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Le Centre Pompidou se pose à Metz

Le Centre Pompidou-Metz arbore une architecture qui privilégie l’efficacité du musée, tout en offrant de beaux points de vue sur la ville.

Le Journal des Arts - n° 324 - 30 avril 2010

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« Trente ans après Paris, nous sommes aussi révolutionnaires », prévient Laurent Le Bon, pour comparer l’architecture de l’établissement qu’il dirige, le Centre Pompidou-Metz (CPM), au concept fondateur de Beaubourg. « Mais nous ne sommes pas dans la science-fiction. Nous avons conçu un musée d’aujourd’hui, au service des artistes et de la création. »

Avis à tous ceux qui rêvaient encore de voir bâti dans l’Hexagone un ersatz du Guggenheim-Bilbao : ce n’est pas à Metz qu’il pourront le trouver. Car en choisissant parmi 157 candidatures le Japonais Shigeru Ban, associé au Français Jean de Gastines, pour concevoir ce premier Centre Pompidou en région, les membres du jury avaient, dès 2003, anticipé avec bon sens la fin de la mode des architectures tapageuses.

Et leur fâcheux corollaire : des chantiers hors de prix et souvent très complexes techniquement, comme en témoigne l’enlisement du Musée des Confluences, à Lyon, dessiné par les architectes autrichiens de
Coop Himmelb(l)au. À Metz, le choix de Ban est finalement assez logique, la ville étant ancrée de longue date, grâce à quelques figures locales, dans l’écologie urbaine. Les propos tenus par le lauréat à l’époque du concours, vantant « l’objectif bioclimatique novateur de la toiture créant un environnement contrôlé et tempéré naturellement », auront donc inévitablement résonné favorablement à l’oreille des élus locaux.

Un chapiteau
Dans les faits, cette structure, qui tient moins du chapeau chinois, comme cela fut évoqué hâtivement en 2003, que du chapiteau, n’est sûrement pas la plus grande réussite du bâtiment. Transformer l’esquisse en réalité construite s’est révélé relever du casse-tête, au point qu’un premier bureau d’étude a jeté l’éponge. Dix mois de façonnage et quatre mois de pose auront été nécessaires pour installer cette charpente en bois lamellé-collé, constituée d’un assemblage de poutres de courbures différentes montées sur une trame hexagonale.

Laquelle charpente, reposant sur un anneau métallique, est abritée des intempéries par une membrane textile translucide en fibre de verre et Téflon, largement débordante afin de protéger les quelque 900 mètres carrés de façades rétractables. Soit beaucoup de technicité pour un résultat peu élégant – et garanti seulement trente ans –, mais qui donne son identité écolo-chic au bâtiment. L’intérêt bioclimatique reste également à confirmer, une simple visite au cours des rudes mois de l’hiver lorrain, transformant le forum d’accueil en igloo géant, suffisent en effet à s’en convaincre.
Sans apparaître flamboyant, il faut admettre que le bâtiment parvient à concilier événement urbain – plus qu’architectural – et attention au contenu.

Ce qui, en soi, est déjà une réussite. « Nous sommes partis de tous les défauts de Paris, explique Laurent Le Bon. La différence majeure est la présence, à Metz, d’un grand quai de déchargement des œuvres, alors qu’à Paris elles se baladent en plein air. » Soit une donnée qui ne sera pas perceptible pour le public, mais qui est primordiale pour un établissement conçu pour accueillir exclusivement des expositions temporaires.

Vue panoramique
Shiguru Ban, qui a recherché d’abord l’efficacité, a donc suivi scrupuleusement le programme du concours. Celui-ci recommandait une grande souplesse dans la gestion des espaces et la création d’un rythme de salles bien différenciées, à l’antithèse du modèle du white cube. L’architecte y a répondu par des salles d’exposition aux volumes variés et modulables, de la grande salle du rez-de-chaussée dont les fenêtres escamotables permettent une porosité avec l’extérieur, aux galeries surdimensionnées des étages supérieurs offrant des cadrages millimétrés sur la ville de Metz. Cette vue panoramique est l’occasion, au passage, de déplorer l’immense retard pris par le quartier de l’Amphithéâtre, vaste friche coincée entre la gare TGV et les voies ferrées.

Le CPM s’ouvre pourtant avec un sens consommé de l’urbanité sur son environnement, grâce à une grande piazza inspirée du précédent parisien et à des jardins paysagers conçus par Pascal Cribier. Aménagé sous la direction de l’urbaniste Nicolas Michelin, le quartier a pâti de la frilosité des promoteurs – le premier îlot ne devrait être livré qu’en 2012 –, abandonnant provisoirement le musée à ce no man’s land.

En bon élève, le duo Ban-Gastines a donc rendu une copie très honorable pour un bâtiment privilégiant son contenu, même si la qualité de l’écriture architecturale – plus que le style – laisse parfois à désirer. « No design », plaide Laurent le Bon pour justifier d’un calepinage parfois hasardeux et d’un traitement un peu superficiel des détails. Lot habituel des architectes nippons en terre française, pourrait-on ajouter. Leur goût pour les détails se heurte en effet trop souvent au diktat d’entreprises du BTP pour lesquelles la perfection des finitions n’est que la cerise sur un gâteau déjà bien nourrissant. Laissant aux plus séduisants projets architecturaux ce goût d’inachevé toujours désagréable.

Sophie Flouquet

Le CPM en chiffres

Surface totale du bâtiment : 10 700 m²

Studio : 196 places

Auditorium : 144 places

Budget de construction : 72 millions d’euros

Date de lancement du concours : 2003

Légende photo

Haut : Centre Pompidou-Metz, vue de nuit, mars 2010. © Shigeru Ban Architects Europe et Jean de Gastines Architectes / Metz Métropole / Centre Pompidou-Metz / Photo : Roland Halbe.

Bas : Vue de la structure - mai 2010 - Photographe F.S

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