Venise - Bétonner la place Saint-Marc

Pour protéger la basilique des inondations

Le Journal des Arts

Le 1 juin 1995 - 350 mots

Le projet de construction d’une gaine en béton sous la place Saint-Marc, pour la protéger des hautes eaux, soulève une polémique.

VENISE (de notre correspondante) - Les marées de moins d’un mètre de haut (acque alte) sont les plus fréquentes à Venise. Elles ne perturbent pas gravement la vie de la cité, mais inondent parfois entièrement la place Saint-Marc. De plus, dès que la marée atteint 65 centimètres, le narthex de la basilique est recouvert par les eaux, avec tous les dommages que cela entraîne pour l’édifice.

Pour remédier à ces problèmes, le consortium Venezia Nuova envisage la construction d’une gaine imperméable en béton, sous les pavés qui recouvrent la piazza et la piazzetta Saint-Marc. Évaluée à 100 milliards de lires, soit 290 millions de francs, la gaine serait construite à un demi-mètre de profondeur, entre l’actuel revêtement et l’ancien, qui remonte au XIIIe siècle.

Soumis à l’appréciation critique de la surintendance du Patrimoine écologique et architectural de Venise, ainsi qu’à la municipalité, le projet soulève, de la part de la surintendance, une première objection liée à la présence de nombreux vestiges archéologiques dans le sous-sol. En effet, la protection recouvrirait le système complexe de galeries (environ une centaine) qui assurait autrefois l’écoulement des eaux. Le délabrement complet de ce système écarte toute possibilité de restauration, et il est prévu de reconstruire, juste au-dessus de la gaine, un réseau de canalisations analogue, pour évacuer l’eau vers la lagune. Par ailleurs, le môle serait rehaussé d’au moins 20 centimètres.

Mais une fois la gaine installée, comment, par exemple, empêcher l’eau de s’infiltrer au pied des colonnes des Vieilles Procuraties, dans les marches des Nouvelles Procuraties et, surtout, à la base de la façade de la basilique ? Il faut enfin souligner que cette installation ne protégera pas des marées de plus d’un mètre. Elle ne peut donc constituer qu’un complément, et non une alternative, à la construction de digues mobiles. Outre qu’il est difficile d’évaluer à l’avance l’efficacité du projet, les écologistes et Italia Nostra se montrent unanimement réticents à une intervention sur une zone aussi sensible que la place Saint-Marc.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°15 du 1 juin 1995, avec le titre suivant : Venise - Bétonner la place Saint-Marc

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