Saint-Etienne, métropole du design

L'ŒIL

Le 1 novembre 2002 - 1359 mots

En réunissant plus de 1000 designers venus de 80 pays, la troisième Biennale internationale Design de Saint-Etienne fait d’ores et déjà partie des manifestations incontournables pour tous ceux, professionnels et grand public, que le design intéresse. Plus que la découverte de prétendues nouvelles tendances, elle offre l’occasion de découvrir le travail de jeunes créateurs et de designers confirmés dans les domaines de l’objet, de la mode, du mobilier, de l’architecture, des arts ménagers ou de l’automobile.

La question fondamentale du rapport entre design et développement durable traverse l’ensemble de la biennale. Sur le thème de Design et Ecologie, designers indépendants, agences, éditeurs, entreprises, écoles, centres de design, revues et visiteurs entameront une réflexion commune sur le type de relation que l’homme noue avec son environnement. L’objectif est tout à la fois de montrer les recherches et propositions innovantes des créateurs du monde entier, de s’interroger sur l’accélération des mutations technologiques, écologiques, architecturales et culturelles et sur leurs implications. Les travaux exposés, nombreux et divers, permettent de dresser un état des lieux de cette civilisation de l’objet et d’engager une analyse du phénomène de mondialisation. L’écodesign est une approche globale qui consiste à prendre en compte l’environnement tout au long du cycle de vie du produit, de la phase de conception ou d’amélioration à la fin de vie, afin de minimiser les impacts environnementaux des produits et donc d’améliorer la qualité de vie aujourd’hui et demain. L’écodesign invite, de ce fait, à repenser la démarche de conception d’un produit : à le dématérialiser en quelque sorte pour repenser ses fonctions, optimiser les techniques de production, d’emballage et de distribution, réduire les impacts pendant l’utilisation et faciliter le recyclage.
L’exposition « Re-f-use » va dans ce sens. Présentée par Cultural Connections et réactualisée pour Saint-Etienne, elle joue sur le mot anglais « refuse » (déchets) qui, lorsqu’on barre le F, devient « reuse »( réutilisation). Pour mieux souligner qu’il est devenu impossible de discuter du design strictement en termes d’esthétique et sur des critères fonctionnels, sans tenir compte des conséquences sur l’environnement. La prévention ou la réduction des déchets par la conception de produits durables est donc une priorité, même si les déchets produits peuvent parfois être transformés pour devenir utiles, comme le démontrent les 150 objets des 17 pays présentés.
Dans le cadre du forum Design écologie, un programme de recherche spécifique a été proposé aux étudiants des écoles du monde entier par la biennale, en partenariat avec l’ADEME sur le thème : « Les objets pour un monde durable » : imaginez et proposez un nouveau produit plus respectueux de l’environnement, d’utilisation quotidienne, dans la maison, les loisirs ou sur le lieu de travail... Les seize projets retenus illustrent la variété des recherches : concept de chaussure écologique, éolienne domestique, roller lumineux à énergie dynamo, mobilier modulable à partir de plastique recyclé et recyclable...
« Fantastique plastique » montre, justement, l’importance du plastique dans le monde à travers les objets du quotidien puisés dans différents pays au cours de voyages. Qu’en est-il de l’utilisation et de la diffusion du plastique dans les pays en voie de développement ? Ecologie et plastique peuvent-ils s’accorder ? Quel est le point de vue des industries de plasturgie quant à la surabondance de ce matériau dans le monde ? « Moins et Plus » réunit plus de 50 créateurs internationaux représentatifs des années 1980-2000 au Musée d’Art moderne de Saint-Etienne Métropole, à partir de la collection du Fonds national d’Art contemporain (Fnac). Cette exposition qui rassemble plus de 600 objets d’usage quotidien sur 1500 m2 présente des ensembles significatifs dédiés aux designers les plus représentatifs de l’habitat contemporain (Ron Arad, Achille Castiglioni, Axel Kufus, et l’entreprise Bulthaup, Enzo Mari, Alessandro Mendini, Jasper Morrison, Gaetano Pesce, Denis Santachiara, Ettore Sottsass, Philippe Starck...) et le travail d’exploration de designers autour des deux pôles « Moins et Plus » tels Mattia Bonetti et Elizabeth Garouste, Andréa Branzi, Droog Design, Michael Graves, Ronan et Erwan Bouroullec, Eric Jourdan... Ce dernier présente, dans une exposition monographique, l’ensemble des meubles « traversants », conçus depuis 1995 dans le secteur domestique ou pour l’espace urbain, en collaboration avec le VIA, Roset... et des projets inédits conçus pour la biennale. Un hommage plus que mérité pour cet ancien étudiant (puis enseignant) à l’Ecole des Beaux-Arts de Saint-Etienne, commissaire de la dernière biennale. Ce designer talentueux et discret investit avec cohérence l’espace urbain comme l’espace domestique (mobilier signalétique pour la Fondation Cartier, mobilier rural pour le Parc régional de la vallée de Chevreuse, accueil de la Cité universitaire internationale, collection Tropicale) en conciliant avec bonheur et sobriété design et architecture.

Une biennale aux multiples enjeux
Il est beaucoup question d’architecture, bien entendu, puisque l’agglomération de Saint-Etienne, avec Firminy, possède le plus grand ensemble Le Corbusier en Europe. Des visites quotidiennes permettent de découvrir les bâtiments et le projet urbain de Le Corbusier et des designers qui ont travaillé dans ces espaces, dont Pierre Guariche. Les Rencontres architecturales 2002 portent sur « Le Corbusier aujourd’hui ». Des architectes contemporains évaluent ce qu’il en est réellement de l’œuvre et de la pensée de l’une des figures les plus fortes et controversées du mouvement moderne. Comment, aujourd’hui, envisager l’objet dans le patrimoine corbuséen ? A travers les regards et expériences du designer, de l’habitant, du commanditaire, de l’historien et de l’industriel, c’est l’actualité de l’objet, du lieu et de l’architecture qui fait débat. La rencontre porte notamment sur la création de la chaise de Jasper Morrison pour le réfectoire de La Tourette, qui résulte d’une commande publique. Y ont participé l’architecte Alvaro Siza et les designers Vico Magistretti et Jasper Morrison. La collaboration Perriand-Le Corbusier sera débattue, tout comme les initiatives menées par Première rue à l’unité d’habitation de Briey (interprétations contemporaines du patrimoine corbuséen) ; ou encore l’expérience et les travaux des étudiants ayant participé aux studios organisés à La Tourette dans le cadre de la biennale. De façon cohérente, Alvaro Siza, le célèbre architecte portugais dont le mobilier est pensé comme un prolongement du projet architectural, expose d’ailleurs ses « Meubles, dessins et projets » au Musée de la Mine. Autant d’incitations à la promenade dans les 40 000 m2 d’exposition et dans un grand nombre de lieux off, avec aussi des concerts un peu partout dans la ville (hommage à Pierre Boulez). Preuve, si besoin en était, de la vitalité de Saint-Etienne. Car cette Biennale est aussi lourde d’enjeux stratégiques pour la ville. Forte de son passé industriel (charbon et acier) et de sa créativité (armes, cycles, manufactures, passementerie) Saint-Etienne se positionne comme un futur pôle du design. L’ouverture du Musée d’Art moderne en 1987, la réouverture du musée d’Art et d’Industrie en décembre 2001, la création prochaine du Centre international de Design sur le site, en partie classé, de Giat Industries, annonce qui devrait être très bientôt confirmée par le ministre de la Culture (ouverture prévue en 2005), le choix, enfin, de confier à François Barré1 une mission pour « aider à promouvoir la ville », vont dans ce sens. D’autant que l’achèvement des travaux de l’église Saint-Pierre, partie intégrante de l’Unité d’Habitation de Firminy et dernière œuvre de Le Corbusier, sera assurée grâce au soutien de Saint-Etienne Métropole qui assurera la maîtrise d’ouvrage du projet et apportera les financements nécessaires. Les deux tiers de la superficie constitueront une antenne du Musée d’Art moderne et seront un lieu de référence sur l’œuvre de Le Corbusier, l’autre tiers sera consacré à la partie cultuelle. La livraison des travaux est prévue pour novembre 2004. Bien des atouts pour devenir un pôle majeur du design en France.
Emma Bajac

Note :
1. Ancien président du Centre Pompidou, ex-délégué aux Arts plastiques, conseiller de Francois Pinault pour sa collection d’art contemporain.

- L’événement Biennale internationale Design de Saint-Etienne. du 16 au au 24 novembre, renseignements tél. 04 77 47 88 05, www.institutdesign.com, www.mairie-st-etienne.fr et Office du Tourisme, 16, avenue de la libération, tél. 04 77 49 39 00 Fax 04 77 49 39 03, www.tourisme-st-etienne.com Tarif plein : 12 euros. Tarif réduit : 8 euros. Carte pass à tarif préférentiel donnant accès du 16 au 24 novembre aux trois musées stéphanois ainsi qu’au Parc des Expositions.

- Les lieux Ecole des Beaux-Arts de Saint-Etienne, 15, rue Henri Gonnard, tél. 04 77 47 88 00, www.institutdesign.com Parc des Expositions Hall A et B 31, Bd Jules Janin, tél. 04 77 45 55 45, www.parc-expo42.com Musée d’Art moderne, La Terrasse, tél. 04 77 79 52 52. Musée d’Art et d’Industrie, 22, place Louis Comte, tél. 04 77 49 73 30. Musée de la Mine, 3, bd Franchet d’Espérey, tél. 04 77 43 83 26. Espace le Corbusier, rue Saint Just Malmont, tél. 04 77 10 07 77, www.ville-firminy.fr Centre Culturel, couvent de la Tourette, tél. 04 74 26 79 70, www.couventlatourette.com Une navette sera mise en place entre Saint-Etienne et La Tourette

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°541 du 1 novembre 2002, avec le titre suivant : Saint-Etienne, métropole du design

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque