Tableaux anciens : le pari à demi gagné de Christie’s et Sotheby’s New York

Par Marie Potard · lejournaldesarts.fr

Le 5 février 2013 - 734 mots

NEW YORK (ETATS-UNIS) [05.02.13] – Les ventes de tableaux anciens de Christie’s et Sotheby’s ont totalisé 168,4 millions de dollars frais compris, une augmentation de plus de 70 % par rapport à 2012 (96 millions de dollars). Mais les risques pris n’ont payé qu’une fois sur deux et il y a eu des dégâts.

Christie’s et Sotheby’s ont fait prendre à leurs clients des risques élevés en gonflant les prix et ils ont gagné, une fois sur deux. Les tableaux qui se sont vendus se sont très bien vendus en obtenant des prix importants. C’est le cas pour les grands tableaux italiens, dont le marché est très porteur en ce moment et, dans une moindre mesure, le marché des grands tableaux français. "Ce résultat n’est pas accidentel, il est le résultat d’une politique. Ils ont pris des risques énormes, quelques fois astucieusement, il faut le reconnaitre, et ils ont gagné, en partie", affirme Eric Turquin, expert en tableaux anciens.

En partie seulement, car il y a tout de même plus de 30 % de lots invendus, "ce qui est important mais découle uniquement du fait que les estimations étaient trop élevées", souligne l’expert, qui a fait le voyage à New York.

Pour Christie’s, la semaine a rapporté 88,4 millions de dollars frais compris (pour un prix marteau de 76 millions de dollars) donc juste au-dessus de son estimation basse de 75 millions de dollars. Et comme annoncé, la peinture italienne est la gagnante de la semaine. C’est Fra Bartolommeo avec sa Vierge à l’Enfant qui remporte la plus haute enchère avec 13 millions de dollars frais compris (soit environ 11 millions de dollars hors frais) pour une estimation basse de 10 millions de dollars hors frais. Ce prix est un record mondial pour l’artiste. Quant à la Vierge et l’Enfant accompagnés du jeune Saint Jean-Baptiste, aussi appelée la Vierge Rockefeller puisqu’elle a appartenu à la famille du même nom pendant un demi-siècle, elle a doublé son estimation basse atteignant 10,4 millions de dollars. Son auteur, Sandro Botticelli, remporte un nouveau record mondial.

Grosse surprise pour Scipione Pulzone, appelé Il Gaetano, puisque le Portrait de Jacopo Boncompagni, de trois-quarts, en armure, a fait un prix astronomique. Estimé prudemment 1,5 à 2,5 millions de dollars, il a multiplié son estimation basse par 5, s’envolant à 7,5 millions de dollars. Il n’avait jamais fait de pareil prix.

Pour Sotheby’s, qui fait un peu moins bien que Christie’s avec 80 millions de dollars (frais compris, environ 68 millions hors frais) et reste donc en deçà de son estimation basse (73 millions de dollars), l’audace aussi a payé sur certains tableaux italiens surestimés. Suzanne et les vieillards, le tableau de Pompeo Batoni commandé par le Comte von Harrach en 1751 était estimé 6 à 9 millions de dollars. Pour certains spécialistes du secteur, c’était "une folie. Ils n’y arriveront jamais". Eh bien ça a marché puisqu’au terme d’une âpre bataille entre deux enchérisseurs, l’œuvre a été adjugée 11,4 millions de dollars (10 millions de dollars prix marteau) à un collectionneur privé.
Il y a une véritable bouffée d’oxygène qui arrive sur le marché pour la peinture italienne et qui fait flamber les prix car les œuvres sont rares.

Les grands maîtres français ont aussi remporté de belles enchères. Chez Christie’s, Jean-Baptiste-Siméon Chardin avec La Brodeuse, obtient 3,4 millions de dollars prix marteau (pour une estimation de 3 à 5 millions de dollars). Estimé très cher, il est parti au prix de réserve mais il est parti, et réalise en même temps un record mondial. Issu de la vente organisée par Sotheby’s de la collection de Giancarlo Baroni, le célèbre marchand d’art, La demoiselle d’honneur, de l’artiste peintre française Eva Gonzalès, remporte la plus forte enchère. Avec 2,5 millions de dollars, elle multiplie par 4 son estimation haute de 600 000 dollars.

Au chapitre des invendus, il y a tout de même eu beaucoup d’invendus pour de bons tableaux mais qui étaient surestimés. Chez Christie’s, le Portrait d’un jeune homme avec un livre, d’Agnolo Bronzino, lot estimé le plus cher de la semaine, 12 à 18 millions de dollars, n’a pas trouvé preneur. Du côté de Sotheby’s, c’est une œuvre tardive mais pourtant attendrissante de Francisco de Goya représentant son petit-fils, Mariano Goya, qui n’a pas été adjugée (estimée 6 à 8 millions de dollars). Cela démontre que même si un marché est porteur, les acheteurs veulent le juste prix.

Légende photo

Baccio della Porta, appelé Fra Bartolomeo (Florence 1472-1517) - Vierge à l’Enfant - Estimation 10 / 15.000.000 $ - Adjugé 12.962.500 $ (frais compris) le 30 janvier 2013 à New York - photo courtesy Christie's

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