

Moins bien exposés que leurs confrères américains et allemands, les artistes français ne sont pas pour autant déclassés.

Installation de Daniel Buren, Una cosa tira l’altra, 2015-2018, Galleria Continua
Installation de Daniel Buren, Una cosa tira l’altra, 2015-2018, Galleria Continua, Art Basel
© Art Basel

Représentativité française.  Art Basel, réputée pour condenser en quelques jours la fine fleur du marché de l’art international, constitue un terrain d’observation privilégié pour étudier la façon dont la scène française est perçue. Et ce qui ressort d’une étude conduite sur les propositions faites par les galeries françaises, allemandes, suisses et britanniques participant à la section principale « Galleries » d’Art Basel ainsi qu’aux deux foires Art Basel Hong Kong et Art Basel Miami Beach est édifiant.

Premier constat, les galeries françaises ouvrent largement leurs stands aux artistes étrangers. Parmi les artistes qu’elles exposent, un sur quatre seulement est français, un sur cinq est américain. À Hongkong et Miami, les artistes français perdent leur faible avantage et la proportion entre Français et Américains exposés devient équivalente. Si les galeristes français sont peu généreux avec leurs créateurs nationaux, leurs consœurs suisses et anglaises le sont encore moins vis-à-vis des leurs. Ce sont ainsi les artistes américains qui dominent sur les stands des galeries britanniques à Hong Kong et Miami, tandis que pour les galeries suisses présentes à Bâle et Miami les artistes américains sont en supériorité numérique. Les galeries allemandes ont une tout autre politique : les artistes de leur scène nationale sont largement présents sur leur stand. C’est à Bâle que cette tendance est la plus manifeste, où plus d’un artiste sur trois exposés sur leurs stands est allemand (36 %). Une proportion un peu moindre à Hong Kong (27 %) et Miami (31 %) mais bien supérieure à celle des artistes français, britanniques et suisses sur le stand des galeries de leurs pays.

Une proportion élevée d’artistes « historiques »

Deuxième constat, les artistes français présentés à Bâle sur les stands des galeries françaises, allemandes, britanniques et suisses sont en moyenne largement plus âgés que leurs homologues européens. Un tiers d’entre eux, sur l’ensemble des trois foires, sont en effet nés avant 1928 (et sont soit décédés, soit âgés de plus de plus de 90 ans). Cette ancienneté est encore plus marquée à Bâle où elle concerne quasiment un artiste français sur deux (44 %), avec Soulages, Picabia, Filliou, Morellet, Hains… Toutefois, la stratégie des galeries ne semble pas seule en cause si l’on se fie aux propos de Nathalie Vallois : « Les comités des foires nous stipulent clairement la direction à suivre, il faut présenter des artistes historiques, on nous veut pour cela. » Il n’y a qu’à Hong Kong où le pourcentage d’artistes français âgés est moins élevé, bien qu’il concerne plus d’un artiste français sur quatre (27 %). Les artistes allemands mais surtout britanniques sont en revanche plutôt jeunes. Au Royaume-Uni, les moins de 50 ans forment ainsi le gros des troupes, avec 54 % à Miami, 60 % à Hong Kong. Il n’y a qu’à Bâle où les moins de 50 ans britanniques ne représentent que 40 %.

Les grandes galeries boudent les artistes français à Bâle

Troisième constat, les galeries internationales – quelle que soit leur origine – accordent peu de place sur leur stand aux artistes français. Sur les 16 galeries fortement internationales repérées à Bâle en 2017, la proportion d’artistes français présentés est faible, soit 3 % à Bâle (Daniel Buren, Jean-Michel Othoniel) et 8 % à Miami (parmi lesquels Cyprien Gaillard). Les artistes américains sont présents à hauteur de 34 % à Bâle, les Allemands de 14,5 % et les Anglais de 9,6 %. Pour Miami et Hong Kong, la situation des Français est meilleure et s’aligne sur celle des autres artistes européens étudiés (entre 7 et 10 %), bien que l’Allemagne tire un peu mieux son épingle du jeu. Ces résultats sont surprenants lorsque l’on sait que, parmi ces 16 galeries internationales, huit ont une localisation en France (deux ont pour origine première la France, Perrotin et Almine Rech), onze ont une localisation au Royaume-Uni (mais seulement une en est originaire) et trois ont une localisation en Allemagne (deux en sont originaires).

Image retirée.

6,5 % d’artistes français présentés

Au total, sur l’ensemble des artistes présentés sur les trois foires Art Basel par les galeries issues des quatre pays européens retenus, les artistes américains sont les plus représentés sur les stands. Les Allemands arrivent en seconde position et représentent un peu moins de 20 % de l’ensemble à Bâle et 13 % à Hong Kong. La proportion d’artistes britanniques représentés, comme celle d’artistes français, voire suisses, est relativement stable quelle que soit la foire. Elle est toutefois nettement moins élevée, de l’ordre de 8 % pour les Britanniques, de 6,5 % pour les Français et 4 % pour les Suisses.

Si la position des artistes français n’est pas totalement déshonorante, le chemin est encore long avant de parvenir à une situation équivalente à celle de la scène allemande. Certains considéreront qu’il n’y a pas lieu de mettre ainsi en exergue le poids des nationalités et que le marché est international. Mais bien qu’il présente certaines spécificités imputables à la nature des biens échangés, le marché de l’art obéit pour partie aux mécanismes économiques usuels. L’existence d’un vaste marché intérieur, que ce soit pour des raisons territoriales, ainsi aux États-Unis, ou plus stratégiques – comme le fort soutien donné par l’Allemagne à ses artistes nationaux –, contribue à donner aux pays qui en bénéficient un vrai avantage initial qui leur permet ensuite d’affirmer leur supériorité sur le plan international. Dans les industries culturelles françaises (audiovisuel, musique), des mesures ont été prises par les pouvoirs publics pour faire face à ces déséquilibres et favoriser une certaine diversité. Le marché de l’art est resté à l’écart de ces réflexions et démarches, faut-il s’en réjouir ou le regretter ?

Des galeries françaises moins nombreuses et plus anciennes
Profil des galeries. La supériorité numérique des galeries allemandes est écrasante, elles sont deux fois plus nombreuses que les galeries françaises, tandis que le contingent de galeries anglaises présentes à Bâle est à mi-chemin entre celui de la France et de l’Allemagne. La situation est plus équilibrée à Hong Kong et Miami où la supériorité numérique des galeries allemandes est bien moins marquée. Moins nombreuses, les galeries françaises sont en outre plus vieilles que leurs voisines européennes. La proportion de galeries françaises présentes à Bâle et établies après le tournant des années 2000 est largement inférieure à celle des trois autres pays. Elle n’est que de 5,6 % pour les françaises alors qu’elle est de 27 % pour les britanniques, de 19,4 % pour les allemandes et de 27,3 % pour les suisses. Symétriquement, la proportion de galeries établies antérieurement au début des années 1980 est d’un tiers quand elle n’est que de 23 % pour le Royaume-Uni, de 14 % pour l’Allemagne et de 18 % pour la Suisse. Ici encore, la situation diffère à Miami et à Hongkong et la répartition des âges des galeries françaises devient similaire, voire rajeunie par rapport à celle de nos voisins.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°503 du 8 juin 2018, avec le titre suivant : Artistes français : peut mieux faire

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