Un colloque à Genève repose la question de l’art comme placement financier

Par Nathalie Eggs · lejournaldesarts.fr

Le 28 janvier 2015 - 760 mots

GENEVE (SUISSE) [28.01.15] – Fonds d’investissement, banques, maisons de ventes aux enchères, avocats, gestionnaires d’actifs, universitaires ont débattu lundi 26 janvier sur les risques et les opportunités des investissements en art lors d’un colloque organisé par le Centre du droit de l’art de Genève.

« Art : passion ou business ? » : c’est ainsi que la directrice de la Fondation genevoise pour le droit de l’art, Sandrine Giroud, a clos son propos introductif du colloque organisé lundi 26 janvier à Genève sur les « risques, règles et opportunités dans les investissements en art ». Une question à laquelle les intervenants ont tenté de répondre sans pour autant trouver un consensus. Car si la tendance à considérer l’art comme une forme d’investissement financier est croissante, l’art ne constitue pas pour autant une catégorie particulière de classe d’actifs, de par l’absence d’une régulation spécifique et l’absence de revenus que l’art peut produire (au-delà de la simple revente).

L’art comme instrument financier
Le marché de l’art suscite l’intérêt des financiers depuis déjà une vingtaine d’années (voire une trentaine) ; sa croissance et les retours « historiquement positifs » sur investissements ne font qu’attiser les convoitises. Philip Hoffman, président fondateur de The Fine Art Fund Group, croit fermement à l’art comme outil financier. Passé de 10 millions de dollars d’actifs gérés en 2003 à 500 millions en 2014, son fonds d’investissement en art affiche un taux de rendement interne brut annuel de 16,46 % sur les actifs réalisés. S’il souligne l’intérêt croissant des collectionneurs pour l’art contemporain et les sommes faramineuses atteintes aux enchères dans cette discipline, il observe également un bon rendement dans l’art moderne et impressionniste et même pour les tableaux anciens. En revanche, il se dit très prudent à l’égard de l’art contemporain chinois. Ce point de vue est partagé par Jan Prasens, directeur des services financiers de Sotheby’s, qui propose notamment des prêts pour les biens destinés à la vente et des crédits à long terme, établis en fonction de la valeur de la collection du client. L’auctioneer couvrirait à ce jour 2 milliards de garanties accordées sur les œuvres d’art de ses clients, dont un tiers partagé entre Zurich et Genève. Selon Jan Prasens, « 50 % des collectionneurs considèrent l’art comme une forme de financement contre 40 % l’année précédente ». Cette tendance croissante est avant tout visible dans l’art contemporain, où « 30 % des clients bénéficiaient de garanties sur leurs œuvres il y a 10 ans alors qu’ils sont aujourd’hui 50 % ».

Les professionnels s’accordent à dire que le « track record », c’est-à-dire l’historique des résultats passés sur les performances d'investissement d'un gestionnaire de fonds, est l’outil de base pour tout investissement. Par exemple, The Fine Art Fund Group affiche un track record sur 12 ans. La valeur des œuvres est établie par des experts à la disposition des entités financières et des maisons de ventes, en fonction notamment des prix du marché. Une évaluation qui peut donner lieu à des conflits d’intérêt. La société suisse Fine Art Expert Institute, un laboratoire indépendant spécialisé dans les analyses scientifiques dédiées aux œuvres d’art, fournit aux clients un avis qu’il estime objectif sur l’authenticité de leurs œuvres. Suivant la logique d’investissement, la société belge Tutela Capital S.A. offre, au moyen d’une méthodologie quantitative, des analyses économétriques qui mesurent la volatilité et les retours sur investissements en art en respectant les standards internationaux et les normes AIFMD et IFR513.

Une tendance à nuancer
Yves Bouvier, propriétaire du groupe Natural Le Coultre spécialisé dans le transport et l’entreposage d’œuvres d’art et actionnaire des Ports Francs de Genève minimise la fonction financière de l’art. Il assure que « seule 1 % de la clientèle de la zone franche genevoise utilise l’art comme fonds de placement ». Dans le même ordre de grandeur, uniquement « 5 % des œuvres répertoriées aux Ports Francs garantissent des prêts ».

« L’art n’est pas une classe d’actif en soi », conclut Frédéric Dawance, directeur de la banque Lombard Odier & Cie SA. Selon lui, le manque de transparence du marché et sa faible « liquidité », le peu d’offres, le coût élevé des transactions (des frais acheteurs qui peuvent avoisiner les 25 % aux enchères) sont quelques-uns des facteurs qui freinent la tendance à considérer l’art comme une classe d’actif. Néanmoins « l’art constitue une part importante et croissante des actifs des clients », ajoute Frédéric Dawance, d’où l’importance d’accompagner le client dans les transactions relatives à ses investissements en art ainsi que dans les problématiques de conservation et de transmission de son patrimoine artistique.

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