Lundi 21 septembre 2020

Une semaine de l’accessibilité au quai Branly

Par Lucile Pages · lejournaldesarts.fr

Le 30 novembre 2012 - 870 mots

PARIS [30.11.12] – Le quai Branly inaugure aujourd’hui la deuxième édition de « La semaine de l’accessibilité », huit jours d’activités dédiés à l’accessibilité de la culture aux personnes en situation de handicap. Un enjeu sur lequel le quai Branly n’est pas en retard.

Le musée du quai Branly est une des institutions de référence en matière d’accessibilité aux personnes handicapées. Il vient d’ailleurs d’être récompensé, en septembre 2012, par le prix « Patrimoines pour tous, patrimoines pour chacun » pour sa prise en compte, dans l’élaboration de sa programmation et de ses outils d’aide à la visite, de la mixité des publics.

Le musée n’a donc aucun souci a se faire sur l’échéance 2015 de la loi pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées (2005), qui exige de toutes les institutions une accessibilité totale de leur bâtiment. Ouvert récemment (en 2006), le quai Branly a été conçu pour être entièrement ouvert aux fauteuils roulants.

Le quai Branly s’implique depuis sa création dans l’élaboration d’une structure culturelle accessible à tous, une qualité que l’institution met en valeur durant sa deuxième « semaine de l’accessibilité », deux ans après la première édition. Huit jours durant lesquels sont présentés différents types de dispositifs d’aide à la visite ou de programmes de médiation ; autant d’outils qui ouvrent la voie à une accessibilité totale des institutions culturelles.

Parmi les nombreuses activités (gratuites) proposées (rencontres, débats, visites, projections et concerts), deux projets présentent une approche sensorielle des œuvres. Un « espace tactile » réalisé en collaboration avec le groupe Alain Mikli International, qui propose une retranscription en relief de quatre œuvres de l’exposition « Aux sources de la peinture aborigène ». Si cette réalisation n’est pas nouvelle (ce dispositif avait déjà été présenté pour l’exposition « Maori »), elle est toujours autant appréciée. Elle consiste à hiérarchiser les différents éléments de la composition de l’oeuvre, et de traduire leur importance visuelle en niveau de relief. Une opération délicate qui nécessite une collaboration étroite avec les commissaires d’expositions et conservateurs du musée. Un programme audio accompagne chaque œuvre d’une musique d’ambiance, d’une description détaillée de l’objet et d’une lecture de texte d’artiste sur leur création (textes conservés dans les archives du musée). Un outil presque indispensable explique Malvina Dillmann (chargée de médiation tous publics au musée), qui rappelle que la lecture « au touché » est très longue et complexe. Elle se félicite donc du succès de ces installations, qui attirent autant de visiteurs en situation de handicap, que les autres, curieux de découvrir les œuvres autrement. Et ajoute avec humour « c’est le seul endroit du musée où il est écrit "prière de toucher !" ».

Le projet d’Artesens s’inscrit lui dans une démarche un peu différente. L’association s’est focalisée sur une œuvre du musée, et pas des moindres puisqu’il s’agit de la grande statue Djennenké de la collection Dogon, et l’a reproduite en deux exemplaires. Un exemplaire en taille réelle (1,90 mètre de hauteur) et démontable permet aux visiteurs non-voyants d’apprécier chaque composant de la grande figure ; et un petit exemplaire (70 centimètres de hauteur) permet d’appréhender la sculpture dans sa totalité. L’ensemble est présenté dans une pièce fermée, au décor très étudié agrémenté d’une musique d’ambiance spécialement composée pour l’occasion. Un projet qui ne s’en tiendra pas à la semaine au quai Branly, puisqu’il est l’un des huit modules de l’exposition itinérante « Le couloir du temps » d’Artesens, qui débutera son parcours à travers la France en 2013.

Le musée développe également des projets permanents pour ses collections et profite de l’occasion pour dévoiler en avant-première ses dernières nouveautés. Si la première édition avait permis la rénovation de la table tactile (qui présente le musée et l’accès au bâtiment) située dans le jardin, cette deuxième édition permet d’annoncer l’installation d’une toute nouvelle maquette tactile et sonore dans le hall d’entrée, prévue pour le 7 décembre. Un ensemble de plans de façades, vues en coupe, maquette détaillée du bâtiment et plans précis du hall d’accueil qui permettront désormais aux malvoyants et non-voyants une grande autonomie de visite.

Autre outil permanent, dédié aux enfants cette fois, une application pour tablette intitulée « Les experts du quai Branly ». Un logiciel interactif dans lequel les petits visiteurs aident un ethnologue dans la réorganisation d’un dossier sur les objets du monde, entièrement visuel, traduit en langue des signes française et adapté à plusieurs niveaux de compréhension. Déjà testé lors de la première semaine de l’accessibilité en 2010, le programme a été amélioré grâce aux commentaires du public. Deux continents sont déjà disponibles à l’essai, les deux autres s’ajouteront lors du lancement officiel de l’application dans le musée, le 15 décembre prochain.

Les dispositifs déjà présents dans le musée et intégrés à la scénographie (guides audio, fiches en braille et fiches simplifiées) ont été multipliés, pour garantir un plus grand d’accès aux collections. Le parcours tactile de la collection « la Rivière » créé en 2010 s’est désormais étendu à la reproduction en relief de quatorze œuvres majeures du musée. Il en va de même pour les manuels en braille, avec la production d’un nouveau carnet tactile gratuit, téléchargeable sur Internet, explorant sept œuvres de la collection.

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