Dimanche 15 décembre 2019

Architecture

Le vaste chantier de la « Cité U »

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 13 décembre 2011 - 646 mots

Tout en poursuivant la restauration de son patrimoine, la Cité internationale universitaire de Paris lance de nouvelles constructions.

PARIS - C’est l’un des monuments les plus connus de la Cité internationale universitaire de Paris. Construit à partir de 1929 par l’architecte Willem Marinus Dudok (1884-1974), auteur de nombreux bâtiments de la ville d’Hilversum près d’Amsterdam, le collège néerlandais va enfin faire peau neuve. Ses façades blanches percées de longues fenêtres horizontales, son emboîtement de volumes et sa tour surplombant le boulevard Jourdan (dans le 14e arrondissement) en font l’un des édifices les plus emblématiques du Mouvement moderne en France. Mais ses huisseries rouillées, ses façades décrépies, ses carrelages cassés ou ses gaines apparentes étaient jusque-là le signe de l’état de vétusté avancée dans lequel se trouvait l’édifice, loin du standing architectural des lieux, classés au titre des monuments historiques depuis 2005. Il était donc temps : les premiers échafaudages devraient être installés courant décembre pour une restauration menée sous la direction de Pierre Baptiste, architecte en chef des Monuments historiques.

Cinq monuments historiques
Depuis maintenant dix ans, la Cité internationale de Paris s’est engagée dans un vaste programme de réhabilitation de son patrimoine immobilier. Et il y a de quoi faire. Construite à partir de 1921, la « Cité U » constitue un véritable musée d’architecture du XXe siècle à ciel ouvert réunissant, dans un parc de 37 hectares aménagés sur les anciennes « fortifs » de Paris, une quarantaine de maisons. Selon un programme « universaliste », leur construction avait été financée par des pays étrangers, d’où la présence de pavillons nationaux, mais aussi par quelques généreux philanthropes (Émile Deutsch de la Meurthe, J.-D. Rockfeller, David David-Weill…). Entre réinterprétation de l’architecture vernaculaire et parti pris plus moderniste, le chantier de la « Cité U » a ainsi vu défiler quelques sommités de l’architecture. Cinq pavillons y sont protégés au titre des monuments historiques, soit autant de patrimoine à restaurer mais aussi à moderniser. Or la plupart des maisons n’avaient jamais fait l’objet de travaux, y compris de mise aux normes, depuis leur construction. En 1997, le pavillon du Brésil, construit par Le Corbusier, avait dû évacuer ses résidents sur injonction de la préfecture. Il y avait donc urgence et les chantiers s’enchaînent désormais à un rythme soutenu. Après la maison du Brésil, signée Le Corbusier, celles du Maroc ou du Cambodge, c’est la maison de Norvège, construite en 1954 par Reidar Lund, qui vient d’être entièrement réhabilitée. Plus loin, la Fondation des États-Unis s’est attelée à un autre chantier : la restauration de la grande fresque « Art déco » de son grand salon, due à Robert La Montagne Saint-Hubert et dédiée aux « quatre âges de l’art français ».

Nouvelles contructions
L’ambition ne s’arrête toutefois pas à la remise en valeur de ce patrimoine. La Cité internationale est en effet entrée dans une nouvelle phase de son développement immobilier. Après plusieurs années de blocage, la Ville de Paris, l’État et la Chancellerie des universités sont parvenus, en avril 2011, à signer un accord sur la délicate question de la propriété des terrains. La Ville a ainsi rétrocédé 16 000 mètres carrés en pleine propriété à l’État. Plus de quarante ans après la construction de la maison de l’Iran par Claude Parent (1969), de nouvelles maisons vont donc pouvoir être érigées. Elles seront construites sur des terrains situés en bordure du périphérique. Plusieurs pays se sont déjà manifestés, comme la Chine, qui envoie tous les ans d’importants contingents d’étudiants à Paris, la Russie mais aussi la Corée du Sud et la Colombie. Autre nouveauté : la région Île-de-France, première collectivité à financer entièrement un pavillon, livrera sa maison à énergie positive, conçue par l’architecte Nicolas Michelin, en 2014. D’autres maisons seront agrandies, l’Inde ayant d’ores et déjà commandé l’extension de sa maison aux architectes Lipsky Rollet. De quoi étoffer la prestigieuse collection d’architectes de ce site unique.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°359 du 16 décembre 2011, avec le titre suivant : Le vaste chantier de la « Cité U »

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