Nubie

Le temple d’Amon-Rê

Le sauvetage du grand temple de l’oasis de Khargah

Le Journal des Arts

Le 1 juin 1994

Une société italienne, la Condotte Mazzi Estero S.p.a., a été chargée du sauvetage d’un des monuments les plus importants de Moyenne Égypte, le temple d’Amon-Rê, situé sur l’ancienne piste caravanière entre l’Égypte et le Soudan.

ROME - Ce programme, théoriquement évoqué en 1975, est resté vingt ans à l’état de projet. Les raisons d’une si longue attente ne tiennent pas tant aux difficultés techniques prévisibles, qu’à la nécessité de décider si le temple d’Amon-Rê doit être reconstruit à l’emplacement d’origine, ou bien dans un secteur situé à quelques 300 mètres plus au nord, à l’intérieur de l’oasis. L’architecte Gianmarusti, responsable de ce projet, ajoute qu’une reconstruction plus au nord assurerait définitivement la conservation du monument, aujourd’hui menacé par le déplacement des nappes aquifères du sous-sol, mais qu’elle altérerait gravement la physionomie de la zone archéologique.

Une ville entière
L’oasis de Khargah abrite non seulement le temple, mais aussi une ville entière, occupée jusqu’au XVIe siècle de notre ère, et implantée stratégiquement à cet endroit, afin de contrôler les frontières occidentales de l’Égypte. Ali Hassan, un responsable du Département des antiquités égyptiennes, souhaiterait voir le temple restauré à sa place d’origine, même si l’on ne prévoit pas pour l’instant de campagne de fouilles. Le secteur n’a été exploré qu’une fois au début de ce siècle, par une mission du Metropolitan Museum. Les archéologues avaient mis au jour des maisons de l’ancienne cité, avec des fresques murales ; ils avaient aussi abordé le complexe cultuel, mais en désensablant trop rapidement le temple, ils ont amorcé son processus de dégradation, accéléré ensuite par les problèmes de glissement de terrain.

Le temple d’Amon-Rê
Aujourd’hui, le temple d’Amon-Rê n’est pas accessible aux touristes. L’appareil des murs est fortement menacé par des fissures et des blocs détachés, ce qui a aggravé leur inclinaison par rapport aux aplombs d’origine. De plus, lors des précédentes restaurations, certaines fissures ont été maladroitement bouchées par des applications de mauvais mortier ; on a remplacé des colonnes et des blocs entiers, en y insérant des éléments métalliques pour renforcer les structures existantes ; on a enfin remplacé les toitures effondrées par des dalles de béton ! Tout cela altère ce monument qui est l’un des rares témoignages importants de la domination perse sur l’Égypte.

Construit par Darius Ier (522-486 av. J.-C.) sur les vestiges d’un édifice antérieur remontant à la XXVIe dynastie, la dynastie "saïte", le temple d’Amon-Rê s’insère dans une dépression de terrain, dotée d’un petit lac sacré, auquel conduisent des allées bordées de sphinx. L’édifice dans son ensemble a la forme d’un rectangle très allongé (environ 42 x 20 m), constitué de deux modules carrés identiques, pour une hauteur de 9 mètres. Une fois franchi le système de portiques et de vestibules implanté sur l’axe est-ouest et qui a subi des remaniements successifs, on atteint le temple, caractérisé par une succession de salles hypostyles d’un grand intérêt. La seconde de ces salles, décorée de scènes cultuelles, abrite un bas-relief unique dans l’iconographie égyptienne, qui représente la lutte du dieu Seth avec le serpent-dragon Apopis. Les fresques et les reliefs de la troisième salle, dotée de douze colonnes, représentent le souverain achéménide dans des scènes d’offrande. Le saint des saints abrite aussi des scènes mythologiques d’une exceptionnelle importance religieuse, figurées sur plusieurs registres superposés.

Une importante anastylose
Le projet présenté prévoit le relevé complet de tous les murs, accompagné d’un premier nettoyage et d’une consolidation des surfaces et des blocs menacés. Il est prévu ensuite de numéroter et de classer les blocs, puis de les démonter, de les transporter et de les stocker sur une plate-forme réalisée à cet effet. Si l’on reconstruit sur l’emplacement d’origine, on procédera à la reconstruction après une série d’interventions destinées à assurer de nouvelles fondations ; sinon, elle s’effectuera plus au nord, sur une zone plus stable.
Les 7,4 millions de dollars (43 millions de francs) nécessaires aux trente mois de travaux font partie des fonds mis à la disposition du gouvernement égyptien (en particulier par les pays du Golfe) pour relancer le tourisme en Moyenne Égypte.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°4 du 1 juin 1994, avec le titre suivant : Le temple d’Amon-Rê

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