Un groupe d’artistes internationaux lance une campagne pour dénoncer les conditions de travail sur les chantiers des musées d’Abou Dhabi

Par LeJournaldesArts.fr · lejournaldesarts.fr

Le 22 octobre 2013 - 563 mots

ABOU DHABI (EMIRATS ARABES UNIS) [22.10.13] – La coalition internationale Gulf Labor lance une campagne intitulée « 52 weeks » visant à dénoncer les conditions de travail des ouvriers sur les chantiers de construction d’Abou Dhabi.
Afin de lutter contre l’exploitation des travailleurs migrants dont fait état le collectif Gulf Labor à Abou Dhabi, ce dernier a lancé une campagne de protestation intitulée « 52 weeks ». Pendant un an, des artistes et écrivains seront invités à contribuer à cette campagne de dénonciation avec leurs productions artistiques et intellectuelles.

La coalition internationale d’activistes concentre particulièrement ses revendications à l’encontre des chantiers de trois musées sur l’île Saadiyat (dont le nom est souvent ironisé, signifiant l’île du bonheur) : le Guggenheim, le Louvre, et le Sheikh Zayed National Museum, projet auquel collabore le British Museum. Ils cherchent à faire entendre et respecter les droits des travailleurs migrants.

Les artistes participant à cette campagne se comptent déjà par dizaines, parmi lesquels Hans Haacke, Thomas Hirschhorn, Walid Raad, Shirin Neshat, Oliver Ressler ou Jayce Salloum.

L’une d’entre eux, Doris Bittar, décrit dans le communiqué publié par le collectif l’absence de considération des droits des ouvriers qu’ils auraient constaté sur le terrain. « Les apparences sont trompeuses. Les travailleurs à Abou Dhabi ont l’air impeccable avec leur uniforme bleu et leur casque. Leur apparence soignée cache en réalité le fait que beaucoup d’entre eux travaillent 15 heures par jour, que leurs passeports ont été confisqués, qu’ils ne peuvent démissionner ou quitter le pays, qu’ils ne peuvent se rassembler ou faire de demandes collectives concernant leur salaire, que leurs conditions de vie sont indignes, et qu’ils n’ont aucun recours s’ils subissent des sévices physiques, les lois sociales n’étant pas appliquées ou inexistantes. Parfois, le seul moyen de rentrer chez soi se fait par un retour dans un cercueil. »

Travaillant depuis 2011 à la mise en lumière de ce problème social auquel participeraient indirectement les institutions occidentales visées, le collectif avait déjà appelé notamment au boycott du Guggenheim, après avoir adressé une lettre ouverte au directeur de la fondation, Richard Armstrong, et fait circuler une pétition signée par plus d’une centaine d’artistes. La Fondation Guggenheim avait à l’époque indiqué à Bloomberg que ces accusations sur la violation des droits des travailleurs étaient de la « désinformation ». Pourtant, en avril 2012, l’ONG Human Rights Watch avait de même alerté la communauté internationale sur les conditions de travail des ouvriers d’Abou Dhabi, avec la publication d’un rapport de 85 pages.

A la fin du mois de mai 2013, les travailleurs des chantiers Arabtech, le contractant du Louvre Abou Dhabi, avaient organisé une grève afin de réclamer un salaire plus conséquent. Ils gagnaient entre 100 et 200 euros par mois, et demandaient une augmentation d’un tiers.

Plaçant ces projets de musées face à leurs contradictions, l’un des membres du collectif, l’artiste libanais Walid Raad, a déclaré que « si le Guggenheim, le Louvre et la TDIC (Société du Tourisme, du Développement et de l’Investissement d’Abu Dhabi) investissaient autant d’énergie et de ressources pour sauvegarder les droits des ouvriers travaillant à la construction des musées de l’île Saadiyat, qu’ils ne le font pour engager des « starchitectes », développer des merveilles de l’ingénierie, ou acquérir des œuvres d’art, alors leur revendication d’avoir érigé les meilleures infrastructures pour les arts dans le monde serait plus que des paroles dans le vent. » 

Site Internet : 52 weeks

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