Dimanche 21 octobre 2018

Collections

Un nouvel accrochage ample, mais discontinu

Kunstmuseum de Bâle

Le Journal des Arts

Le 24 mai 2016 - 658 mots

L’extension a donné de l’espace aux collections bâloises sans encore parvenir à rendre cohérent le lien avec la scénographie du musée existant.

BALE- Bâle réussit là où Genève lutte avec difficulté : en avril s’est ouvert le musée rénové et agrandi d’une extension contemporaine, un signal fort pour la ville et son canton. Pour Guy Morin, président du canton Bâle-Ville, cela « confirme l’importance, depuis le Moyen Âge, de l’interaction entre financeurs publics et privés », illustrant le zusammenspiel  (jeu collectif) bâlois. 50 % des 90 millions d’euros du chantier ont été financés par la mécène Maya Oehri, via la Fondation Laurenz. Un mécénat indispensable : la Fondation Laurenz a acheté la parcelle et financé une partie des travaux, ce qui a permis à la ville de se dispenser de passer par la case référendum, sur laquelle la ville de Genève s’est cassé les dents.
Il était temps ! La collection du musée s’est enrichie depuis la rénovation du bâtiment principal en 2005. « Il fallait répondre à des questionnements spécifiques sur des aspects nouveaux de la collection », explique Bernhard Mendes Bürgi, directeur du musée, notamment l’accroissement de la collection contemporaine et de photographie. « Cela donnait lieu à des improvisations pour faire des expositions temporaires, avec un accès très compliqué et parfois la mise en réserve des collections permanentes », poursuit-il.

Un bâtiment autonome
Aujourd’hui, grâce au nouveau bâtiment, le musée originel se déploie avec plus d’ampleur, en ayant reçu un réaménagement de ses espaces. Le bâtiment a enfin la place pour une billetterie, une librairie et un atelier de médiation artistique. Au registre des collections permanentes, l’extraordinaire richesse des collections bâloise n’est plus à démontrer, mais le XXe siècle d’après-guerre, accueilli au premier étage du nouveau bâtiment, trouve une nouvelle cohérence et une visibilité inédite. Les Rothko, Warhol, Lewitt et Newmann respirent enfin sur des cimaises « white cube ».

L’effet est saisissant dans le parcours chronologique avec cette scission entre les deux édifices : ce nouvel espace semble reléguer les œuvres d’après-guerre restées de l’autre côté de la rue dans un classicisme d’époque. La rénovation partielle du bâtiment ne suffit pas à estomper le fossé scénographique créé par l’adjonction du nouveau bâtiment. Si l’art moderne retrouve enfin sa permanence au deuxième étage sans être perturbé par des expositions temporaires, les Braque et les Picasso de la collection semblent un peu tristes dans des salles très classiques et ancrées dans le XXe siècle. Dans les années à venir, il faudra sûrement réfléchir à la modernisation des espaces du bâtiment principal, au risque d’accentuer l’écart des siècles.

Une exposition inaugurale magistrale

Dernière exposition du conservateur Bernhard Mendes Bürgi, « Scupltures on the Move 1946-2016 » fait écho à l’exposition « Painting on the Move » organisée à Bâle en 2002. Cette fois-ci, à douze ans d’écart, la sculpture est à l’honneur dans la nouvelle extension du musée, au second étage et au rez-de-chaussée. Environ 80 œuvres retracent les principaux questionnements de la sculpture de l’après-guerre à nos jours : cela ressemble à une gageure. Le corpus exceptionnel réuni par le commissaire impressionne pourtant et souligne l’importance du Kunstmuseum sur la scène internationale. Les pièces à l’équilibre fragile de Calder, le mouvement de L’homme qui chavire de Giacometti et la singulière Guenon et son petit de Picasso ouvrent le bal et montrent la diversité des réflexions sur le mouvement et les codes de la sculpture. La question de l’éphémère, de la trace, de la monumentalité, de l’hyperréalisme : le parcours semble partir dans tous les sens, et pourtant, « on the move » est bien le point de ralliement, dans des séquences très bien choisies. Des cubes de Donald Judd au Frankenstein de Mike Kelley, amas de poupées de chiffons, on est frappé par l’extraordinaire frénésie de création des artistes. Après douze ans à la tête du musée, Bernhard Bürgi part en beauté. F. G.

« Scuplture on the Move 1946-2016 », jusqu’au 18 septembre 2016, Kunstmuseum de Bâle.

Kunstmuseum de Bâle

Saint Alban-Graben 20, Bâle, (Suisse), tél 41 61 206 62 62

www.kunstmuseumbasel.ch

Ouvert tlj sauf lundi 10-18 h, 10-20h

Entrée 15 euros.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°458 du 27 mai 2016, avec le titre suivant : Un nouvel accrochage ample, mais discontinu

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