Un testament incomplet

Isamu Noguchi aura finalement son musée

Le Journal des Arts

Le 28 août 1998 - 619 mots

La postérité a un prix. Pour l’avoir oublié dans son testament, le sculpteur japonais Isamu Noguchi a failli compromettre la transformation de son atelier en musée, finalement assurée après négociations et compromis.

TOKYO - Les longues querelles autour du musée consacré au sculpteur nippo-américain Isamu Noguchi, mort il y a bientôt dix ans, devraient prendre fin. Le musée ouvrira ses portes au printemps prochain à Mure, dans l’île de Shikoku, sur le site même où était installé l’atelier de l’artiste et où il a travaillé durant les dix-neuf dernières années de sa vie. Noguchi est l’une des figures majeures de la sculpture japonaise du XXe siècle, connu en particulier pour le jardin de sculptures qu’il a réalisé en 1958 pour l’Unesco, à Paris. Au début de sa carrière, il fut l’assistant de Brancusi. Plus tard, il a été influencé par les surréalistes et a conçu des décors de scène pour Martha Graham. Ses recherches sur “la fusion avec la pierre” l’ont ensuite conduit au Japon, plus précisément à Mure dont les carrières environnantes ont fourni le granit de très haute qualité qu’il a utilisé dans nombre de ses œuvres. Masatoshi Izumi, un sculpteur de la région, y est devenu son assistant dévoué. C’est d’ailleurs sur les terres de ce dernier que Noguchi a installé son atelier et son jardin de sculptures, entourés d’un mur de pierres, et qu’il a restauré une demeure de samouraï du XVIIIe siècle où il a élu domicile.

Les complications ont commencé à la lecture du testament de Noguchi, à sa mort en 1988. Il voulait que son atelier de Mure soit préservé en tant que musée, mais sans laisser d’argent à Izumi qui est toujours propriétaire du terrain. Toute sa fortune et l’ensemble de ses œuvres – notamment plus de 200 sculptures estimées 50 millions de dollars (environ 300 millions de francs) – étaient destinés à la Fondation Noguchi. Celle-ci possède et dirige l’Isamu Noguchi Garden Museum qui a ouvert ses portes à Long Island, près de New York, en 1983. Elle assure par ailleurs la gestion de la collection, organise des expositions, travaille à l’élaboration d’un nouveau catalogue raisonné et gère également la production et la vente des très célèbres light sculptures en papier Akari créées par Noguchi. La fondation s’est engagée à construire le musée, mais elle ne parvient pas à s’entendre avec Izumi sur la mise au point du projet. Masatoshi Izumi, qui n’a jamais réclamé directement ni argent ni œuvres, souhaite que le complexe de Mure reste exactement tel qu’il était à la mort de l’artiste, alors que la fondation veut transférer quelques sculptures à New York et en vendre d’autres.

Une solution de compromis
Après de longues négociations, les différentes parties sont parvenues à un accord qui prévoit la création d’une fondation japonaise pour assurer la gestion et l’exploitation du musée de Mure. Le terrain sera loué à Izumi, et des parcelles supplémentaires seront achetées pour la construction d’un autre bâtiment. Le musée sera dirigé par un conseil de gestion où siégeront des Japonais et des Américains. Le gouvernement préfectoral de Kagawa apportera une contribution de 2 millions de yens (environ 9 millions de francs). La fondation de New York prendra en charge les frais d’exploitation à hauteur de 200 000 dollars (1,2 million de francs) pendant une durée de trois ans, et reversera environ 1,5 million de yens (environ 7 millions de francs) résultant de la vente d’une sculpture. Certaines œuvres partiront aux États-Unis, et le site sera “réaménagé” pour compenser leur absence. Pour l’instant, les accords définitifs n’ont toujours pas été signés. L’ouverture du musée a déjà été annoncée à plusieurs reprises mais ne s’est jamais concrétisée. Tout porte à croire néanmoins que cette fois sera la bonne.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°65 du 28 août 1998, avec le titre suivant : Un testament incomplet

Tous les articles dans Patrimoine

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque