Archéologie

Un trésor de plus de 1 000 monnaies gauloises découvert en Moselle

Par Romain Bouvet · lejournaldesarts.fr

Le 3 décembre 2012 - 762 mots

BASSING

BASSING (MOSELLE) [03.12.12] – Les archéologues de l’Inrap viennent de mettre au jour un ensemble exceptionnel de 1 165 monnaies sur le site archéologique de la Tête d’Or. Découvert sur le domaine d’un aristocrate guerrier du peuple gaulois des Médiomatriques, ces pièces auraient pu servir à payer la solde des troupes.

Si le site archéologique de la Tête d’or, près de Bassing était connu depuis 2008 et avait déjà livré de nombreux vestiges d’intérêt, les archéologues de l’Inrap ne s’attendaient pas à y faire une découverte de cette ampleur. Trouvé lors du diagnostic archéologique réalisé en vue de la construction de la ligne grande vitesse Est européenne, le site archéologique avait fait l’objet de fouilles poussées en 2010. Les archéologues avaient mis en évidence 3 périodes d’occupation sur le site : une importante ferme gauloise du Ier siècle avant notre ère, une villa gallo-romaine (Ier – IVe siècle avant notre ère) et un habitat mérovingien.

Contemporain des deux premières phases d’occupation, le trésor de Bassing se compose de 1111 monnaies d’argent, de 3 monnaies d’or et de 51 monnaies de bronze. Le contexte de la découverte indique que l’ensemble a dû être enfoui entre les années 40 et 20 du Ier siècle avant notre ère. Les monnaies auraient été frappées dans une période allant de 60 à 20 avant J.C., la majorité ayant été fabriquée juste après la guerre des Gaules. Les labours agricoles successifs réalisés sur le site depuis le Moyen Âge avaient manifestement dispersé l’ensemble. C’est donc par une lente et progressive collecte que les archéologues ont réuni les 1 165 pièces de monnaies.

La découverte est majeure d’un point de vue numismatique. À des fins de comparaison, Jean-Denis Lafitte, responsable scientifique de l’Inrap a rappelé que moins de 300 monnaies avaient été retrouvées sur le site d’Alise-Sainte-Reine, où des fouilles ont lieu depuis le XIXe siècle.

La particularité de cette découverte, c’est le très grand nombre de monnaies d’argent, une chose rare à cette période où les monnaies de bronze et les potins sont presque exclusivement utilisés pour les transactions quotidiennes. Ces monnaies sont des imitations gauloises de quinaires, une monnaie d’argent romaine d’un diamètre inférieur à 1,5 cm.

Ces deux kilos de monnaies d’argent regroupent des pièces émises dans plusieurs régions de la Gaule. 74% d’entre elles viennent du Centre-Est de la Gaule et ont été frappées par les Séquanes (région de Besançon), les Lingons (région de Langres), et les Eduens (région d’Autun). 14% d’entre elles viennent du Val-de-Loire, 7% sont attribuées aux Rèmes (région de Reims), et 3% aux Arvernes (région de Clermont-Ferrand). Enfin, quelques exemplaires semblent avoir été produits par les Ségusiaves (région de Lyon). Quant aux trois monnaies d’or, elles sont d’origine médiomatriques (région de Metz) et témoignent donc d’une production locale. Cette grande variété de provenances laisse supposer des échanges très actifs entre les différents peuples gaulois avant et après la conquête romaine.

La première phase d’occupation du site de Tête d’Or avait révélé une exploitation gauloise prospère située au cœur du territoire médiomatrique, et la découverte d’une centaine de fibules, d’une perle d’ambre de la baltique, ainsi que de nombreuses pièces d’armement gaulois et italiques avaient clairement identifié l’habitation comme étant celle d’un aristocrate guerrier. D’après les conclusions des fouilles, le domaine n’aurait pas souffert durant la guerre des Gaules. La deuxième phase d’occupation gallo-romaine arrive relativement tôt (-27 avant J.-C.) ce qui laisse supposer une acculturation romaine rapide du maître des lieux.

Grâce à ces indices, les archéologues de l’Inrap ont formulé une hypothèse, selon laquelle le chef guerrier médiomatrique propriétaire du domaine combattait avec ses hommes pour les Romains. On sait que César s’était appuyé sur une partie de l’élite gauloise pour renforcer son armée et sa domination sur la Gaule fraîchement conquise.

Il est également à noter que le tiers des monnaies du trésor de Bassing présentent des défauts de frappe. Ces fabrications frustres étaient généralement effectuées dans des contextes d’urgence. On sait que dans les années 40 à 30 avant notre ère – faute de véritables deniers romains en quantité suffisante – de telles monnaies étaient frappées afin de pouvoir rétribuer certains contingents militaires, dont les troupes auxiliaires gauloises enrôlées dans l’armée romaine. Le dépôt de Bassing représente l’équivalent d’un an et demi de solde pour un légionnaire au début de l’empire. L’importance de la somme et le cumul de ces indices laisse donc penser que le dépôt de Bassing pourrait être « la caisse du régiment » ; des fonds que le chef médiomatrique allié aux romains (après la conquête) employait pour régler la solde de ses troupes.

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Vue partielle des 1165 monnaies gauloises, des « quinaires », frappées entre 60 et 20 avant notre ère. © Loïc de Cargoüet, Photo courtesy INRAP

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