Allemagne-Italie

Relance des négociations pour la restitution des œuvres d’art pillées par les nazis en Italie

Publication d’un catalogue de 1 500 œuvres disparues durant la Seconde Guerre mondiale

Le Journal des Arts

Le 1 février 1995

Le processus de restitution des œuvres d’art pourrait reprendre à la lumière des négociations entamées récemment par les différents pays concernés et de la publication du catalogue Siviero. Ce catalogue scientifique recense 1 500 œuvres disparues, parmi lesquelles des œuvres de Praxitèle, de Michel-Ange, de Raphaël, de Titien…

ROME (de notre correspondant) - "Saisi fin 1943 par les troupes nazies lors de leur retraite" ; "Saisi dans la villa Landau-Finaly par une unité de parachutistes allemands en juillet-août 1944" ; "Exporté clandestinement de Florence par Goering en 1943" ; "Offert illégalement par Italo Balbo à Goering". Environ mille cinq cents notices de ce genre, accompagnées de photographies, répertorient toutes les informations concernant les œuvres d’art pillées en Italie par les nazis, durant la Seconde Guerre mondiale.

Ce gros livre dactylographié, conservé depuis plus de dix ans au ministère des Affaires étrangères, va finalement être publié. Une publication placée sous la responsabilité de Maria Vicentini, directeur du service des Archives historiques et diplomatiques, qui devrait redonner vie à "l’opération Siviero", pratiquement arrêtée depuis la mort de son instigateur, survenue en 1983.

Il est difficile d’expliquer pourquoi l’Italie a renoncé depuis à toute restitution, d’autant qu’il s’agissait, et qu’il s’agit encore, de faire revenir en Italie des pièces de très grande valeur, arrachées aux musées, aux sites archéologiques, aux collections privées. Négligence délibérée ou sabotage concerté ? Après avoir coupé les crédits, supprimé le chapitre au budget du ministère, les responsables des Affaire étrangères ont décidé, en 1987, de mettre fin aux activités de la Délégation pour la restitution des œuvres volées en Italie pendant la guerre.

Le travail de Siviero, mais surtout sa personnalité, son charisme, ses "débordements" (il avait réussi un jour à faire revenir en Italie un train rempli d’œuvres d’art destinées à Vienne) suscitaient un sentiment de malaise dans les milieux diplomatiques de l’époque, qui supportaient mal les activités d’un chef de délégation qui ne soit pas issu de la carrière. Après sa mort, tout fut bloqué et, depuis lors, il n’y eut plus aucune restitution, ou presque.

Il fallut attendre mars 1994 pour que le gouvernement Ciampi relance le processus en faisant appel aux services des ministères des Affaires étrangères et de la Culture, ainsi qu’aux carabiniers. Que faut-il espérer aujourd’hui ? Une loi ? Une solution diplomatique ? Le ministre russe de la Culture, Evguéni Sidorov, s’était déclaré, dès 1992, prêt à publier la liste des œuvres pillées par les nazis – parmi lesquelles beaucoup d’œuvres italiennes –, et transférées ensuite de Berlin à Moscou. Mais l’intervention des diplomates, reconnus par les Russes comme interlocuteurs légitimes, a jusqu’ici fait défaut.

La rencontre de Brême
L’essentiel est d’aller vite. L’Italie est déjà en retard dans les rendez-vous internationaux. Début décembre 1994, les représentants du Land de Brême ont organisé une rencontre entre les pays concernés pour discuter du principe des restitutions. Ils se considèrent eux aussi gravement lésés par les "déplacements" d’œuvres opérés par les Soviétiques.

Les Russes revendiquent ces "prises de guerre" en compensation des graves et nombreuses destructions causées par les nazis sur leur territoire, et n’ont pas répondu à l’invitation de Brême, premier sommet du genre par l’ampleur de la participation. Les Ukrainiens étaient présents aux côtés des Néerlandais, des Polonais, des Luxembourgeois, des Hongrois, des Français, des Belges, des Italiens et des Américains.

Des pays comme la France, la Belgique et les Pays-Bas ont publié des listes d’œuvres dérobées au patrimoine de leurs pays respectifs. L’Ukraine a rassemblé deux volumes, et l’Allemagne a dressé un catalogue, avec des notices en allemand et en russe. L’Italie n’a pu citer que quelques exemples, se référant aux musées et autres églises, monastères, synagogues et collection particulières les plus touchés : le Musée de Mintumo et le Musée de Filangeri de Naples, la collection Bourbon-Parme… et un chiffre : 2 326, le nombre d’œuvres emportées et non restituées à ce jour. Une première liste de 250 œuvres était jointe au traité conclu en 1953 entre De Gasperi et Adenauer, dans lequel l’Allemagne s’engageait à rechercher et, naturellement, à restituer les œuvres dérobées au temps du nazisme.

Une déclaration restée lettre morte, ou presque, étant donné le petit nombre d’œuvres restituées depuis quarante ans. "Nous qui avons été le pays peut-être le plus actif en matière de restitution dans l’immédiat après-guerre, en dépit d’un contexte difficile et d’une faible organisation, dit le ministre plénipotentiaire Pier Benedetto Francese, chef des relations internationales du ministère de la Culture, nous devons nous atteler de toute urgence à cette question, en approfondissant l’analyse de la documentation existante, et en resserrant les contacts et la coordination avec les autres pays. Le fonds Siviero, conclut le ministre, doit constituer la base et le début de cette nouvelle action.

C’est au ministère des Affaires étrangères qu’il appartiendra de reprendre en urgence le dossier auquel Rodolfo Siviero s’était en son temps consacré avec tant de passion."

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°11 du 1 février 1995, avec le titre suivant : Relance des négociations pour la restitution des œuvres d’art pillées par les nazis en Italie

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