Installation vidéo

Nauman tout en confusion

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 7 avril 2015 - 437 mots

Décevant les attentes, l’exposition monographique présentée par la Fondation Cartier est décousue et peine à rendre justice au travail de l’artiste américain.

PARIS - Elle vaut à elle seule le déplacement à la Fondation Cartier, à Paris. Dernière œuvre du parcours monographique consacré à Bruce Nauman, Untitled (1970-2009) est une merveille d’installation vidéo qui concentre les préoccupations de toujours de l’artiste, liées à l’écoulement temporel et à l’exploration, par analogie, du corps et de sa mécanique de positionnement. Sur un tapis au dessin rappelant celui d’une horloge, deux danseuses allongées se tiennent par la main afin de former une ligne puis entament un mouvement circulaire continu, infini. Toutes les trois minutes, la caméra reprend le même mouvement circulaire, complexifiant une image projetée au mur comme au sol, sur le tapis de la performance…, ceci en léger décalé, manière de perturber un peu plus la lecture et la perception.

Le décalage est en effet l’une des autres affaires de l’artiste, que traduit une œuvre récente, Pencil Lift/Mr. Rogers (2013), vidéo diffusée sur un gigantesque écran au rez-de-chaussée. L’artiste s’amuse dans son atelier à chercher l’équilibre entre des crayons qu’il tient dans ses mains, tandis qu’à un moment donné un chat passe à l’arrière-plan. Dans la salle attenante, c’est une œuvre sonore un peu faible qui tente de retenir le visiteur : la répétition sans fin de l’expression « pour les enfants », en référence à une pièce de Bartok pensée spécifiquement pour eux, ne parvient pas à captiver autant que des travaux sonores antérieurs (For Children/Pour les enfants, 2015).

Bruce Nauman n’avait pas été vu à Paris dans une exposition institutionnelle depuis celle du Centre Pompidou en 1997. La présente, qui se qualifie elle-même de « majeure », avait fait naître beaucoup d’attentes. Elles sont déçues, tant cette proposition mal articulée laisse le visiteur sur sa faim. Sept œuvres au total c’est peu, mais ce pourrait être suffisant pour construire un discours. Ce n’est pas le cas ici, tant le propos est décousu, lorsqu’il n’est pas confus, avec des œuvres qui, à l’instar de celles installées au rez-de-chaussée, peinent à se côtoyer.

C’est pire encore au sous-sol, où sont juxtaposés l’un des ces cruels mais fascinants manèges auxquels sont accrochés des fragments de corps d’animaux (Carousel, 1988), et une complexe et percutante installation vidéo faite de trois vidéoprojections et de moniteurs superposés, un homme déclamant à l’image, dans une cacophonie calculée, des paroles assez anxiogènes (Anthro/Socio), 1991). Le son de l’une annihile celui de l’autre. Plongées dans le noir, les deux installations se télescopent et n’ont pas grand-chose à se dire, alors que ce sont des œuvres significatives.

BRUCE NAUMAN

Jusqu’au 21 juin, Fondation Cartier pour l’art contemporain, 261, bd Raspail, 75014 Paris
tél. 01 42 18 56 50
http://fondation.cartier.com/
tlj sauf lundi 11h-20h, mardi 11h-22h, entrée 10,50 €.
Catalogue à paraître.

Légende photo
Vue de l’exposition « Bruce Nauman », à la Fondation Cartier pour l’art contemporain, avec les œuvres Carousel (Stainless Steel Version), 1988, et Anthro/Socio, 1991. © Photo : Luc Boegly.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°433 du 10 avril 2015, avec le titre suivant : Nauman tout en confusion

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