Petite histoire des galeries de photographie contemporaine

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 1 octobre 2003 - 637 mots

Historique, l’exposition intitulée « Ils se disent peintres, ils se disent photographes », conçue par le critique d’art Michel Nuridsany au tout début des années 1980, au musée d’Art moderne de la Ville de Paris, sanctionnait l’avènement d’une pratique qui allait être qualifiée quelques années plus tard de photographie plasticienne.

Historique, l’exposition intitulée « Ils se disent peintres, ils se disent photographes », conçue par le critique d’art Michel Nuridsany au tout début des années 1980, au musée d’Art moderne de la Ville de Paris, sanctionnait l’avènement d’une pratique qui allait être qualifiée quelques années plus tard de photographie plasticienne. À savoir : « Non point la photographie dite “créative”, ni la photographie de reportage, ni la photographie appliquée, mais celle qu’utilisent les artistes, celle qui ne s’inscrit pas dans une histoire supposée pure et autonome du médium mais, tout au contraire, vient croiser les arts plastiques... » (Dominique Baqué, La Photographie plasticienne, un art paradoxal, éditions du Regard, 1998.)

Si telle situation participait au mouvement général de décloisonnement des champs de production, elle sanctionnait dans le même temps, par-delà toute considération esthétique, un fait sociologique déterminant : l’ouverture de nombreuses galeries d’arts plastiques à la création photographique. Ce phénomène, s’il n’a pas pour autant réduit à néant les galeries spécialisées dans le domaine exclusif de la photographie, n’en a pas moins fondamentalement métamorphosé le fonctionnement économique du marché. Longtemps réservé, d’une part à un type de production limitée à des tirages au format réduit, plus souvent en noir et blanc qu’en couleurs, d’autre part à une population très spécialisée d’amateurs et d’institutions, le marché de la photographie a infiltré petit à petit celui des arts plastiques.

Si, en 1976, Agathe Gaillard est la première en France à créer une galerie expressément consacrée à la photographie, elle participe alors à un mouvement initié quelques années plus tôt par Lee
Witkin à New York et qui va connaître chez nous un rapide développement. Dans la foulée, et tour à tour, Viviane Esders ouvre une galerie à deux pas du tout nouveau Centre Pompidou et Alain Paviot près de la Bibliothèque nationale. Début des années 1980, plusieurs autres voient ainsi le jour parmi lesquelles l’Atelier 666 et la galerie Michèle Chomette à Paris, la galerie Le Réverbère à Lyon. De leur côté, les institutions ne sont guère en reste : dès 1969, Jean Lemagny entreprend de créer une collection de photographies contemporaines à la BN ; en 1980, Jean-Luc Monterosso invente le Mois de la photo à Paris et, début 1980, Robert Delpire crée le Centre national de la photographie.

Entre 1975 et 1991, le développement du marché international de la photographie connaît une hausse de 680 % (Michel Frizot, Nouvelle Histoire de la photographie, Bordas/Adam Biro, 1994), rien de moins ! Si cela est notamment le corollaire de son intégration dans le champ des arts plastiques, c’est surtout que les artistes ont fait de ce médium le vecteur d’une esthétique « postmoderne » sous le label tout d’abord d’image fabriquée, puis de photographie plasticienne. Les galeries ont été nombreuses alors à suivre les préoccupations plastiques de leurs artistes et à prendre en compte leurs travaux exploitant ce médium. À un moment où la scène artistique connaissait une effervescence particulière, elles ont ainsi contribué à en défendre la pertinence auprès de leurs collectionneurs tant privés qu’institutionnels et à leur faire accepter l’idée d’une création d’un genre nouveau. Si on ne fait plus vraiment aujourd’hui le distinguo entre galeries de photos et galeries d’arts plastiques, la plupart d’entre elles mêlant heureusement les moyens d’expression, c’est que bien plus qu’un simple effet de mode, il s’est agi là d’une véritable révolution. En s’inscrivant dans le champ de l’art, le medium photographique ne l’a pas seulement miné de l’intérieur – comme l’analyse Dominique Baqué –, il en a bousculé les habitudes économiques.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°551 du 1 octobre 2003, avec le titre suivant : Petite histoire des galeries de photographie contemporaine

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