Une exposition pour réattribuer un tableau à Rembrandt

Par Julie Paulais · lejournaldesarts.fr

Le 15 juin 2015 - 896 mots

LA HAYE (PAYS-BAS) [15.06.15] – La réattribution du tableau Saül et David à Rembrandt, conclusion de huit années de recherche menée par une équipe d'experts internationaux, est l’objet d’une exposition organisée par le Mauritshuis présentant toutes les techniques d’investigation mises en œuvre et les avis d’experts du maître flamand.

Le Mauritshuis retrouve l'un de ses plus célèbres tableaux de Rembrandt nous apprend le New York Times. L'attribution du tableau Saül et David à Rembrandt est la conclusion de huit années de recherche menée par une équipe d'experts internationaux sous la direction du Mauritshuis. La peinture, soigneusement restaurée, est la pièce maîtresse de l'exposition « Rembrandt ? L’affaire de Saül et David », qui est présentée au musée du 11 juin au 13 septembre 2015.

Le tableau Saül et David a d'abord émergé en 1830 lors d'une vente aux enchères à Paris. Il est ensuite resté sur le marché pendant des années, avant d’être acquis en 1898 par Abraham Bredius, le directeur du Mauritshuis de La Haye. A cette époque, il n'y avait aucun doute sur le fait que cette œuvre était l'un des plus importants tableaux à sujet biblique de Rembrandt. Après sa mort en 1946, Abraham Bredius a légué Saül et David au musée, et l’œuvre était alors considérée comme l'une des pièces maitresses du Mauritshuis.

Mais dans les années 1960-1970, l'œuvre de Rembrandt a été examinée sous une nouvelle lumière. Horst Gerson, expert de l’artiste et autorité en son temps, a radié en 1969 de nombreuses peintures à Rembrandt, y compris Saül et David. « Il a suggéré qu'il s’agissait d’une œuvre de l'un des élèves du maître, parce que "l'exécution picturale est superficielle et incohérente" et qu’il ne "reconnait pas la touche de Rembrandt" », explique Emilie Gordenker, la directrice du Mauritshuis. Les avis sur l'attribution ont beaucoup varié depuis, mais le musée avait néanmoins accepté la décision d’Horst Gerson, et avait changé le cartel à côté de l'œuvre en « Rembrandt et/ou atelier ». En 2007, le Mauritshuis décide de lancer sa propre investigation pour éclaircir cette attribution contestée.

L'examen et la restauration du tableau a été effectuée sous l’égide de Petria Noble, ancienne chef de la conservation du Mauritshuis qui est maintenant conservatrice en chef au Rijksmuseum, avec le soutien de chercheurs de diverses institutions, comme l'Université de technologie de Delft, l’Université d’Anvers, la National Gallery of Art de Washington, l'Institut néerlandais pour l’Histoire de l'Art et l'Université Cornell. Emilie Gordenker raconte : « Le tableau avait l'air horrible. Le vernis était devenu très jaune, et il était très difficile à lire ». Il y avait deux questions clés auxquelles la directrice espérait répondre : quel était le format original du tableau ? Et quels détails étaient dissimulés sous les repeints postérieurs ?

Peint en deux étapes par Rembrandt, le tableau a probablement été coupé en deux morceaux entre 1830 et 1869, pour vendre les deux figures séparément, puis remonté avec d’autres morceaux de toile, les cicatrices étant dissimulées par des repeints foncés. L’utilisation de techniques d’imagerie scientifiques tels les rayons X ou la spectrométrie de fluorescence X a clairement montré que le tableau actuel se compose de quinze pièces différentes : deux gros morceaux de la toile originale, un avec Saül et un avec David, complétés par un morceau d’une copie ancienne d’un portrait d'Anthony van Dyck et d'autres bandes sur les bords de la peinture. En outre, la recherche a montré que la peinture originale était plus grande.

L'évaluation finale d'attribution a été faite par les conservateurs, les restaurateurs et des membres du conseil consultatif international de chercheurs. Ernst van de Wetering, un historien de l'art hollandais spécialiste de Rembrandt et l'un des huit membres de ce comité, explique qu’il s’agit selon lui « d’une rare peinture d’histoire du milieu de la carrière de Rembrandt », et propose une exécution entre 1645 et 1652.

D'autres experts de Rembrandt, ne faisant pas partie de ce comité mais qui ont appris les conclusions du musée, ont répondu en majorité avec approbation. « Je l'ai regardé au cours de nombreuses années, et pour moi, il ressemble vraiment à un Rembrandt […] Si je le compare avec d'autres Rembrandt il correspond parfaitement bien » a confirmé Christopher White, spécialiste de l'art hollandais et ancien directeur de l'Ashmolean Museum d’Oxford. Gary Schwartz, universitaire américain et fondateur de Codart, une ressource en ligne pour les peintures hollandaises et flamandes, a déclaré dans un courriel adressé au New York Times : « Les résultats de la nouvelle étude ne me surprennent pas. Ce qui est nouveau n’est pas tant l'attribution elle-même que la minutieuse attention portée à tous les détails physiques de cette toile complexe ».

L’exposition du Mauritshuis présente ainsi aux visiteurs les techniques d’analyse scientifique perfectionnées et les méthodes de restauration qui ont été utilisées pour étudier Saül et David et le rendre à Rembrandt. Grâce à quatre conférences interactives et à des iPads, le public peut jeter un oeil derrière les couches de peinture et suivre les découvertes de l'équipe de recherche qui a travaillé sur la restauration. Pièce maîtresse de l'exposition, Saül et David de Rembrandt est ainsi visible pour la première fois depuis 2007. L'exposition présente aussi six prêts, y compris le David jouant de la harpe à Saül de Rembrandt, conservé au Städel Museum de Francfort, et une reconstitution en 3D de l’œuvre telle qu’elle avait été créée par l’artiste.

Légende photo

Saul et David de Rembrandt © Photo Mauritshuis - 2015 © Mauritshuis, La Hague

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