Mardi 10 décembre 2019

Un haut fonctionnaire à la présidence du Centre Pompidou

Par Vincent Noce · lejournaldesarts.fr

Le 3 mars 2015 - 625 mots

PARIS [03.03.15] – Serge Lasvignes, l’actuel secrétaire général du gouvernement, devrait être nommé demain en conseil des ministres pour succéder à Alain Seban à la tête du Centre Pompidou. Cet énarque, conseiller d’état, a fait toute sa carrière dans la haute fonction publique et a très peu croisé le monde de la culture.

Et l’heureux gagnant du jeu des chaises musicales est Serge Lasvignes. Cet illustre inconnu sera nommé président du centre Pompidou, en remplacement d’Alain Seban. Ne reste qu'à fixer le jour, sa nomination devant être annoncée en prochain conseil des ministres. En principe, ce sera demain, avant-veille avant son 61e anniversaire.

Son mandat de cinq ans commencera exactement dans un mois. Ancien enseignant de lettres, fan de Stendhal, il a été ces dix dernières années le secrétaire général du gouvernement, autrement dit un des plus hauts fonctionnaires de l’Etat chargé de coordonner l’action gouvernementale.

La nouvelle avait filtré au conditionnel dans Les Echos et Le Figaro. Elle est désormais certaine : c’est donc un haut fonctionnaire qui est nommé à la tête d’une des plus grandes institutions d’art moderne et contemporain au monde, sans avoir jamais eu la moindre expérience dans le domaine de la culture. Sur les dix présidents du centre depuis sa naissance, c'est la première fois. Même si Alain Seban avait été conseiller de Jacques Chirac, il était en charge de la culture, et avait piloté les projets du quai Branly et du Louvre Abou Dhabi. Il lui restait néanmoins à entrer dans le domaine de l'art contemporain, ce qu'il a fait avec constance.

Avant que le nom de Lasvignes ne soit connu, dans le JDD de dimanche, Aurélie Filippetti avait dénoncé l’opacité de la procédure, en violation des promesses de François Hollande de rompre avec le passé. Au ministère de la Culture, on admet avoir évité un appel public à candidatures, en raison des cahots de ce genre de procédure ces dernières années. « L’exécutif ne voulait pas d'un historien de l'art, mais d'un gestionnaire qui puisse être un grand ensemblier, capable de redonner de la cohérence à un centre véritablement pluridisciplinaire », explique-t-on dans l’entourage de Fleur Pellerin. Le ministère afficherait ainsi son intention de redonner une vraie présence au directeur du musée national d’art moderne, qu’il a perdue depuis les années 1990, s’effaçant devant un président tout puissant. Il parle aussi de redonner du lustre à l’IRCAM, l’institut de recherche musicale fondé par Pierre Boulez au sein du centre, ce qui semble un peu étrange aujourd’hui avec la place occupée par la Cité de la Musique... tout ceci fait un peu argumentaire de circonstance pour expliquer un jeu de chaises musicales, dans lequel Fleur Pellerin a eu peu de rôle.

Le bilan des huit années d’Alain Seban était pourtant honorable. Si l’accueil qui lui a été réservé a été mitigé, il a su mettre de l’eau dans son vin. Au ministère on laisse entendre aujourd'hui que le dialogue social aurait été « plutôt brutal »... mais le centre n’a pas connu de grève en six ans et il vient de signer une grille des salaires avec l’ensemble des partenaires sociaux. Le sort du Centre Pompidou Metz vient d’être sauvé de justesse, et une antenne doit s’ouvrir à Malaga fin mars, après l’expérience du centre Pompidou mobile en province... Quatre expositions ont dépassé les 500 000 visiteurs, Dali frôlant les 800 000. La fréquentation aurait crû de 50 % en huit ans (encore que la fiabilité de ces chiffres soit toujours sujette à caution). Les réactions ne vont pas tarder devant une nomination qui apparaît uniquement motivée par les besoins de dégager une place dans la haute fonction publique, sans égard pour le sort des institutions culturelles qui font la richesse de ce pays. Une fois de plus.

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Légende Photo :
Serge Lasvignes © Photo Stephane de Sakutin / AFP

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