Prague et Paris se disputent les cendres de Kupka

Par Anouk Rijpma · lejournaldesarts.fr

Le 23 octobre 2012 - 597 mots

PRAGUE (REPUBLIQUE TCHEQUE) [23.10.12] – Les cendres du peintre tchèque François Kupka – qui reposent au cimetière parisien du Père-Lachaise – font l’objet d’une polémique quant à leur transfert éventuel au cimetière national de Prague, la ville natale de l’artiste.

Si l’on peut lire « François Kupka (*) 1871-1957, officier de la légion d’honneur », sur une petite plaque noire apposée sur la case n°22 696 dans un columbarium souterrain du cimetière parisien, en revanche ni la nationalité, ni l’œuvre d’un des pères de l’abstraction n’y figurent. A Prague, la polémique fait rage : peut-on, doit-on transférer les cendres du peintre du cimetière parisien au cimetière national de sa ville natale ?

Du côté des autorités tchèques, rien de tel ne pourrait avoir lieu en raison du souhait émis par l’artiste de dépendre exclusivement de la France. Le chef de la diplomatie tchèque Karel Schwarzenberg, a déclaré début octobre, à l’issue d’une visite à Paris : « sa famille est enterrée ici, nous n’avons pas le droit de le déplacer », tandis que la ministre tchèque de la culture Alena Hanakova a fait valoir une lettre du peintre écrite en 1947, date à partir de laquelle il n’a plus jamais mis le pied dans son pays natal : « Je me suis décidé à appartenir désormais à la France, comme j’appartiens déjà à elle comme dessinateur et peintre ». Et la ministre de conclure : « Nous respectons cet ultime vœux, cela nous paraît tout à fait naturel. Kupka n’est pas l’unique tchèque inhumé ailleurs que dans son pays d’origine. »

La riposte de la journaliste Lenka Jakovla - fervente partisane du transfert de l’urne dans le caveau commun « Slavin » du cimetière national de Prague où reposent les personnalités ayant fait honneur à la patrie – ne s’est pas faite attendre : « Mais cette citation est prise hors contexte ! », s’est-elle insurgée, rectifiant la date à laquelle le peintre aurait écrit cette même lettre, soit en 1920, 37 ans avant sa mort « pour se plaindre d’atermoiements bureaucratiques qui accompagnaient l’attribution du titre de professeur aux Beaux-Arts à Prague ».

A l’instar d’autres grands tchèques décédés à l’étranger - tels le compositeur Bohuslav Martinu et le pianiste Rudolf Firkusny - la journaliste a tenu par ailleurs à agiter la fibre patriotique : « Il aimait la France, mais il était patriote tchèque. Ses héritiers, ce sont en quelque sorte tous les citoyens de la République Tchèque », puis d’ajouter : « Son urne y serait placée près des cendres d’un autre grand artiste tchèque ayant vécu à Paris, Alfons Mucha. »

En 1896, le peintre s’installe à Paris, plus précisément à Montmartre où il devient l’un des principaux dessinateurs de presse satirique. Vers 1910, il rejoint Picabia et Duchamp et quelques autres, avec lesquels il forme, le « groupe de Puteaux ». Cette même année marque également le passage du peintre du romantisme et du symbolisme à l’abstraction. En 1923, s’il est nommé professeur aux Beaux-Arts de Prague, il reste néanmoins à Paris avec la charge de s’occuper des boursiers tchèques. Il décède le 24 juin 1957 à Puteaux.

Nombre de ses toiles figurent au MAMVP (Musée National d’Art Moderne de la Ville de Paris) (et au Guggenheim de New York, et le musée Kampa à Prague lui est également largement consacré. Sa fondatrice - la collectionneuse et mécène Meda Mladkova – a d’ailleurs plaidé en faveur du rapatriement des cendres de ce « patriote tchécoslovaque » au cimetière national de sa ville natale. (Avec AFP) 

(*) František Kupka, dit François Kupka (1871-1957)

Légende photo

František Kupka dit François Kupka- © Photo Anonyme - c. 1928

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