PhotoEspaña

L'ŒIL

Le 1 juillet 1998 - 370 mots

L’idée du Mois de la photo a fait son chemin, depuis sa création à Paris en 1980. C’est aujourd’hui au tour de Madrid de lancer une manifestation de trente jours entièrement voués à la photographie.

Le programme n’est pas révolutionnaire, mais il devrait combler plus d’un amateur de bel ouvrage : pas moins de quinze expositions officielles sont ici présentées, tandis que trente-neuf galeries d’art sont mobilisées à travers la capitale espagnole. La part la plus importante, et sans doute la plus attrayante, est constituée de plusieurs rétrospectives : les 50 ans de photographie du grand portraitiste américain Arnold Newman ; une sélection de cinq décennies du travail d’Irving Penn, cédée au Musée d’Art Moderne de Stockholm en souvenir de sa compagne Lisa Fonsagrives, d’origine suédoise ; la révélation de l’œuvre d’Alberto Garcia Alix, reporter intimiste de sa propre existence urbaine ; et surtout l’hommage à Duane Michals. De ce dernier, l’on a pas vu pareil ensemble depuis au moins dix ans. La photographie contemporaine n’a pas été oubliée à Madrid, avec la présentation d’œuvres sujettes à controverses, comme celles, ouvertement provocantes de Wolfgang Tillmans. Ou qui doivent affronter, bien malgré elles, les foudres des puritains. Travaillant en lumières douces à l’apologie de la beauté du corps, Sally Mann raconte sa vie quotidienne en une succession d’images à lire comme la projection narcissique d’un temps de l’innocence à jamais perdue. Les photographies de ses enfants, nus, ont certes causé quelques remous dans l’Amérique bien pensante. Elles illustrent pourtant, sur le fil du rasoir, la délicate période du passage à l’adolescence, lorsque doute et exigence entraînent une fragilité offerte à toutes les blessures.
On retiendra encore à l’affiche de ce prometteur premier festival les montages polyédriques du Brésilien Miguel Rio Branco, dans un ensemble au lyrisme sauvage consacré à Salvador de Bahia. Et la suite du parcours autobiographique de Nan Goldin : dix ans après son premier séjour en Europe, elle revient à Naples photographier les mêmes amis, dans le climat empreint de cette mélancolie qui suit les affrontements, les violences, les disparitions. Le livre Ten years after Naples  (éditions Scalo) reprend l’essentiel de cette exposition qui devrait transiter un peu plus tard à Paris.

MADRID, différents lieux, jusqu’au 19 juillet.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°498 du 1 juillet 1998, avec le titre suivant : PhotoEspaña

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