Mercredi 11 décembre 2019

Musée

Mémoire

Saint-Exupéry de retour chez lui ?

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 18 octobre 2011 - 494 mots

La maison d’enfance de l’écrivain, rachetée par la municipalité, devrait être ouverte au public en juin 2014.

SAINT-MAURICE-DE-RÉMENS - Curieusement, l’auteur de l’un des livres les plus lus par les enfants ne bénéficiait jusqu’à présent d’aucun musée dans l’Hexagone. Un établissement existe pourtant au Japon et un autre en Corée du Sud, tous deux à la hauteur du culte voué à l’auteur du Petit Prince (1943). Après vingt années de bataille, les choses pourraient toutefois changer avec l’ouverture, désormais prochaine, de la maison d’enfance d’Antoine de Saint-Exupéry (1900-1944). Située à quarante kilomètres au nord de Lyon, à Saint-Maurice-de-Rémens (Ain), la bâtisse, ses cinq hectares de parc, ses communs et sa chapelle ont pu être rachetés en 2009 par la municipalité à la Ville de Lyon, qui en était propriétaire. Ceci en vertu d’un bel effort pour cette commune rurale d’un peu plus de six cents habitants : un emprunt contracté sur trente ans destiné à payer les 950 000 euros du prix de vente. Moyennant aussi une bataille judiciaire qui a permis l’annulation d’une première vente, conclue en 2007 au profit d’une association peu soucieuse de l’intérêt patrimonial des lieux.

L’édifice Louis XVI remaniée en style Second Empire, qui a abrité les séjours de villégiature de la famille, avait été vendu par la mère de l’écrivain en 1932. À la suite d’occupations successives, elle s’était progressivement dégradée avant d’être abandonnée. Elle requiert aujourd’hui d’importants travaux de restauration. D’où l’idée, lancée de longue date, d’y ouvrir un lieu de mémoire, monté en partenariat avec la Succession Saint-Exupéry qui gère le patrimoine de l’auteur. Dépourvu de collections, à l’exception du précieux coffre d’enfant de Saint-Exupéry, le dispositif du musée s’appuierait ainsi largement sur des images photographiques et vidéographiques, proposant un parcours à rebours, de l’engagement de l’aviateur dans la Seconde Guerre mondiale à la rédaction du Petit Prince. Seule une pièce du château, la salle à manger, a été préservée en l’état.

200 millions d’euros à trouver
L’accent serait mis sur le caractère complexe du personnage, nomade et cependant resté attaché à cette maison familiale, citée à plusieurs reprises dans ses livres. Sans vouloir sombrer dans un « Saint-Ex Land », le projet s’étendra au parc, aménagé en espace ludique pour les enfants, mais aussi aux communs, affectés aux activités commerciales et aux privatisations indispensables à la survie d’un tel lieu.

Présenté aux acteurs locaux en juin dernier, le projet a reçu le soutien moral des collectivités locales ainsi que de l’État. Reste qu’il faudra réunir les 20 millions d’euros nécessaires à sa concrétisation. La Succession Saint-Exupéry, qui s’est déjà acquittée de 150 000 euros de frais d’études, compte faire financer largement le projet par le mécénat. Cela alors que des débats internes au conseil municipal de Saint-Maurice-de-Rémens bloquent encore le projet de convention qui permettrait à la fondation d’engager la collecte de fonds. Soit un nouveau défi à relever pour permettre l’ouverture des lieux, comme prévu, le 29 juin 2014, date anniversaire de la naissance de l’écrivain.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°355 du 21 octobre 2011, avec le titre suivant : Saint-Exupéry de retour chez lui ?

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