Justice

Perquisition au siège portoricain d’une fondation dédiée à Vasarely

Par Louise Wagon · lejournaldesarts.fr

Le 21 avril 2023 - 769 mots

Le FBI a saisi 100 œuvres du peintre, détenues par la fondation de sa seconde femme, en conflit avec le petit-fils de Vasarely.

Fondation Michèle Vasarely à Porto Rico. © Fondation Michèle Vasarely
Fondation Michèle Vasarely à Porto Rico.
© Fondation Michèle Vasarely

Des agents du Federal Bureau of Investigation (FBI) ont perquisitionné la Fondation Michèle Vasarely, le 11 avril 2023, dans le cadre d’un protocole d’accord entre les États-Unis et la France. Située à Porto Rico, la fondation est dédiée aux œuvres du peintre Victor Vasarely (1906-1997) et de son fils, Jean-Pierre Vasarely, dit Yvaral (1934-2002). 

Selon Artnews, ce sont plus de 100 œuvres d’art de Vasarely figurant sur un inventaire réalisé en 2008, d’une valeur d’environ 40 millions de dollars, qui ont été saisies dans les locaux de la fondation. Bien que les raisons de l’opération soient inconnues, cette saisie s’inscrit dans une longue suite de différends judiciaires que connaît la Fondation Vasarely depuis plusieurs décennies. Celle-ci a été créée en 1976 par l’artiste qui la dote de 1 300 œuvres, quasiment toutes disparues aujourd’hui. 

La Fondation Michèle Vasarely a, elle, été créée par la seconde épouse de Jean-Pierre Vasarely, Michèle Taburno-Vasarely. Selon le site web de la fondation, l’organisation a été créée parce que la Fondation Vasarely, située à Aix-en-Provence, était « totalement antinomique à l’art », en raison de ses liens avec le droit et la politique ; une référence à l’implication de la Fondation Vasarely dans un scandale de détournement de fonds dans les années 1990. Charles Debbash, directeur de la Fondation Vasarely de 1981 et 1990, avait été reconnu coupable en 1994 de détournement d’argent et de ventes d’œuvres à des galeries. Jugement confirmé en janvier 2003 par la cour d’appel qui a condamné l’universitaire (décédé en 2022) pour détournement de plus de 400 000 € et le « pillage systématique de l’œuvre » de Vasarely.

Les conflits de droits successoraux survenus entre le petit-fils de l’artiste, Pierre Vasarely, et Michèle Taburno-Vasarely ont pris la suite de ces démêlés judiciaires. En 2008, Michèle Taburno-Vasarely est arrêtée pour vol dans un entrepôt de Chicago alors qu’elle tentait de déplacer des tableaux de Victor Vasarely. Les tableaux avaient été déclarés volés par le galeriste Thomas Monahan qui avait eu des doutes sur leur provenance. Conformément aux nombreux jugements rendus à la suite du procès Debbasch, les œuvres appartenaient à la fondation aixoise.

En 2009, Xavier Huertas, administrateur provisoire de la Fondation Vasarely, introduit un recours en annulation contre une sentence arbitrale de 1995 qui avait privé la Fondation Vasarely de quelque 400 œuvres au bénéfice des deux fils de l’artiste, André et Jean-Pierre Vasarely.

En 2012, Pierre Vasarely affirme que Michèle Taburno-Vasarely a illégalement transféré 600 œuvres d’art aux Etats-Unis, puis à Porto Rico. L’année suivante, le tribunal de première instance de Paris ordonne la restitution de 200 œuvres à la France et la répartition entre les héritiers du produit des ventes passées. Cependant, Michèle Taburno-Vasarely n’a pas obtempéré. 

En 2013, dans le cadre de l’information judiciaire ouverte en 2009, le Tribunal de grande instance de Paris fait retirer 21 tableaux d’une vente aux enchères. Les tableaux provenaient d’un lot de 87 œuvres reçues par l’avocat Yann Streiff en paiement d’honoraires pour la procédure d’arbitrage qui avait opposé Michèle Taburno-Vasarely et les deux fils de Victor Vasarely. Cette procédure autorisait la Fondation - dont Michèle Taburno-Vasarely était à l’époque présidente - à s’acquitter de ses dettes par la donation d’œuvres. 

En 2014, la cour d’appel de Paris ordonne le retour en France de 200 œuvres emportées aux États-Unis par Michèle Taburno-Vasarely, à la suite du décès de Jean-Pierre Vasarely en 2002. La cour d’appel retient un « conflit d’intérêts » entre les deux fils Vasarely et Michèle Taburno-Vasarely ainsi qu’un « processus frauduleux » mis en place, conduisant à un « simulacre » d’arbitrage. 

Contestant la décision de la cour et arguant qu’une juridiction de l’Illinois (États-Unis) avait « acté définitivement ses droits et sa propriété sur plus de deux cents œuvres » en 2012, Michèle Taburno-Vasarely forme un pourvoi en cassation. En 2015, dans un arrêt confirmatif, la Cour de cassation valide le testament de Victor Vasarely, rédigé en 1993, instituant Pierre Vasarely légataire universel et titulaire du droit moral de l’œuvre de son grand-père. La Cour de cassation ordonne par ailleurs que les œuvres dispersées reviennent à la fondation. 

En février 2022, la cour d’appel de Paris condamne Yann Streiff à restituer les 87 œuvres qu’il avait reçues. Il avait quatre mois pour rendre la totalité des œuvres à la fondation. Cependant, si 21 ont été récupérées en 2013, 46 n’ont toujours pas été localisées.

En décembre 2022, l’affaire Vasarely connaissait une nouvelle péripétie lorsque Pierre Vasarely accuse la galerie Mazzoleni Art d’avoir vendu deux œuvres d’art appartenant à la Fondation Vasarely d’Aix-en-Provence, ce que conteste Michèle Taburno-Vasarely. 

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