Une collection singulière

Le Musée Oskar Reinhart rouvre à Winterthour

Par Philippe Régnier · Le Journal des Arts

Le 19 mars 1999

Ouverte au public depuis 1970, la villa « Am Römerholz » à Winterthour, près de Zurich, conserve en son sein l’exceptionnelle collection d’Oskar Reinhart (1885-1965). Fermé pour travaux de réaménagements et d’agrandissements depuis le 1er mai 1997, le musée vient d’inaugurer ses habits neufs.

WINTERTHOUR - Fils d’un chef d’entreprise de Winterthour, Oskar Reinhart se retire des affaires en 1924 pour se consacrer pleinement à sa passion : collectionner. Déjà, en 1918, il possédait près de trois mille gravures. Ses choix se portent alors vers la tapisserie et la sculpture, mais la peinture reste son domaine de prédilection. Il acquiert ainsi des œuvres du Greco, de Poussin, Rubens, Bassano, Courbet, Daumier, Géricault, Ingres, Constable, Delacroix, Goya, Millet, Renoir, Vuillard, Cézanne, Manet, Monet, Gauguin, Pissarro, Toulouse-Lautrec, Degas, Van Gogh, Picasso… Cependant, malgré son intérêt pour les impressionnistes, le collectionneur ne s’est jamais vraiment aventuré dans la création du XXe siècle, préférant le XIXe siècle, son goût restant au fond assez conservateur. À l’intérieur même de la création des artistes les plus novateurs, ses choix se sont toujours portés sur des œuvres encore profondément marquées par la culture classique, tant par l’iconographie que dans la technique ou la composition. À la même époque, d’autres citoyens de Winterthour, les Hahnloser, se laissaient de leur côté volontiers séduire par les audaces esthétiques des Nabis et des Fauves, qu’ils fréquentaient assidûment.

Loin d’un accrochage encyclopédique de sa collection, Oskar Reinhart avait préféré opérer des rapprochements thématiques et esthétiques, et offrir des confrontations qui dépassaient les frontières artificielles du temps et de l’espace. Ce parti pris prime encore aujourd’hui dans le musée, qui vient de rouvrir ses portes après quelque deux ans de restauration.

En 1958, Oskar Reinhart lègue par voie testamentaire sa collection riche de 200 œuvres à la Confédération helvétique. Après sa mort en 1965, sa maison “Am Römerholz” – une villa construite en 1915 par Heinrich Ziegler-Sulzer dans le style d’une maison de campagne française – est transformée en musée et ouverte au public en 1970. Près de trente ans plus tard, une restauration s’imposait pour des raisons de conservation, de sécurité et d’accueil des visiteurs, notamment des handicapés. Les architectes zurichois Annette Gigon et Mike Guyer, déjà auteurs de l’extension du Kunstmuseum de la ville (lire le JdA n° 20, décembre 1995), ont mené à bien les travaux et ont créé trois nouvelles salles d’exposition dans le passage reliant la maison à la galerie annexe, construite en 1925 par Ziegler-Sulzer pour abriter la collection de Reinhart. Le budget de l’ensemble des travaux, voté par les deux Chambres helvétiques en janvier 1997, s’est élevé à 6,5 millions de francs suisses (26 millions de francs). Dans un environnement totalement renouvelé, la collection d’Oskar Reinhart apparaît aujourd’hui, dans le parfait respect de l’esprit de son fondateur, comme l’une des plus singulières de Suisse.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°79 du 19 mars 1999, avec le titre suivant : Une collection singulière

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