A Saint-Pétersbourg, un musée rend hommage aux rebelles du Donbass

Par LeJournaldesArts.fr (avec AFP) · lejournaldesarts.fr

Le 6 décembre 2016 - 544 mots

SAINT-PÉTERSBOURG (RUSSIE) [06.12.16] - Le bonnet d'un chef de guerre, ses armes ou encore des trophées militaires : à Saint-Pétersbourg, dans le nord-ouest de la Russie, un \"Musée de la Novorossia\" rend hommage aux séparatistes pro-russes de l'est de l'Ukraine.

Situé dans le même immeuble historique que l'ancien appartement du célèbre poète russe Alexandre Blok, le musée a été ouvert par d'anciens combattants rebelles, qui y affichent leurs exploits militaires contre l'armée ukrainienne. Au fond de la cour, une petite pancarte indique l'entrée d'une grande cave où un guide, Konstantin Viounkov, montre aux rares visiteurs les différents espaces de l'exposition: les murs de "La Mémoire", de "La Gloire" et de "La Honte". Les visages de combattants tués s'affichent sur le premier mur, dont celui d'un Français, "Christian Jacky Vaillant, né le 25 octobre 1971, tué près de Debaltseve le 10 février 2015", récite le guide et ancien rebelle. "On a contacté ses proches à sa mort, mais ils l'ont renié et on l'a enterré près de Lougansk", affirme-t-il.

A côté, est exposé l'iconique "papakha", un bonnet de fourrure, du chef de guerre séparatiste Arseni Pavlov, surnommé "Motorola", récemment tué dans un attentat près de Donetsk, bastion des rebelles. Peu après sa mort, le musée avait par ailleurs accueilli une cérémonie en son hommage. Sur le mur de "La Gloire", le musée affiche les drapeaux militaires des républiques autoproclamées de Lougansk et Donetsk, mais aussi des livres écrits par les rebelles. Et du côté de "La Honte", le musée expose les papiers d'identité de militaires ukrainiens et autres "trophées", dont des bretelles ornées de croix gammées. Konstantin montre un carnet en cuir brun, qui appartenait à un membre du régiment ultranationaliste ukrainien Azov. "A côté de ses propos nationalistes, il a écrit des poésies", remarque-t-il. Avant d'ajouter: "Bien entendu, on l'a tué".

Plongée dans la réalité


Depuis avril 2014, le bassin minier de l'est de l'Ukraine, surnommé le Donbass, est en proie à un conflit entre Kiev et les séparatistes prorusses ayant déjà fait plus de 9 600 morts. Malgré l'instauration de plusieurs trêves, des affrontements meurtriers entre rebelles et militaires ukrainiens ont régulièrement lieu le long de la ligne de front. Dans son dernier rapport daté du 27 octobre, l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), qui surveille les évènements en Ukraine, fait état d'une hausse des violations du cessez-le-feu dans la région de Donetsk. Les rebelles souhaitent notamment réunir les régions de l'est et du sud de l'Ukraine sous le nom de "Novorossia" et sous contrôle russe. "Je suis persuadé que tôt ou tard, le Donbass fera partie de la Russie", déclare ainsi à l'AFP le directeur du musée, Guerman Vladimirov. Les Occidentaux et Kiev ont accusé Moscou à plusieurs reprises de soutenir financièrement et militairement les séparatistes prorusses, ce que le Kremlin dément.

Pour M. Vladimirov, le musée a surtout vocation à faire vivre la mémoire des combattants: "Ici, on rend hommage à ceux qui ont lutté pour la liberté du Donbass", explique-t-il à l'AFP. Alexandre Semionov, 40 ans, est venu visiter l'exposition parce que le conflit de l'est de l'Ukraine "fait déjà partie de l'Histoire". "Ce que j'aime dans cette exposition, c'est cette plongée dans la réalité, ces histoires personnelles que révèlent les objets", se réjouit-il. "C'est impressionnant".

Légende photo

Bataillon dans la région de Donetsk en Ukraine © Photo Ліонкінг - 2014 - Licence CC BY-SA 4.0

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