Vendredi 25 septembre 2020

Musée

Nîmes

Les nouveaux habits de la romanité

Prévu pour être inauguré en 2017, le futur « Musée de la romanité » sera construit en face des arènes antiques

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 2 juillet 2012 - 666 mots

NÎMES - Il est des contextes plus simples pour bâtir. À Nîmes (Gard), c’est face aux arènes du Ier siècle que l’architecte Elizabeth de Portzamparc érigera le tout nouveau « Musée de la romanité », prévu pour ouvrir en 2017.

Une confrontation qui n’est pas sans rappeler celle de la construction, à la fin des années 1980, par Norman Foster, du Carré d’art-Musée d’art contemporain, en vis-à-vis de la Maison carrée, l’autre grand monument antique de la ville. Dans un tout autre style, c’est le projet d’Elizabeth de Portzamparc qui a donc été retenu, début juin, pour ce projet municipal resté longtemps dans les cartons. Sa proposition de miser sur une architecture marquant un contraste affirmé avec les arènes a manifestement séduit le jury. Deux autres concurrents de poids ont été terrassés à une quasi-unanimité : l’omniprésent Rudy Ricciotti – dont le Musée Jean-Cocteau à Menton (Alpes-Maritimes) a récemment déçu –, et le froid Richard Meier. Le devenir de cette parcelle du centre historique, l’« îlot Grill », avait auparavant longtemps alimenté les gazettes locales, après qu’une longue bataille judiciaire eut permis l’abandon d’un projet de promotion immobilière jugé peu approprié pour un tel site. Désormais propriétaire du terrain, la Ville lui a substitué un projet mixte, « culturo-touristique », associant le Musée de la romanité à un futur centre de congrès, un hôtel et des commerces. Si les finances municipales le permettent. Car pour l’heure, la priorité ira au musée, même si l’étude de faisabilité a porté sur un programme plus vaste, lequel se poursuivra au gré des possibilités des finances locales et de l’engagement de nouveaux investisseurs.

Une forme carrée et drapée semblant en lévitation
Traversé par les vestiges d’une ancienne enceinte – qui seront cette fois mis en valeur alors que quelques fondations découvertes lors de fouilles sur le parvis des arènes ont été récemment noyées dans le béton –, l’îlot est aussi coincé entre une chapelle classée du XVIIe siècle, des façades du XIXe siècle et un hôpital des années 1970, voué à la démolition. L’intervention de l’architecte, qui a  recueilli les conseils d’Alain-Charles Perrot, architecte en chef des Monuments historiques, et de Christian de Portzamparc – son époux à la ville – pour les questions urbaines, a d’abord consisté à imaginer l’articulation de cette parcelle. Le projet, qui joue sur une porosité avec l’extérieur, s’appuiera sur les anciennes fortifications, qui seront visibles au sein d’un jardin conçu par le paysagiste Régis Guignard et accessibles par une rue intérieure semi-publique. Côté architecture, Elizabeth de Portzamparc explique avoir puisé son inspiration, « pour relever ce défi », dans l’histoire même de l’évolution de l’architecture, « qui a toujours tendu vers un allégement des structures ». Face à la massivité d’arènes bien ancrées au sol, le musée arborera donc une forme carrée, semblant « en lévitation » et jouant sur la transparence, tout en constituant un grand belvédère sur les arènes, malgré un gabarit moindre que celui du monument romain (17 mètres contre 21). Une métaphore, un peu forcée, du drapé antique a inspiré le revêtement de façade, lequel devrait être constitué d’un assemblage de tesselles de verre blanc et opalescent.

À l’intérieur, le programme muséographique consistera à offrir de nouveaux espaces aux 25 000 pièces du Musée archéologique de Nîmes, logé depuis le XIXe siècle au sud de la ville, dans un ancien collège jésuite – après avoir été un temps installé dans la Maison carrée. Il sera entièrement refondu pour déployer ses très riches collections lapidaires (qui comprennent un fragment du tympan du temple de Nemausus), accrues grâce aux fouilles de ces trente dernières années. Le parcours s’articulera en trois sections : « pré-romanité », « romanité » puis « héritage romain », et permettra d’exposer notamment de grandes mosaïques jusque-là cantonnées aux réserves. Prévus pour démarrer en 2014, les travaux coûteront près de 60 millions d’euros, dont 10 millions seront pris en charge par la Région Languedoc-Roussillon, également engagée en faveur de la recréation d’un autre musée archéologique, à Narbonne (Aude).

Légende photo

Elizabeth et Christian de Portzamparc, projet du Musée de la romanité - Nimes - © Elizabeth & Christian de Portzamparc

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°373 du 6 juillet 2012, avec le titre suivant : Les nouveaux habits de la romanité

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