Victor Segalen, voyageur et visionnaire

L'ŒIL

Le 1 octobre 1999 - 248 mots

Apôtre d’une « esthétique du divers », Segalen a consacré son existence à sonder, par une inlassable pérégrination, les mythes exotiques du XIXe siècle. Son écriture poétique et littéraire s’inscrit en effet au sein d’une intense activité de médecin voyageur – commencée en 1902 – à laquelle se mêlent très tôt la recherche archéologique et l’étude des civilisations d’Extrême-Orient. Se trouvant en Polynésie lors de la mort de Gauguin en 1903, il en recueille l’héritage spirituel, faute d’avoir pu rencontrer le peintre. À son tour, il évoque les ravages de l’Occident sur la culture Maori, dans Les Immémoriaux, puis dans Hommage à Gauguin. L’œuvre de Segalen est motivée dès lors par une quête des origines de la civilisation, dont le Tibet constitue le terme idéal. Installé à Pékin de 1910 à 1914, le poète recherche, par-delà l’expérience positive de l’altérité, une réhabilitation de la connaissance mythique, en recourant à une poésie éprise de formes achaïsantes. Celle-ci doit réunir les arts et régénérer une sensibilité « synesthésique » où, selon le mot de Baudelaire, « les parfums, les couleurs et les sons se répondent ». En témoignent ses projets de collaboration avec Debussy, son recueil intitulé Peintures (1916) et son Journal de voyage, où le visuel et le musical dialoguent avec l’écriture. L’exposition de la Bibliothèque Nationale retrace cet itinéraire multiple grâce à un fonds d’archives pratiquement complet, en définissant l’horizon d’un « livre total », dans la filiation de Mallarmé.

PARIS, Bibliothèque Nationale de France, 5 octobre-1er décembre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°510 du 1 octobre 1999, avec le titre suivant : Victor Segalen, voyageur et visionnaire

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