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Polémique

Le revers de la médaille

Le chantier du site Richelieu remet en question le cabinet des Médailles et antiques

Le Journal des Arts - n° 320 - 5 mars 2010

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PARIS - Né des collections des rois de France, considéré comme le plus ancien musée de l’Hexagone, le cabinet des Médailles et antiques, département spécialisé de la Bibliothèque nationale de France (BNF), abrite des trésors nationaux, tel le trône de Dagobert, et un important fonds de monnaies, vases grecs et pierres fines dont de nombreuses pièces ont été déposées dans les musées nationaux.

Dans le cadre des travaux du quadrilatère Richelieu (lire ci-contre), il est promis à une refonte totale, qui verrait disparaître l’entité « musée » au profit d’une présentation des collections dans une nouvelle « galerie des Trésors » (actuelle galerie Mazarine), tout en conservant ses espaces composés de la salle des Colonnes, des salles Luynes et du Grand Camée. Exceptée la suppression des mezzanines de la salle des Colonnes qui a fait l’unanimité, le projet a suscité une levée de boucliers au sein du département et une pétition circule sur Internet (http://jesigne.fr/sauvonsleplusancienmuseedefrance) pour dénoncer la disparition du musée.

Actuellement, seuls quelque 1 500 objets, sur les 550 000 pièces que compte la collection, sont présentés au public, et il est à craindre que ce nombre soit revu à la baisse. Le programme de création d’une galerie des Trésors n’est guère convaincant d’un point de vue scientifique puisqu’il s’agit de montrer un échantillonnage des collections de l’ensemble des départements, une sorte de vitrine de prestige qui présente le désavantage de sortir les objets de leur contexte.

Plus grave encore, si les rénovations sont comprises dans le budget global des travaux, la nouvelle scénographie, elle, ne l’est pas. Elle dépendra donc exclusivement du mécénat, situation pour le moins périlleuse. « Nous avons toujours posé problème à la bibliothèque. Ne serait-ce que pour la conservation des objets, rien n’est réellement prévu pour leur restauration ou le stockage. On ne cesse de nous demander ce qu’un musée vient faire dans une bibliothèque, jusqu’au directeur du département lui-même ! », s’exclame l’un des personnels du département.

Faire des économies
Tout en reconnaissant que les plans n’en sont qu’au stade des balbutiements, Jacqueline Sanson, directrice générale de la BNF, se veut rassurante : « La BNF n’a pas l’intention de cacher des œuvres qu’elle a les moyens de présenter ! Au contraire, il s’agit de mieux les mettre en valeur. Je suis très étonnée de la polémique. La scénographie est aujourd’hui désuète, et la fréquentation est peu satisfaisante. Il faut y remédier. »

Ces « mauvais » chiffres de fréquentation (15 000 visiteurs par an) sont, en grande partie, dus au manque de budget du cabinet qui n’a pas pu organiser d’exposition ou publier de catalogue depuis cinq ans. Les vitrines, totalement obsolètes, attendent depuis longtemps d’être changées. Et la visite, fin 2008, de l’inspection générale des finances sur le chantier Richelieu n’a certainement rien arrangé. Sommée de faire des économies, voire de vendre ses biens immobiliers comme les locaux du département Musique ou l’hôtel de Nevers, la BNF a dû revoir certains projets à la baisse.

Pour les collections d’antiques et de médailles, différents scénarii avaient pourtant été envisagés. L’institution avait, jadis, caressé l’idée, pour le moins séduisante, d’installer le musée dans l’hôtel de Nevers, rue Colbert, où furent, un temps, conservées les collections du département. Mais l’édifice, dans un très mauvais état, n’est malheureusement pas concerné par la campagne de restauration. Autre avenir envisagé par Thierry Sarmant, directeur-adjoint du cabinet des Médailles, lors du colloque organisé au printemps dernier à la Cité de l’architecture et du patrimoine, à Paris : faire de la collection de monnaies et médailles les bases de la partie « antiquité » de la future « Maison de l’histoire de France » (lire le JdA no 316, 8 janvier 2010, p. 15 et suiv.) voulue par le président de la République.

Plus modeste, un rapport interne, remis spontanément en septembre 2007, proposait de revoir la muséographie de la salle des Colonnes, récupérer des espaces à l’entresol, organiser à nouveau des expositions temporaires et créer des salles didactiques à l’attention des étudiants de l’INHA, qui auraient à disposition les objets de leurs études. En remettant à l’honneur le musée, la BNF pourrait ainsi satisfaire un de ses principaux objectifs : gagner de nouveaux publics.

Daphné Bétard

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