Rénovation

Une dame de fer liftée

Par Sophie Trelcat · Le Journal des Arts

Le 13 janvier 2015 - 727 mots

L’aménagement du premier étage de la tour Eiffel vise à reconquérir le public qui le délaissait.

PARIS - Ces dernières semaines, elle s’affiche partout dans les villes sur des panneaux publicitaires, assurant avec sa silhouette élancée la promotion du dernier parfum Guerlain. Du périphérique ou d’un avion, on l’aperçoit de loin, signalant aux voyageurs l’arrivée proche dans la capitale. Symbole parisien par excellence, elle est devenue avec l’explosion du tourisme de masse dans les années 1960 le monument payant le plus visité au monde. Accueillant sept millions de visiteurs par an, son premier étage était pourtant délaissé par ceux-ci, pressés d’accéder directement à la troisième plate-forme culminant à 276 mètres de haut. Bien qu’offrant des perceptions totalement différentes, le premier plateau de la tour offre un extraordinaire panorama. Toutefois, « ce niveau appartient à la ville, tandis que les niveaux deux et trois appartiennent au ciel », explique l’architecte Alain Moatti.

Planchers transparents

Pour remédier à cette désertion, l’exploitant de la tour Eiffel, la société Sete, lançait en 2010 un concours (sous la forme d’un dialogue compétitif, lequel induit un nouveau mode de passation des contrats publics), remporté par l’agence Moatti-Rivière (1). Celle-ci s’était fait connaître en 2001 avec la réalisation du siège social du couturier Jean Paul Gaultier dans le 3e arrondissement parisien, commande qui métamorphosait un hôtel particulier en maison de haute couture. Alors que l’époque célébrait le banal et le brut, le projet faisait date en revendiquant la beauté et l’extraordinaire.
Habitués à la réhabilitation et soucieux d’assurer la continuité de l’histoire des bâtiments dans lesquels ils interviennent, les architectes formaient un duo parfait pour assurer la transformation du premier étage de la tour Eiffel. Après le décès soudain d’Henri Rivière en novembre 2010, son associé et ami Alain Moatti assumera seul la charge de l’opération.

L’idée est de proposer « une expérience augmentée de la tour et de Paris, qui est aussi une expérience sensorielle et ludique, un voyage des sens et de la connaissance », expose le créateur. Pour cela, de nouveaux planchers transparents (sur une emprise de 1,85 mètre au plus large) et de nouveaux garde-corps vitrés placés en périphérie du vide central permettent de vivre cette expérience exceptionnelle : marcher à 58 mètres au-dessus de la ville. Le réaménagement global incluait également la démolition et reconstruction des pavillons Eiffel et Ferrié, le rhabillage de celui abritant le restaurant 58 Tour Eiffel ainsi que la conception de nouveaux espaces d’attente des ascenseurs et d’un parcours muséographique situé en plein air sur la galerie périphérique.

Couleur originelle
S’inscrivant dans la continuité de la construction d’origine, la forme des pavillons est issue de celle des piliers de la tour dont ils reprennent la force des déformations. Leurs parois sont donc obliques d’un côté et courbes vers l’intérieur, tandis que la couleur principale, un brun rouge apportant un sentiment cossu à l’aménagement, reprend la couleur originelle de la tour métallique. « Gustave Eiffel avait en effet opté pour une peinture antirouille et la tour avait conservé ce coloris pendant cinq ans, car, à l’époque, il n’y avait pas de meilleure protection contre l’humidité », raconte Alain Moatti.
Bien que ces édifices aient nécessité de véritables prouesses techniques concernant la mise au point tant de la structure que des panneaux de verre, il n’était « pas question de percer ou de découper dans le monument, nos architectures sont clipsées ». Outre cette contrainte de préservation, le chantier présentait de nombreuses gageures : la tour et son premier étage sont restés ouverts au public et la grande dame ne devait pas prendre un gramme. Aussi les architectes avaient-ils envisagé, de concert avec les entreprises, la construction d’une gigantesque plate-forme mobile placée au centre de la trémie du monument. Hissée tous les matins et redescendue chaque soir, elle portait à 58 mètres de hauteur matériaux, matériels et équipements. Tout ce qui était ajouté ou ôté était pesé précisément afin de ne jamais dépasser le poids initial.

Au-delà des vues spectaculaires, « même depuis les lavabos », une « rue des Arts et des Sciences » offre de se plonger dans l’histoire de la tour.

Tour Eiffel

Maître d’ouvrage : Sete
Mandataire phase de construction : Bateg
Procédure du concours : dialogue compétitif, projet lauréat en 2010
Superficie : 4 260 m2
Coût : 25 M€ HT
Livraison : août 2014

Note

(1) Lire le JdA no 384, 1er février 2013.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°427 du 16 janvier 2015, avec le titre suivant : Une dame de fer liftée

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