Yves Bouvier devant un juge à Paris

Par Vincent Noce · lejournaldesarts.fr

Le 14 septembre 2015 - 558 mots

PARIS [14.09.15] - Selon nos informations, l’entrepreneur suisse, contre lequel avait été lancé un mandat d’arrêt international, a consenti à quitter Genève pour se rendre ce lundi matin dans le bureau du juge instruisant la plainte pour vol de la fille de Jacqueline Picasso.

Yves Bouvier se retrouve ce matin dans le bureau de la juge d’instruction Isabelle Rich-Flament qui entend l’interroger sur les soixante oeuvres de Picasso qu’il a vendues pour 36 millions d’euros au milliardaire russe Dmitry Rybolovlev. Selon des sources au palais de Justice, la juge l’avait déjà convoqué en juin, et comme il ne s’est pas présenté, elle avait lancé cet été un mandat d’arrêt international. Il a finalement décidé de quitter Genève pour Paris pour se présenter à cette audition.

Depuis mars, Mme Rich-Flament instruit l’enquête pour vol et recel sur plainte de la fille de Jacqueline Picasso qui déclare qu’elles lui auraient été dérobées dans un box à Gennevilliers. Selon les mêmes sources au palais de Justice, un réquisitoire supplétif a été délivré pour escroquerie et blanchiment, suite aux nouveaux éléments apparus dans l’enquête. Un historique des oeuvres aurait notamment été produit, attribuant faussement leur provenance à un proche de la famille de Jacqueline Picasso. Averti, celui-ci a déposé plainte de son côté.

Yves Bouvier a toujours reconnu avoir vendu ces oeuvres, tout en affirmant qu’il n’avait « jamais eu la moindre raison de soupçonner qu’elles aient pu provenir d’un vol ». Selon son porte-parole Marc Comina, contacté à Genève, il peut prouver avoir effectué « toutes les diligences requises, y compris la consultation de l’Art Loss Register, où elles n’étaient pas déclarées volées ».

De son côté, la fille de Jacqueline Picasso, Catherine Hutin-Blay, a dit aux policiers s’être rendu compte de la disparition des oeuvres cette année, après avoir été prévenu par un ancien employé de Bouvier qu’il s’était rendu dans son box pour les restaurer. Elle a ensuite appris que deux portraits de sa mère datés 1957 se trouvaient dans la collection de Rybolovlev. Par la suite, le Journal des Arts a révélé qu’il avait aussi acheté 58 dessins de 1955, comportant notamment des études pour les Femmes d’Alger. Le collectionneur russe nous a fait savoir depuis qu’il comptait tout rendre, si le vol était avéré.

En mai dernier, la Brigade de répression du banditisme a interpellé deux marchands français proches de Bouvier, Olivier Thomas et Jean-Marc Peretti, remis en liberté après 48h de garde à vue. C’est Olivier Thomas qui avait déménagé pour elle en 2008 le Mas Notre-Dame-de-Vie sur la Côte d’Azur et déposé les meubles dans le box d’un entrepôt d’Art Transit, dont Yves Bouvier est actionnaire.

Celui-ci a pris la décision de se rendre à Paris après avoir vu sa position singulièrement renforcée par le jugement de la cour d’appel de Singapour qui a débloqué ses avoirs dans le monde. Ils avaient été gelés à la demande de Rybolovlev qui l’accuse d’avoir empoché d’importantes commissions indues dans la vente d’une cinquantaine d’oeuvres d’art pour deux milliards de dollars. Le tribunal de Hong Kong, où ont été libellées toutes ses factures, a suivi le mouvement. Bouvier proclame avoir agi en tant que marchand, libre de fixer son propre bénéfice. Il doit cependant toujours répondre de l’accusation d’escroquerie à Monaco, où il a demandé l’annulation de la procédure: une audience doit examiner sa requête le 24 septembre.

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Yves Bouvier, marchand d'art et fondateur de la société immobilière SCI R4 © Vanessa Franklin / R4

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