Château - Musée

Versailles, les chantiers à l’épreuve du Covid

Par Lorraine Lebrun · Le Journal des Arts

Le 9 juin 2021 - 1027 mots

VERSAILLES

Si les travaux de restauration ont continué pendant la fermeture, leur financement reste fragilisé par la crise sanitaire, alors que les touristes étrangers ne devraient pas faire leur retour cet été.

Le cabinet d'angle du Roi après restauration. © Château de Versailles/Thomas Garnier
Le cabinet d'angle du Roi après restauration.
© Château de Versailles/Thomas Garnier

Versailles. En 2019, le château de Versailles était, après le Louvre, le second monument le plus visité en France, avec 8,2 millions de visiteurs, dont 81 % d’étrangers. Les recettes reposent pour une large partie sur ses ressources propres (93,2 millions d’euros en 2019, dont 70 % issus de la billetterie). Ces quelques chiffres illustrent les fragilités structurelles face à une pandémie. En 2020, la fréquentation a chuté de plus de 75 % entraînant un impact sur le budget de fonctionnement de 52 millions d’euros.

« Le modèle économique doit être reconstruit car on ne le retrouvera pas, tel qu’il existait, avant plusieurs années. Et on ne peut pas se satisfaire de la situation présente », explique Laurent Salomé, directeur du musée. Malgré les pertes de recettes, l’entretien du domaine n’attend pas et la poursuite des chantiers s’est affirmée comme un enjeu crucial à la fois pour l’emploi des artisans et pour l’entretien du château. « Nous avons en permanence entre dix et quinze chantiers ouverts, avec en moyenne cinq entreprises par chantier », détaille Sophie Lemonnier, directrice du patrimoine et des jardins. « Il n’y a eu qu’une interruption de quelques semaines, au début du premier confinement, que nous avons essayé de limiter pour maintenir la dynamique. »

« En temps normal, les salles ne sont jamais libres plusieurs jours d’affilée ; nous en avons profité pour réaliser des opérations de conservation », explique Laurent Salomé, dont les équipes ont pu dépoussiérer des parties hautes de la galerie des Glaces. Toutefois, même si la fermeture des salles au public a pu faciliter la mise en œuvre des travaux sur le plan pratique (possibilité, par exemple, de laisser les échafaudages dans les salles), les chantiers ont dû composer avec les règles sanitaires imposées. « Il y a eu une balance entre les avantages liés à l’absence de public et les contraintes liées à la crise sanitaire », nuance Sophie Lemonnier. « De ce point de vue, il n’y a pas eu trop de retard, mais pas d’effet d’aubaine non plus. »

Entretenir une telle gestion dynamique des travaux ne va pas de soi et coûte, accessoirement, beaucoup d’argent, de l’aveu de la directrice du patrimoine, « déjà dans des circonstances favorables, c’est un défi quotidien ». Pour pallier ce manque, le château peut compter sur le soutien de l’État, engagé dans le cadre du plan de relance (87 millions sur deux ans), et du département (15 millions sur trois ans). Un arbitrage a également attribué la gestion du parking de la place d’Armes (3,5 millions d’euros par an) au château au détriment de la Ville. Reste enfin les mécènes, historiquement engagés auprès du château et dont la fidélité se mesurera dans les années à venir.

Mais cela ne suffira pas. « Nous sommes tout juste à l’équilibre en prenant sur notre trésorerie. En 2022, cela risque de commencer à coincer », s’inquiète Sophie Lemonnier. « Il faudra batailler pour avoir les financements, dans un contexte particulièrement difficile. La facilité serait de ne pas faire de travaux, mais il faut avoir conscience des conséquences dramatiques que cela peut avoir pour le patrimoine. »

Encore de nombreux chantiers à ouvrir et fermer

Cette activité de travaux en flux tendu a permis, depuis 2012, l’ouverture de quatre-vingt-quinze salles jusqu’alors fermées au public. Parmi les chantiers des années à venir : la restauration du Jeu de paume, du buffet d’eau, la laiterie du hameau de la Reine, les annexes de la chapelle, le clos et le couvert de l’aile Gabriel… En attendant, les visiteurs peuvent aujourd’hui redécouvrir la chapelle récemment restaurée, tout comme le cabinet d’angle du Grand Dauphin, le bosquet de la Reine entièrement replanté, la chambre-cabinet de Louis-Philippe au Grand Trianon, mais également l’attique Chimay, au dernier étage du corps central du château.

« Les attiques forment un immense musée flottant au-dessus du corps central et des deux ailes », explique Laurent Salomé. « Ces salles étaient jusqu’à présent peu connues car peu ouvertes. Il n’y avait même pas d’éclairage électrique ! » La suite de ce chantier, concernant les attiques du Nord et du Midi, dépend du schéma directeur, fixé en 2003 par le ministère de la Culture, pour la mise en conformité. Le château est en ce moment dans la phase 2 de ce grand plan. Les ailes sont concernées par la troisième et dernière phase, qui n’interviendra pas avant la fin des années 2020. Difficile d’attendre pour Sophie Lemonnier qui admet la nécessité d’« intervenir avant un retour à la normale, notamment sur les toitures, avec les financements que l’on trouvera ».

Trouver de nouvelles ressources

Avec la crise s’esquissent aussi de nouvelles manières de visiter Versailles. « Il y a une forte demande pour des visites sur-mesure, qui pourraient composer une offre très diversifiée et qui seraient facturées plus cher qu’une visite classique. Cela aiderait à reconstituer nos ressources propres », estime Laurent Salomé. L’ouverture de nouveaux espaces, l’horodatage des billets et le déploiement de parcours de visite moins linéaires doivent également contribuer à lisser les flux de visiteurs.

Côté musée, ces années singulières ont été marquées par un recentrage des activités, notamment sur les acquisitions. Le directeur peut se réjouir : « Il n’y a pas eu de décision de couper brutalement le budget d’acquisition et heureusement, car c’est ce qui maintient une collection en vie. » Depuis 2018, le musée pouvait notamment compter sur le legs exceptionnel de Jeanne Heymann, soit 21,6 millions d’euros consacrés au remeublement. « 2020 a même été une année exceptionnelle, marquée par beaucoup d’occasions magnifiques », comme les esquisses de François Lemoyne pour le salon d’Hercule ou le buste du premier chirurgien du roi, Georges Mareschal, par François Girardon. « 2021 se présente sous les mêmes auspices, si ce n’est que nous arrivons au bout de ce legs. Nous espérons que d’autres grands donateurs viendront prendre le relais. »

Pour l’heure, le retour du public est vécu par les équipes comme une bouffée d’oxygène. « L’entretien de ce patrimoine n’a pas de sens s’il n’y a pas de visiteurs. Cela s’est imposé comme une évidence pendant la fermeture », se rappelle Sophie Lemonnier, même s’il faudra compter, comme l’année passée, sans les visiteurs étrangers.

Thématiques

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°568 du 28 mai 2021, avec le titre suivant : Versailles, les chantiers à l’épreuve du Covid

Tous les articles dans Patrimoine

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque