Dimanche 28 février 2021

Un entretien exclusif avec Yves Peltier, commissaire de la biennale internationale de Vallauris

Par Marie Maertens · lejournaldesarts.fr

Le 8 juillet 2008 - 579 mots

Spécialiste de la céramique moderne et contemporaine, le commissaire de la biennale de Vallauris veut dépoussiérer l’image de ce médium en montrant le dynamisme et la diversité de la production céramique.

Depuis votre arrivée à la biennale en 2006, vous insufflez une nouvelle direction à cet événement qui était, ces dernières années, en perte de vitesse. Quels chantiers avez-vous lancés et quels sont vos projets pour la biennale ?
Yves Peltier : Créée en 1966, la biennale était au départ un concours qui s’est, au fil des années, peu à peu essoufflé. En 2005, le maire de Vallauris, Alain Gumiel, m’a donc donné carte blanche pour préparer et redynamiser ce rendez-vous. J’ai souhaité faire du concours un volet, parmi d’autres, de la biennale afin de mieux contrôler la qualité des œuvres présentées lors de cet événement grâce à des expositions temporaires réfléchies.

En 2008, les lauréats du concours sont présentés au musée Magnelli, où sont également exposés Gitte Jungersen et Kim Simonsson, deux artistes membres du jury. Aujourd’hui, des créateurs d’un niveau élevé participent de nouveau à ce concours. J’ai également ouvert le jury à des collectionneurs, des galeristes et des critiques, qui apportent ainsi un regard complémentaire à celui des céramistes et des institutionnels.

En réalité, mon projet s’étend sur trois éditions, l’objectif étant d’arriver en 2010 à une biennale d’art contemporain centrée sur les pratiques céramiques. Ce qui est très différent d’une biennale de céramique contemporaine...

Comment expliquez-vous l’intérêt croissant des artistes pour la céramique ?
Les artistes ont toujours été très attirés par la céramique. Ces dernières années, de grands plasticiens ont réalisé des pièces magnifiques. Cette année, nous présentons l’œuvre du sculpteur britannique Richard Deacon, mais nous pourrions aussi citer Thomas Schütte, Giuseppe Penone, Miquel Barceló et bien d’autres.

Toutefois, vous écrivez dans le catalogue que les liens entre la filière céramique et le milieu de l’art contemporain sont complexes...
Nous avons d’un côté des plasticiens qui emploient ponctuellement la céramique et qui obtiennent immédiatement une forte visibilité, visibilité à laquelle ne peuvent accéder les céramistes ou les artistes par trop assimilés à la filière céramique dont le potentiel d’amateurs et de collectionneurs est insuffisant pour drainer l’argent nécessaire à tous ses acteurs. Face aux difficultés, cette dernière adopte à tort des réflexes corporatistes et une position de repli sur elle-même. Il faut reconnaître que certaines créations sont de qualité assez médiocre et les professionnels censés faire le tri n’ont pas toujours compétence à le faire. Pourtant, nombre de céramistes se révèlent excellents et n’obtiennent pas, pour autant, la visibilité qu’ils mériteraient. En fait, les bons payent pour les mauvais. Ils sont suspectés, de fait, de véhiculer ces valeurs corporatistes et mauvais réflexes. Cette suspicion aveugle empêche toute reconnaissance officielle.

Autre difficulté : la question des savoir-faire, idéologiquement évacuée en France par le milieu de l’art, et trop souvent omniprésente, en lieu et place des questions de créativité chez les céramistes. Les céramistes, à niveau de créativité équivalent, devraient pouvoir exposer dans des galeries d’art contemporain, au même titre que les autres artistes ! Aujourd’hui, il est évident que les dysfonctionnements de la filière céramique en France ont provoqué une situation de crise grave. L’objectif de la biennale est de tenter d’y remédier en mettant en place un outil de travail et de réflexion efficace, en aidant la céramique à trouver sa place dans le milieu de l’art contemporain et sur le marché de l’art, son corollaire. Il s’agit de la seule issue possible à cette crise.

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