Dimanche 25 février 2018

Mécanique antique

Pompéi revit au palais de la Découverte

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 18 février 2008

Conçue initialement pour le Musée archéologique de Naples, en Italie, l’exposition du palais de la Découverte dresse l’état des connaissances scientifiques et techniques de Pompéi au Ier siècle. Les vestiges archéologiques, objets d’art et utilitaires, ainsi que des maquettes et reconstitutions de machines sont répartis sur plus de mille mètres carrés selon un parcours soigné
et pédagogique.

PARIS - Fondée au VIe siècle avant J.-C., Pompéi a été entièrement détruite par l’éruption du Vésuve, le 24 août 79. Surprenant les habitants dans leurs activités quotidiennes, la catastrophe a permis de préserver de nombreux vestiges. Pour Alix Barbet, commissaire de l’exposition, l’aspect le plus intéressant a été de “faire converger les connaissances des archéologues, des historiens et des divers scientifiques”. Constituée selon cette approche pluridisciplinaire, chaque série d’objets fournit l’occasion de retrouver les techniques et sciences maîtrisées. À partir du modelage d’un crâne, il a ainsi été possible, grâce aux traces laissées par les tendons, de faire réapparaître le visage d’un homme. Les multiples hameçons, haches, compas, petits vases, tissus, brûle-parfums, calices et autres nous renseignent sur les différentes méthodes de pêche, de chasse, le travail du bois, de l’argile ou du verre, les industries du textile, des pierres ou du marbre. Un vase à hélice interne utilisé pour élever et engraisser les loirs, dont la chair était très prisée par les Romains, ou encore le pain d’un esclave carbonisé – signé, pour qu’il soit identifiable : “fait par Celer esclave de Q. Granius Verus” –, figurent parmi les pièces les plus insolites.

L’un des aspects attrayants de la manifestation réside dans la présentation de plusieurs maquettes et reconstitutions de machines antiques, tel un orgue musical hydraulique ou une noria, roue à laquelle étaient fixées des amphores qui se remplissaient et déversaient leur contenu dans un conduit. Approvisionné en eau, son mécanisme peut être mis en route par le visiteur, tout comme celui de la cochlea – reconstruite à échelle réelle –, composée d’un cylindre qui, en tournant, fait remonter l’eau dans un canal situé à un niveau supérieur. Si les Romains avaient une grande maîtrise de l’ingénierie hydraulique, les instruments de mesure des arpenteurs et géomètres étaient également sophistiqués. En atteste un odomètre, précurseur de notre compte-tours kilométrique. Relié à la roue du char, cet engin permettait de compter les kilomètres parcourus ; une fois encore, il est possible d’actionner l’appareil. La restitution de ces installations n’a pas été sans difficulté, “au point que l’on a rarement consacré des expositions ou des sections permanentes de musées à la présentation de la culture technique et scientifique du monde classique, explique Paolo Galluzzi, historien des sciences et commissaire scientifique de l’exposition à Naples. En fait, on a l’impression que l’on oublie souvent que l’homo faber (et pas seulement dans le domaine de la civilisation romaine) constitue aussi une part fondamentale de l’homo sapiens et qu’une part significative du savoir est représentée par le savoir-faire”.

- POMPÉI – NATURE, SCIENCE ET TECHNIQUES, jusqu’au 22 juillet, palais de la Découverte, avenue Franklin-Roosevelt, 75008 Paris, tél. 01 56 43 20 21, tlj sauf lundi 9h30-18h, dimanche et jours fériés 10h-19h. Catalogue, éditions Electa, 346 p, 170 F.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°126 du 27 avril 2001, avec le titre suivant : Mécanique antique

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