Vendredi 22 novembre 2019

Regards croisés sur l’œuvre de Robert Doisneau au centre d’art Campredon

Par Alexandra Houël · lejournaldesarts.fr

Le 30 octobre 2013 - 664 mots

L’ISLE-SUR-LA-SORGUE [30.10.13] – Le centre d’art Campredon présente une double exposition inédite sur l’œuvre de Robert Doisneau, montrant la complexité de sa conscience photographique et une diversité dans sa production qui surprend. A l’aide d’une approche différente, elle met en lumière des caractéristiques de son œuvre qui sont souvent éclipsées par la lecture unanime qui en est généralement faite.

En décalage par rapport au regard plus ou moins uniforme qui est habituellement porté sur l’œuvre de Robert Doisneau, si souvent cité comme l’interprète photographique d’une poésie romantique, ou comme « le chantre du pittoresque parisien » d’après guerre, la double exposition inédite présentée au centre d’art Campredon par la ville de l’Isle-sur-la-Sorgue révèle l’œuvre sous un nouveau jour.

Dans une succession de petites salles dispersées sur deux étages, l’exposition « Robert Doisneau, Du Métier à l’Œuvre » présente sur des cimaises d’un vert tranchant une sélection d’une centaine d’épreuves originales en noir et blanc réalisées entre 1930 et 1966, où on retrouve ses clichés les plus célèbres mais aussi des épreuves de jeunesse et moins connues.

Agnès Sire, qui l’a conçue pour la Fondation Henri Cartier Bresson, éclaire l’ensemble avec une approche volontairement différente, grâce à une sélection opérée minutieusement et pendant des mois à l’Atelier Doisneau de Montrouge, et un agencement réfléchi qui en fait transparaître un propos renouvelé. Selon elle, « c’est du côté du Doisneau grave, des pavés tristes, des architectures banales de banlieue, et bien sûr de l’aura des petites gens que se situe essentiellement l’œuvre ».

Partant d’une réflexion de Jean-François Chevrier, elle met en lumière un côté sombre dans l’œuvre de Doisneau, sans pour autant verser dans le misérabilisme qui pourrait naître d’une sélection trop partiale. Organisées en groupes thématiques dans chaque salle, les épreuves sont ponctuées de telle manière à faire ressortir leur profondeur et leur sincérité, accentuées par des halos de lumière jaune.

Cette nouvelle approche est court-circuitée en fin de parcours, en entrant dans une énième salle où les cimaises se colorent de rose fuchsia pour mieux marquer le contraste, et planter le décor d’une série empreinte d’un ton radicalement différent. « Palm Springs », dont trente tirages sont exposés, est une série en couleurs issue d’une commande américaine pour le magazine « Fortune » en 1960. Robert Doisneau avait été commissionné pour photographier la construction de golfs dans une ville montée de toutes pièces au milieu du désert du Colorado, refuge pour les riches retraités. Dépassant le thème du reportage, il y a apporté une touche subjective incisive et drôle, livrant une série aux couleurs acidulées qui « dresse un portrait amusé d’une planète artificielle ». Ces photographies légères se lisent tout autrement, et l’association de ces deux expositions permet de provoquer un choc esthétique fort. Comme l’a justement fait remarquer la fille de Robert Doisneau, Francine Deroudille, elles viennent compliquer le jeu de la lecture de son œuvre, puisqu’on retrouve Doisneau à des endroits où on ne l’y attend pas.

L’exposition se termine sur une projection du film de Patrick Jeudy « Robert Doisneau, tout simplement », une vitrine présentant des documents personnels, et un tirage du « Baiser de l’Hôtel de Ville ».
Si cette double exposition affiche la complexité de l’œuvre d’un artiste plus difficile à cerner qu’on ne le croit, sa continuité et sa cohérence apparaissent malgré tout en filigrane, dans le passage du métier de photographe commissionné, à l’œuvre et à la conscience photographique.

Le centre d’art Campredon, qui soutient notamment de nombreux artistes en leur consacrant des expositions, affirme avec cette rétrospective d’un artiste reconnu mondialement son ambition de rayonnement. Ville natale de René Char, lieu de villégiature de Picasso, et ville d’antiquaires - elle constitue la troisième place européenne du commerce d’antiquités - elle est par son histoire naturellement portée par la culture, et tient à conserver et consolider cette dimension.

Marque de cet engagement, la mairie a tout récemment préempté une chapelle du XIe siècle, afin de dédier son espace intérieur à de nouvelles activités culturelles.

Légende photo

Robert Doisneau (1912-1994) Voiture blanche et pinceau (1960) - © Robert Doisneau / Atelier Doisneau - Courtesy Centre d'art de Campredon à l'Isle-sur-la-Sorgue.

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