Quatre scénarios possibles pour Le Quartier de Quimper

Par David Robert (Correspondant à Rio de Janeiro) · lejournaldesarts.fr

Le 8 juin 2016

QUIMPER (BRETAGNE) [08.06.16] - La suppression de la subvention municipale annoncée lundi soir met en péril la survie du centre d’art contemporain quimpérois. Quatre issues sont envisageables.

Pour tous les acteurs consultés, le premier et plus probable scénario pour Le Quartier, est sa fermeture. En supprimant la subvention et en revenant sur son plan annoncé en 2014 (une diminution de trois fois 15% sur trois années successives), la mairie coupe deux possibilités d’un coup : d’une part, elle balaie le plan de voilure réduite envisagé par l’équipe, qui aurait gardé entre 6 et 7 salariés au lieu de 10, avec un budget 2017 « de survie » fixé à 500 000 euros au lieu de 650 000. Selon Jean-Yves Crochemore, président du Quartier, « impossible de descendre en dessous sans sortir du cadre du conventionnement du centre d’art ». D’autre part, en supprimant la subvention, la mairie annule aussi la mise à disposition gratuite des locaux. Ce dernier point confirme qu’en l’absence de revirement, la fermeture est imminente.

La seconde option, celle d’une voilure réduite, n’est envisageable que dans le cas d’un assouplissement de la position de la Ville, peu probable. Jeudi dernier, une réunion tenue sous l’égide du préfet a rassemblé les parties prenantes : 5 représentants de la mairie, et en face la région, le département, la DRAC et le président du Quartier. Durant la discussion, en plus des 20 000 euros proposés par Audrey Azoulay, le ministère a proposé une aide exceptionnelle de 100 000 euros pour le conservatoire de musique et d’art dramatique de Quimper, qui libérerait une subvention municipale équivalente pour le Quartier. L’Etat ne peut augmenter sa participation au budget du Quartier sans devenir financeur majoritaire, ce qui irait à l’encontre du principe laissant aux collectivités la maîtrise sur leur politique culturelle locale. Région et département ont aussi accepté de conditionner une rallonge supplémentaire au maintien de la municipalité. Cette dernière a refusé la proposition, alors même qu’en retranchant tous les apports consentis, elle aurait eu à verser in fine moins de 100 000 euros. Ce qui fait dire à Etienne Bernard, président de DCA, « la posture est donc bien politique, l’argument économique ne tenant plus ».

Troisième solution, un mécène privé pourrait voler au secours du Quartier. En Bretagne, les regards se tournent vers le Fonds Michel et Hélène Leclerc, à Landerneau, qui vient d’initier un partenariat de trois ans avec le centre d’art. A l’occasion de l’accrochage de Nicolas de Crecy, le fonds a notamment financé une grande campagne d’affichage, faisant de l’exposition le plus gros succès de fréquentation de l’année. Mais « l’investissement des Leclerc a toujours été clair, explique Jean-Yves Crochemore. Il s’agit d’accompagner des projets ponctuels, portés par un centre d’art reconnu par l’Etat pour la qualité de son travail et de ses liens avec la collectivité ».

Reste une dernière option, celle d’un rapprochement avec le campus quimpérois de l’école européenne supérieure d’art de Bretagne (EESAB). Pourtant, malgré un partenariat de longue date, une fusion n’a jamais été étudiée de manière formelle. Toujours évoqué entre deux portes, le projet s’était heurté à un refus de principe de l’école comme du centre d’art, soucieux de leurs vocations différentes et des conséquences économiques que la ville pourrait en tirer. Dans le contexte de l’urgence, la directrice de l’EESAB, Danièle Yvergniaux, concède : « je veux bien tout envisager pour trouver une solution, mais il faudrait qu’on soit officiellement consulté ». Ironie de l’histoire, le recrutement du directeur du campus de Quimper doit se clore la semaine prochaine… Un manque d’anticipation que regrette aussi Etienne Bernard : « avec du temps, on aurait pu construire un partenariat innovant avec l’école pour sortir du problème par le haut. Au lieu de ça, au mieux, le Quartier deviendra une salle d’expo pour l’école mitoyenne et l’équipe, hormis peut-être un ou deux médiateurs, n’aura aucune vocation à être reprise ».

Le tableau n’est guère enthousiasmant. Le conseil municipal qui se tiendra fin juin, en adoptant ou en amendant légèrement les décisions du bureau, devrait entériner l’un des quatre scénarios.

Pétition de soutien au Quartier sur change.org

Légende Photo :
Le Quartier, centre d'art contemporain, Quimper © Photo El Funcionario - 2013 - Licence CC BY-SA 3.0

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