Parures de lumière

L’art des Indiens d’Amazonie à la Fondation Mona Bismarck

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 8 février 2002 - 629 mots

À travers quelque 150 somptueuses parures provenant de différentes tribus d’Amazonie, la Fondation Mona Bismarck,
à Paris, évoque l’art de la plume, de la Guyane au Paraguay. Sans cartels ni documents pertinents, les objets d’art se succèdent selon une mise en scène ne retenant que leur aspect esthétique.

PARIS - Porteur de nombreuses légendes, le fleuve Amazone trace son chemin à travers le Venezuela, la Guyane, le Surinam, l’Équateur, le Pérou, la Bolivie, la Colombie et le Brésil. Son bassin, la rivière et ses affluents couvrent une région de six millions de kilomètres carrés où vivent moins d’un million d’Indiens, dont l’art de la plume est l’expression artistique la plus connue. Pour évoquer ce savoir-faire, la Fondation Mona Bismarck a réuni des pièces magnifiques, qui se distinguent par leur originalité – comme l’akaneta, diadème élaboré par les Wayanas avec des plumes de la gorge d’un toucan –, leur complexité – le masque guerrier des Tapirapés représentant les ennemis tués au combat –, ou leur beauté singulière, telle la variété de akkàkey-re et àkkàti-re (petits et grands diadèmes) des Kayapos, installés entre la forêt et la savane, le long de la rivière Xingú. Mais, à trop vouloir affirmer les qualités esthétiques de cet art ancestral, la Fondation Mona Bismarck passe sous silence les techniques de fabrication et, surtout, l’histoire de la culture amérindienne. Des perroquets, aras et toucans soigneusement empaillés, qu’éclaire une lumière verte censée rappeler la forêt amazonienne, accueillent le visiteur tandis que quelques photographies, dispersées ça et là, évoquent les lointaines tribus amazoniennes, dont les noms, isolés sur des cartels trop concis, ne nous disent rien.

Affirmer son identité
Il faut donc se rapporter au catalogue de l’exposition pour avoir quelques explications. “Dans tous les rituels communautaires, c’est-à-dire dans toutes les circonstances où le groupe affirme son identité ethnique et culturelle, la plume habille l’homme comme elle habille l’oiseau”, explique Daniel Schoepf, conservateur au Musée d’ethnographie de Genève. Par le choix des plumes et la manière de les utiliser, l’Indien marque son appartenance à un clan. Si les Kayapos, Bororos ou Karajas sélectionnent de longues plume d’ara, qu’ils fixent sur des cadres rigides, les Urubu-Ka’apors et Jivaros emploient de toutes petites plumes montées sur des supports flexibles souvent en coton. Les parures sont utilisées le plus souvent à des fins rituelles, et non quotidiennement, pour le rite de la puberté ou la cérémonie de l’imposition des noms, dont la dimension spirituelle souligne le lien entre l’homme et le cosmos. Réalisées avec des oiseaux chassés, ou élevés en cage et déplumés partiellement, elles témoignent aussi de procédés parfois très complexes. C’est le cas de la tawàshap, couronne des Jivaros qui nécessite les plumages de dizaines de toucans, seules quatre ou cinq plumes rouges et jaunes situés sous la gorge étant prélevées. La technique du tapiragem permet, quant à elle, de changer la couleur des plumes sur un oiseau vivant, en lui arrachant celles de la poitrine, qui est ensuite frottée avec le sang d’une grenouille ou le gras d’un poisson ; le duvet vert repousse alors dans des tons de jaune et d’orange. En atteste la couronne des Enawené Nawés, habitants du nord-est de l’État du Mato Grosso au Brésil, actuellement menacés par les projets hydroélectriques et les chercheurs de diamants. En guise de conclusion, la fondation expose les costumes du début du XIXe siècle ayant appartenu à l’empereur Don Pedro I du Brésil et de l’impératrice Amélie Augusta Eugénie, des créations reprenant l’art de la plume des Mundurucús, indigènes vivant le long du Tapajos, un affluent de l’Amazone.

- L’ART DE LA PLUME EN AMAZONIE, jusqu’au 30 mars, Mona Bismarck Foundation, 34 avenue de New York, 75016 Paris, tél. 01 47 23 38 88, tlj sauf dimanche, lundi et jours fériés 10h30-18h30, catalogue éd. Somogy, 192 p., 34 euros.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°142 du 8 février 2002, avec le titre suivant : Parures de lumière

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