Société

Le Mont-Saint-Michel transformé en rocher fantôme

Par LeJournaldesArts.fr (avec AFP) · lejournaldesarts.fr

Le 23 mars 2020 - 642 mots

MONT-SAINT-MICHEL

Au Mont-Saint-Michel dimanche, seuls les cris des oiseaux et les cloches de l'abbaye troublaient le silence. Privée de ses nombreux touristes et commerces pour cause de coronavirus, la « Merveille de l'Occident », l'un des monuments les plus fréquentés de France, est quasiment déserte.

Le Mont Saint-Michel. Photo Amaustan, 2018, CC BY-SA 4.0.
Le Mont Saint-Michel.
Photo Amaustan, 2018

A l'entrée de la longue passerelle qui permet d'accéder au rocher, des gendarmes filtrent l'accès. Mis à part les rares habitants, commerçants ou artisans, personne ne peut accéder au Mont alors que les parkings sont fermés et que la navette ne fonctionne plus. Après avoir franchi le mur d'enceinte, absolument tous les rideaux des crêperies, hôtels, restaurants, magasins de souvenirs de la Grande rue sont baissés. Un paysage méconnaissable et surréaliste dans ce qui est en temps normal l'une des voies les plus engorgées de France.

"C'est désormais une ville fantôme, il n'y a plus du tout de vie...Ça fait tout drôle alors que le Mont est si vivant d'habitude !", soupire Géraldine Faguais, qui tient depuis vingt ans une boutique près de l'église paroissiale. Christine Gaulois a effectué son dernier service au restaurant samedi dernier. Une semaine qui semble une éternité. "Maintenant c'est le désert le plus total, tout est fermé, à 100 % ! C'est la fin du monde à l'intérieur du Mont", glisse Mme Gaulois, qui fait partie des rares personnes nées au Mont-Saint-Michel. Pour surveiller ses homards, qui font les délices (ou font frémir) les touristes étrangers, un de ses employés effectue chaque jour un relevé de températures. Signe que la décision de fermeture a pris certains commerçants de court, quelques chaises et tables sont restées dehors.

Et si les hommes semblent avoir déserté le Mont-Saint-Michel, les goélands et mouettes, eux, semblent s'être multipliés, tournant autour de la statue de l'archange par nuées, poussant leur cri entêtant, dans une atmosphère digne des Oiseaux de Hitchcock. Tout en haut des marches, l'abbaye, où d'ordinaire des touristes doivent patienter pour visiter l'église et admirer l'immensité de la baie, une affichette est désormais visible sur la porte : "En raison de l'épidémie, il n'y a pas d'office public à l'abbaye. Les frères et sœurs continuent de prier pour chacun".

"Le Mont a besoin de se reposer"

Parmi la quinzaine de résidents figurent cinq frères et six sœurs de la Fraternité monastique de Jérusalem, une communauté présente au Mont depuis 2001. "C'est très surprenant : le silence fait émerger le bruit de la nature, des oiseaux, de la mer", explique Frère Théophane, joint par téléphone. Même si la vie monastique impose un "confinement" de facto, les religieux, qui ont écouté ensemble le discours d'Emmanuel Macron lundi dernier grâce à internet, ont pris "la mesure de ce qui se passe" dans le monde actuellement et limitent eux aussi leur sortie "au strict nécessaire". "Dans la vie monastique, on est habitué à la solitude et au silence, ça ne nous fait pas peur, mais pour beaucoup de nos concitoyens, le silence et la solitude font peur. Beaucoup de gens vivent des moments difficiles, on les porte dans nos prières", dit le moine.

En descendant la grand'rue, la porte d'une maison s'ouvre, une situation qui devient presque incongrue. Jean-Yves Lebrec, un des rares habitants à l'année, découvre un Mont-Saint-Michel totalement transformé...le jour. "Car le soir en réalité, il n'y a pas tellement de monde, les commerçants repartent chez eux", dit cet artiste peintre. Mais ne lui demandez pas si le brouhaha et le flot de touristes lui manquent. "On n'est pas du tout triste par l'absence de monde. Le Mont a besoin aussi de se reposer de temps en temps, il est très sollicité !", sourit-il. Et, même si on habite dans une île, protégée par des remparts et quasi déserte, on n'échappe pas aux arrêtés limitant la circulation. "Même ici, on est tous confinés et il n'y a pas de raison qu'on ne respecte pas !".

Par Benjamin Massot

Cet article a été publié par l'AFP le 22 mars 2020.

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