Dimanche 22 septembre 2019

Quel avenir pour les collections de l’Ensba ?

Par Jean-Christophe Castelain · Le Journal des Arts

Le 13 février 2014 - 448 mots

PARIS - Le dernier rapport de la Cour des comptes sur l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris (Ensba), rendu public le 3 février, est particulièrement critique.

Même s’il porte sur les exercices 2001 à 2011, et en conséquence sur la direction d’Henry-Claude Cousseau, le constat vise aussi le nouveau directeur, Nicolas Bourriaud (arrivé en novembre 2011). Il relève en particulier « les mauvaises conditions [actuelles] de conservation et de valorisation des collections ». L’essentiel des collections est stocké dans l’École, quai Malaquais, et exposé au triple risque d’incendie, d’inondation et de vol. Aussi, constatant que ce fonds est très peu utilisé par les élèves et que les moyens humains et budgétaires sont insuffisants pour en effectuer l’inventaire et le récolement, la Cour prône « des mesures radicales […], dussent-elles passer par une réforme de ses statuts », et recommande un adossement des collections à d’autres institutions. À demi-mot, la Cour n’envisage rien de moins que de transférer les collections de l’Ensba à un musée.

La Cour pointe également les défaillances dans les autres missions de l’école. Elle relève en particulier la trop grande spécialisation des études, freinant les étudiants dans leur insertion professionnelle, et surtout le faible rayonnement international de l’école, mesuré à l’aune du (faible) nombre d’étudiants et de professeurs étrangers. Si le constat est exact – le cabinet de conseil Roland Berger place en effet l’Ensba à la quinzième place seulement des écoles d’art dans le monde –, la Cour est injuste en n’indiquant pas combien il est difficile d’attirer de grands professeurs étrangers avec les faibles rémunérations publiques.

Moins contestable est en revanche le manque de synergie de l’École avec, à Paris, l’École nationale supérieure des arts décoratifs et l’École nationale supérieure de création industrielle ; un magistrat, sans doute voyageur de la Rue Cambon, qualifie l’Ensba « d’îlot détaché d’un vaste archipel ». La Cour relève aussi le faible impact des expositions, « dont les choix de programmation ne rencontrent que fortuitement les intérêts d’un public assez mal identifié », sans commenter la reconfiguration du Palais des beaux-arts en 2013. Enfin elle n’a pas de mots assez durs pour qualifier une « gestion administrative défaillante », qui ne permet notamment pas de « contrôler le temps de travail de ses agents ». Après la bronca des étudiants en octobre dernier à la suite du défilé Ralph Lauren, et la mission en cours de l’Inspection générale des affaires culturelles, Nicolas Bourriaud va devoir revoir ses priorités. Dans leur réponse datée du 3 février, les deux ministres concernés disent « étudier le rapprochement des grandes écoles d’art et de design du Grand Paris » et vont diligenter une (autre) inspection concernant la conservation des collections.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°407 du 14 février 2014, avec le titre suivant : Quel avenir pour les collections de l’Ensba ?

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