Un musée irakien rachète des œuvres pillées lors des conflits

Par LeJournaldesArts.fr · lejournaldesarts.fr

Le 19 décembre 2011 - 329 mots

SULAYMANIYAH (IRAK) [19.12.11] – La pratique est contraire à toutes les consignes de l’UNESCO et de la communauté muséale internationale. Pour enrichir ses collections, sérieusement dépouillées au cours des conflits, le deuxième musée le plus important d’Irak rachète aux pilleurs des objets volés.

« Ils ne savaient pas ce que c’était. S’ils avaient su, ils ne nous l’auraient pas vendu pour cette somme ! », explique le professeur d’archéologie Farouq Al-Rawi à une journaliste de CNN. L’objet de son contentement est un texte sumérien du 2e millénaire avant J.-C., gravé sur des tablettes de pierre. Un témoignage archéologique de grande importance, que le musée de Sulaymaniyah expose aujourd’hui dans ses vitrines. Ce musée, situé dans la région semi-autonome du Kurdistan, est le deuxième plus important d’Irak. Pour pouvoir présenter ce texte, il a dû le racheter 600 dollars (460 euros) aux pilleurs qui l’avaient dérobé.

Qui sait où aurait disparu la tablette sans ce rachat ? La pratique est cependant contraire à la position de l’UNESCO et de la communauté muséale en général. Comme le rappelle Stuart Gibson, responsable de l’organisation internationale présent sur place, « notre position est de ne pas acheter d’objets pillés, car cela encourage les vols. » « Les autorités du Kurdistan ont pris une position délicate, et je dirais même courageuse, en achetant ces objets », admet-il.

Si la situation semble s’améliorer ces dernières années, le patrimoine irakien a beaucoup souffert du pillage lors des récents conflits. En 2003, plus de 15 000 objets avaient été dérobés lors du sac du Musée national de Bagdad. L’établissement a rouvert en 2009, après avoir récupéré quelques 6 000 œuvres, mais ses collections sont toujours très amoindries. Le directeur du musée de Sulaymaniyah insiste également sur la richesse archéologique des sites de la région, dont certains, encore non fouillés, recèlent des objets datant de la période assyrienne. Si la loi permet normalement de transformer ces espaces en secteurs protégés, elle est dans bien des cas impossible à appliquer.

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Série de figurines féminines de la période babylonienne, Musée Slemani, Irak - photo © Jennifer Martin, 2010 - source : Travel Iraqi Kurdistan

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